Thèmes : art, histoire.
Visite du mardi 2 juin 1992.
Qui n’a pas eu sa chambre tapissée de toile de Jouy, avec ces charmantes scènes pastorales du 18ème siècle, dessinées, entre autres, par Jean-Baptiste Huet à la Manufacture de Jouy-en-Josas.
Pour en découvrir l’histoire, une cinquantaine de membres du C.D.I. ont visité, au château de l’Églantine à Jouy-en-Josas, le nouveau musée de la fameuse toile.
Historique
A la fin du 17ème siècle, l’Europe découvre et adopte les belles toiles peintes de fleurs et d’animaux aux couleurs vives, provenant de l’Inde par l’entremise des grandes compagnies de navigation.
Pour limiter le désordre économique engendré par l’opposition des manufactures traditionnelles de drap et de soie, Louis XIV décrète en 1686 l’interdiction d’importation et de fabrication dans tout le pays.
En 1759, la levée de cette interdiction entraîne la venue en France de nombreux étrangers, derniers possesseurs d’un réel savoir-faire en la matière.
Parmi eux, Christophe-Philippe Oberkampf (I738-1815), graveur et coloriste originaire du Wurtemberg, accepte la proposition d’Antoine Guerne dit Tavannes, Suisse du Roi au Contrôle Général des Finances, de fonder une manufacture dont il serait Directeur.

Christophe-Philippe Oberkampf
Jouy-en-Josas est sélectionnée, près de la source de la Bièvre, pour la qualité de son eau. La fabrication débute en mai 1760, dans la petite maison du Pont-de-Pierre.
La Manufacture Oberkampf devient, grâce aux qualités exceptionnelles de son chef d’entreprise, la plus grande d’Europe. Six ans après sa mort, son activité couvre plus de hectares et emploie 1327 personnes.
C’est Barbet de Jouy, successeur de la famille Oberkampf, qui connaît en 1843, sous l’effet d’une conjoncture défavorable, le déclin et la fermeture de la Manufacture.
Le Salon Oberkampf
On se trouve en présence de Christophe-Philippe Oberkampf, assis dans son salon reconstitué. Il est vêtu de sa robe de chambre et coiffé d’un bonnet d’indienne. Les meubles de ce salon lui appartenaient.
La salle des techniques
Dans cette salle sont évoqués les différents procédés d’impression. L’origine de la technique se situe en Inde. C’est la combinaison des procédés d’application de mordants (acides), de réserves à la cire et de teinture.
– trempage dans le lit de la Bièvre, puis battage au fléau (mécanisation début du 19ème siècle),
– passage à la calandre (machine à cylindre) pour écraser le grain du tissu,
– impression des acides-mordants (sels de fer et d’alumine) pour le teint (résistance des couleurs au lavage et à la lumière).
Trois techniques d’impression se développent :
. à partir de 1760 : la planche de bois en relief permet d’obtenir des indiennes polychromes.
. à partir de 1770 : la planche de cuivre en creux permet l’impression de scènes monochromes.
. à partir de 1797 : le rouleau de cuivre permet l’impression de cinq mille mètres par jour en continu.
– Bousage : bain tiède de boue délayée, pour éliminer les supports des mordants.
– Garançage : (garance : plante à racine rouge) révélateur sur les mordants rouges, noirs, violets, marron.
– Exposition sur les prés : blanchiment des fonds.
– Application des couleurs : bleu (indigo), jaune (carthame, Quercitron), vert (bleu + jaune) puis imprimé après 1805.
– Pinceautage : finition des motifs à la main.
– Lustrage : passage à la calandre à chaud, glaçage et passage au lissoir.
Au premier étage, des collections de toiles imprimées sont présentées.

. de 1760 à la fin du 18ème siècle :
Il y a deux types de production :
. les indiennes à motifs floraux et végétaux imprimées à la planche de bois,
. les camaïeux Imprimés à la planche de cuivre. Les sources d’inspiration des scènes à personnages ont été diverses : la Chine, les évènements contemporains, l’histoire, le retour à la nature. Un lit illustre les Fables de la Fontaine, le Corbeau et le Renard, le Loup et la Cigogne.
. Fin 18ème au début du 19ème siècle :
Jean-Baptiste Huet (1745-1811), graveur attitré de la Manufacture donne de nombreux dessins : le Couronnement de la Rosière, Diane Chasseresse, etc. De nouveaux coloris apparaissent : bistre, violet … L’évolution de la technique et de la mode se traduit par un nouveau style où les éléments géométriques s’allient aux sujets mythologiques. L’indienne habille les dames de l’époque. C’est la mode des fonds ramoneurs : petites fleurs sur fond sombre.

Une robe à motif ramoneur
. De 1810 à 1821 :
Après la disparition de Jean-Baptiste Huet, Hippolyte le Bas et Horace Vernet donnent de nouveaux motifs à la Manufacture. L’influence de l’Antiquité diminue.
. En Provence et à l’Étranger :
Parallèlement à la production de Jouy, d’autres centres existent. Une carte permet de les situer. Ces salles sont consacrées à Nantes, à l’Alsace, à Beautran (près de Bordeaux), à la Normandie et à des manufactures à l’étranger.
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FICHE DE VISITE
Retour à l’Ouest !
Le musée de la toile de Jouy à Jouy-en-Josas
Nous ne sommes pas restés longtemps dans l’Est parisien : Il est vrai que beaucoup de choses nous ramenaient à Garches et à l’Ouest.
Stations de métro
Faid’herbe : c’est le général de l’armée du Nord qui devait secourir Paris assiégé en janvier 1971.
Buzenval : deux stations plus loin, c’est notre Buzenval du 19 janvier.
Chaligny : le maître-fondeur ! Mais nous avions eu Brézin, un autre maître-fondeur, et philanthrope.
L’Abbaye Saint-Antoine et ses actives mères-abbesses : j’ai découvert que la dernière mère-abbesse avant la Révolution était une princesse … de Bauveau-Craon dont nous connaissons le vaste domaine, morcelé lors de la restructuration de Garches autour des années 1900 (c’était le sens de ma question de la fiche précédente sur le marché Bauveau),
Et puis l’artisanat d’Oberkampf et ses toiles (nouvelle station de métro) complètera I’artisanat des ébénistes et celui de Réveillon (papiers peints).
Jouy-en-Josas
Nous allons quitter le « Pincerais » disparu. Qui se souvient en effet de Rueil-en-Pincerais ou de la Celle-en-Pincerais ? (et où était Garches ?) et nous voilà arrivés en « Josas ». Il est bien utile ce « Josas », car ils sont bien nombreux ces « Jouy » dans le Bassin Parisien. On en trouve en Yvelines, Val d’Oise, Loiret, Eure, Eure-et-Loir, Seine-et-Marne… Alors on a recours aux compléments : … sous-Thelle, … sur-Eure, … sur Morin. Mais qui étaient ces personnes qui habitaient Jouy-Mauvoisin (mauvais voisins ?) ?
Oberkampf
(1738-1815) – Industriel allemand naturalisé français, il créa, en 1759 à Jouy-en-Josas, la première fabrique de tissus imprimés. Il fut le premier en Europe à utiliser des rouleaux de cuivre pour l’impression des couleurs. Soutenu par Napoléon, il créa la première filature de coton à Essonnes pendant le blocus continental. Son nom est souvent associé à deux autres industriels du textile : Richard et Lenoir (encore une station de métro).
D’autres souvenirs à Jouy-en-Josas
Les sites sauvages et romantiques de la vallée de la Bièvre, de Buc à Verrières-le-Buisson, ont longtemps attiré les amoureux de la nature et d’une vie calme et champêtre :
Victor Hugo – Il vint y cacher dans un hameau de Jouy, Les-Metz, ses amours avec Juliette Drouet. Il est vrai qu’il séjournait avec sa femme chez Bertin, un patron de presse, à Bièvres, ce qui rendait aisées des rencontres discrètes. Ah ! Ce Victor, nous l’avons déjà rencontré en pareilles circonstances à Guernesey et l’an passé à Septmonts. Son poème « Tristesse d’Olympie » parle des paysages du Josas.
Léon Blum – La plupart d’entre nous se souviennent de cet intellectuel bourgeois tenté par la politique et qui amena le Front Populaire au pouvoir en 1936. Nous retrouvons là l’histoire-souvenir sur laquelle chacun a son opinion, mais sommes-nous nombreux à nous souvenir qu’après son retour de captivité en 1945, il dirigera, en 1946-1947, le seul gouvernement homogène de la Quatrième République ? Ses talents d’orateur et d’écrivain, eux, n’ont pas été discutés. Il est mort à 78 ans en 1950.
L’avenir de Jouy-en-Josas
Ce cadre idyllique, à proximité des centres artistiques et culturels, devait attirer des entreprises prestigieuses, telles que la Fondation Cartier et l’École des Hautes Études Commerciales.
Pour la petite histoire garchoise, souvenons-nous que la minuscule gare du « Petit-Jouy » a vu passer un certain jour de mars 1986, six mois avant l’ouverture de la liaison quotidienne Rouen-Lyon, un vrai TGV, venu spécialement à Garches, se remplir de quatre cents de nos compatriotes. Certains d’entre vous étaient peut-être du voyage.
Bon après-midi,
Émile Brichard
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