Thèmes : art, histoire, visite.
Visite du lundi 15 avril 1991.
Lundi 15 avril 1991, une centaine d’adhérents du C.D.I. ont visité le cimetière du Père-Lachaise, guidés par trois conférencières, dont Madame Fourreau que les membres du C.D.I. connaissent déjà bien (La Malmaison, Montmartre, l’Ordre de Malte).
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Histoire
Jusqu’au 19ème siècle, il est d’usage d’ensevelir ses morts dans sa paroisse, autour des établissements religieux essentiellement (église, chapelle, abbaye…).
Depuis le 6ème siècle, les riches peuvent être directement enterrés sous la dalle de leur église, tandis que les catholiques pauvres n’ont droit qu’à la fosse commune du cimetière paroissial. Ces fosses, nombreuses à Paris, restaient ouvertes tant qu’elles n’étaient pas remplies, d’où l’insalubrité et la pestilence ambiantes. Avant la Révolution, on ne dénombre dans la Capitale pas moins de 200 cimetières.
A la fin du l8ème siècle, les cimetières parisiens sont fermés et désaffectés. Les ossements sont transférés dans un nouveau lieu aménagé à cet effet et baptisé « catacombes » : les anciennes carrières de la « plaine Montsouris.
II faut attendre le début de l’Empire pour voir le Préfet Frochot mettre en place une nouvelle politique en matière d’inhumation. Celle-ci se traduit par l’ouverture de trois grands cimetières extra-muros : le cimetière de l’Est (Père-Lachaise), le cimetière du Sud (Montparnasse) et le cimetière du Nord (Montmartre).
En 1860, les limites de la ville sont repoussées jusqu’aux communes limitrophes, les principaux cimetières extra-muros de Paris sont intégrés dans la Capitale.
Le site
Au 12ème siècle, la colline sur laquelle s’étend le cimetière n’est qu’un vaste terrain de cultures. L’Évêque de Paris y possède des vignes et un pressoir. En ce lieu-dit « Le Champ l’Évêque », est racheté par un riche négociant en épices nommé Regnault de Wandonne. Il y installe sa maison de campagne « La Folie-Regnault ». Une rue du quartier en perpétue le souvenir.

En 1626, les jésuites de la rue Saint-Antoine acquièrent la propriété pour en faire leur maison de repos. Plus tard, le Père François d’Aix de la Chaise, confesseur de Louis XIV de 1675 à 1709, vient souvent s’y reposer. Il contribue largement grâce aux libéralités du roi, à l’embellissement et au développement du domaine auquel son nom reste attaché.
En août 1763, après l’expulsion des jésuites, le domaine est adjugé à un nommé Gratin qui le revend à la famille Baron en 1771. En 1803, ruiné par la Révolution, Jacques Baron cède le domaine à la Ville de Paris. C’est à Brongniart, l’architecte de la Bourse, que Nicolas Frochot confie les plans de la future nécropole.

L’entrée du cimetière au siècle dernier
Le Père-Lachaise aujourd’hui
Avec ses hectares, c’est le plus grand parc intra-muros de Paris (Tuileries ha, Parc des Buttes-Chaumont 25 ha…). 5300 arbres ombragent le cimetière.

Après cette brève introduction, nous parcourons certaines allées du cimetière.
L’avenue principale, au cœur de la partie la plus ancienne du cimetière, conduit jusqu’au Monument aux Morts réalisé par le sculpteur Albert de Bartholomé (1895).

Cette fresque de la nudité suscita bien des passions et choqua les petits bourgeois puritains d’une fin de siècle pleine de préjugés. Acquis par la Ville de Paris au Salon du Petit-Champ-de-Mars et affecté au cimetière du Père-Lachaise, ce chef-d’œuvre, très représentatif de l’art de cette époque, resta un moment voilé pour satisfaire les protestations indignées d’un certain public qui s’esbaudissait devant pareil enchevêtrement de croupes et de seins ; la symbolique de cette fresque semble facile à interpréter : un homme et une femme pénètrent par la porte de la mort. D’un côté sont représentés des mécréants : ils pleurent, ils se lamentent ; de l’autre, des croyants sereins.
En arrière de ce monument un vaste ossuaire, qui date de 1953, s’étend sous la colline en haut de laquelle se dresse la chapelle du cimetière. Dans cet ossuaire sont rassemblés les restes des exhumés, de ceux qui n’ont plus leur place dans d’autres cimetières parisiens.
Tout près se trouve la tombe de Colette et le quartier du cimetière juif avec la tombe de Mademoiselle Rachel (1821-1858). Cette autodidacte des planches affirma tôt son génie et devint l’actrice la plus en vue, mais aussi la plus courtisée. Elle eut Alfred de Musset comme amant de passage, puis le Comte Walewski qui, entre son veuvage et son remariage, la mit enceinte. Cet évènement permit à Victor Hugo, vexé de n’avoir pu conquérir Rachel, d’écrire à propos d’elle et de sa grossesse : « On dirait une ficelle avec un nœud au milieu ». Le téméraire Prince de Joinville sut séduire l’actrice, grâce à la précision du message qu’il lui fit remettre : « Quand ? Où ? Combien ? ». Rachel répondit sur-le-champ : « Demain, chez moi, pour rien ».
Héloïse et Abélard reposent dans un imposant temple gothique (1817). Ils sont morts tous les deux à 63 ans, Abélard en 1142 et Héloïse en 1164. Abélard était un philosophe et théologien. Il enseigna la théologie scolastique et la Chanoine de Notre-Dame de Paris, devint maître d’Héloïse qu’il épousa en secret. L’oncle d’Héloïse, Fulbert, le fit émasculer. Abélard se retira à l’abbaye de Saint-Denis, tandis qu’Héloïse prit le voile à Argenteuil.

Nous nous arrêtons devant la tombe de Miguel Asturiad, poète renommé d’Amérique du Sud. Un « totem » recouvert d’inscriptions aztèques rappellent ses origines.
La tombe de Frédéric Chopin (1810-1849) est toujours fleurie. Son monument, enrichi d’un médaillon, est surmonté d’une petite muse en marbre blanc sur laquelle s’acharnent nombre d’admirateurs fanatiques, à commencer par certains touristes polonais qui revendiquent les restes du virtuose. A ceux-là ne suffit point le cœur de Chopin qui reposait dans l’un des piliers de l’église Sainte-Croix de Varsovie. En effet, périodiquement les doigts de pieds et des mains de la muse sont mutilés, ce qui conduit les Beaux-Arts à restaurer l’œuvre de Clessinger, lequel était le gendre de la maîtresse du défunt.

A la droite de Chopin repose Joseph Lakanal, député de la Convention, membre du Conseil des Cinq-Cents, créateur d’établissements littéraires et scientifiques à l’époque de la Révolution, fondateur du Muséum d’Histoire Naturelle. Non loin de là est enterré Luigi Cherubini, le compositeur italien (1760-1842). Il s’installa à Paris où il devint directeur du Conservatoire. Son œuvre comprend des opéras, de la musique religieuse et de la musique de chambre.
La visite continue…
Édouard Branly mort en 1940 est l’inventeur de la télégraphie sans fil.
Nous arrivons à la tombe de François-Joseph Talma, tragédien français (1763-1826). Il a introduit au théâtre une réforme profonde de la diction et du costume dans le sens du naturel et de la vérité historique.
Ginette Neveu, violoniste internationale, victime d’une catastrophe aérienne le 28 octobre 1949 en même temps que Marcel Cerdan, est enterrée ici.
Pleyel (1757-1831), élève de Haydn, fut maître de chapelle à Strasbourg avant de venir se fixer à Paris où il fonda une maison d’édition puis une fabrique de pianos qui allait rendre son nom célèbre.
La statue de Casimir Périer se dresse au milieu d’un rond-point. Il était membre du conseil des ministres sous le règne de Louis-Philippe 1er. Il meurt en 1832 lors d’une épidémie de choléra. Son fils fut Président de la République pendant un an (1894).
Monge, mathématicien, chimiste au temps de la Révolution, Raspail, comme Monge a joint sa passion d’homme politique à ses talents de mathématicien et de chimiste, Champollion, qui déchiffra les hiéroglyphes, se côtoient.
Dans les hauteurs du cimetière, le mausolée de la baronne de Strogonov est impressionnant.
Nous redescendons en passant devant la tombe d’Antoine-Auguste Parmentier qui introduisit en France la pomme de terre. Sur la stèle, de fins bas-reliefs représentent un outil agraire, des épis de maïs et des tubercules « magiques ».
Un peu plus loin se trouve le riche monument du sculpteur Pradier. Le buste de l’artiste a été sculpté par ses élèves.
N’oublions pas Molière et La Fontaine. Les restes supposés de ces deux grands noms de la littérature française du XVIIème siècle ont subi bien des tribulations, Exhumés respectivement du cimetière Saint-Joseph et des cimetières des Innocents – dans la plus grande incertitude de leur identité ! -, les ossements furent confiés le 7 mai 1799 à Alexandre Lenoir pour son Musée des monuments français. Sur le lieu d’origine de La Fontaine, les historiens sont en désaccord. Certains affirment que le grand fabuliste reposait comme Molière au cimetière des Innocents.
Bref : la translation des deux sarcophages conçus par Lenoir et des restes des deux hommes illustres au cimetière du Père-Lachaise fut exécutée par l’architecte Godde le 6 mars 1817. Avant leur réinhumation dans ce luxuriant champ de repos, Molière et La Fontaine, curieusement accompagnés par les amoureux célèbres Héloïse et Abélard, eurent droit à une grand-messe à l’église Saint-Germain-des-Prés. Les sarcophages en pierre qui recouvrent les restes de Molière et de La Fontaine sont identiques. Celui du grand fabuliste est enrichi de bas-reliefs en bronze qui représentent la fable du « Loup et de la Cigogne » et celle du « Loup et de l’Agneau ».

Le monument le plus haut est un obélisque de 21 mètres de hauteur en de Monsieur Gemond, riche commerçant inconnu à notre époque.
Nous arrivons à la Chapelle de Thiers. Thiers qui suscita tant de haines « le massacreur de la Commune » et tant d’espoirs « le libérateur du territoire, le voilà », se trouve ici par le destin rapproché du Mur des Fédérés.
On peut avoir un souvenir ému devant la tombe de Sylvia Montfort qui vint au C.D.I. prononcer une conférence le 12 mars 1985 dont nous rappelons un passage : « je ne pourrais pas vivre sans être comédienne. Pendant les périodes où je ne joue pas, à cause de mes autres occupations, je me sens moins bien. Lorsque je suis sur scène, je respire mieux que dans la vie courante ; j’ai fait très peu de mise en scène car c’est en grande contradiction avec le métier d’acteur… ».

Vous pourrez aussi étonner vos enfants et petits-enfants en leur rappelant que vous suivez l’actualité artistique puisque vous leur rapportez une photo de la tombe de Jim Morrison.
De là nous prenons le chemin du retour en croisant encore d’innombrables tombes de personnages connus ou anonymes. Pourquoi tant de rues de nos villages qui mènent au cimetière sont-elles appelées « rue de l’Égalité » ?
Cette visite, pour être complète, demande plusieurs jours.
Alors les courageux, la route a été tracée !
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FICHE DE VISITE
LE CIMETIÈRE DU PÈRE LACHAISE
La visite d’aujourd’hui nous conduit à l’Est de Paris, dans l’ancien village de Charonne, où se situe actuellement le Cimetière du Père Lachaise. Imaginons un instant…
Cette commune fut renommée, il y a bien longtemps, pour le calme de sa vie champêtre, l’exposition de son site à flanc de côteau. La rue des Haies, des Prairies, des Maraîchers, du Clos témoignent encore par leur nom que les champs avoisinants étaient consacrés à la culture des légumes, des fruits, du blé…
Ce village s’était constitué autour d’un château qui s’étendait sur un très vaste domaine (de la rue de Bagnolet au Père Lachaise). De nombreuses communautés religieuses, recherchant le calme, s’y étaient installées, de même des personnalités de l’époque, séduites par le site, y avaient leurs demeures de plaisance (par exemple : le Chancelier Michel de l’Hôpital, la Marquise de Verneuil, Fouquier-Tinville… etc.).
En 1626, les Jésuites édifièrent sur les lieux actuels de la rue de la Folie Regnault, une maison de campagne destinée à leur servir de résidence de repos. (« Folie » à l’époque signifiait un lieu « feuillu »). A la suite d’une visite de Louis XIV, ce domaine prit le nom de Mont-Louis. En 1675, le Révérend père de la Chaise, devenu confesseur du Roi Soleil, y eut sa maison particulière.
En 1763, le Pape Clément XIV décide l’abolition de l’ordre des Jésuites, puis leur expulsion. Leur vaste domaine de Charonne fut donc vendu. Il y eut ensuite différents propriétaires dont la famille Baron qui le vendit à la Ville de Paris en 1804. C’est alors que le premier préfet de la Seine, Frochot, décida de transformer ces lieux en cimetière de l’Est ou cimetière du père Lachaise. (Cimetière : du grec Koimêterion, signifie lieu où l’on dort, puis par extension, champs de repos éternel, nécropole).
L’architecte Brongniart (également architecte de la Bourse), responsable de l’aménagement de ce domaine, eut l’idée de conserver une alliance harmonieuse entre jardins et sépultures. Donc, édifié d’abord sur le Mont-Louis, domaine des Jésuites, le cimetière prit ensuite de l’extension sur les terres du Château de Charonne. Le domaine du Château commença en effet à être loti à partir de 1798 et le Château lui-même disparut en 1857.
Le Cimetière du père Lachaise s’étend actuellement sur 44 hectares. Il est le plus vaste cimetière de Paris, le plus visité, un des plus illustres du monde. Sa visite est intéressante à un triple point de vue :
Le site :
Quelques vestiges des anciens jardins, des sentiers en pente, de vieilles tombes sous des arbre s, des urnes de pierre, des colonnes tronquées, contribuent à donner à cet endroit une atmosphère romantique.
Les hôtes :
Des personnages illustres reposent en ces lieux. Les noms d’hommes et de femmes célèbres, inscrits sur les pierres tombales, nous font nous remémorer de nombreux évènements de notre histoire, évènements politiques, littéraires, artistiques, scientifiques, etc.

Je citerai seulement quelques noms relevés au hasard de notre chemin : Héloïse et Abélard, Alfred de Musset, Guillaume Apollinaire, Chopin, Rossini, Arago, Claude Bernard, Kellermann, Masséna, Honoré de Balzac, Proust, Colette, Champollion, Sarah Bernhardt, Edith Piaf et Simone Signoret.
L’architecture :
Nous rencontrerons dans ce cimetière une somme exemplaire de divers styles architecturaux, en vogue au 19ème siècle : réalisations en pierre, marbre ou bronze. Les plus célèbres sculpteurs, Rude, David d’Angers, Bartholomé, Garnier, Guinard, furent sollicités pour réaliser des constructions funéraires. Nous pourrons admirer leurs œuvres sur de simples pierres tombales, sur des mausolées, obélisques, bas-reliefs, gisants, bustes, monuments élevés pour la Ville de Paris, cénotaphes, sarcophages.
A l’angle Nord-Est se trouve le Mur des Fédérés où furent fusillés les derniers défenseurs de la Commune en mai 1871. Dans cette division se trouvent également les sépultures de leaders et intellectuels communistes : Marcel Cachin, Maurice Thorez, Henry Barbusse, Paul Éluard.
Nous terminerons notre visite par le monument crématoire et columbarium. Il fonctionna pour la première fois le 27 avril 1889. A l’intérieur du monument, au fond de la grande salle hypostyle, se trouve un groupe de pierre de Paul Landowski, représentant le retour de l’homme du sein de la nature.

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