SORTIE-VISITE : le château d’Ecouen

Thèmes : art, littérature, peinture, sciences, sculpture, visite.
Visite du vendredi 2 décembre 1994

 

 

Fiche de visite de Madeleine Netter

 

C’est au connétable Anne de Montmorency, grand seigneur du royaume de France, favori de François 1er, que nous devons la construction du château d’Ecouen.

Ce château, construit de 1538 à 1555 est un bel exemple de style Renaissance.

Dès le XVème siècle, les maîtres d’œuvre français transforment les châteaux en résidences de plaisir, en accroissant les dimensions des fenêtres, en entourant baies et portes de sculptures. Statues et bandes sculptées décorent les façades, les toits sont hauts et à pente unique pour chaque versant.

C’est d’Italie que nous vient ce changement de style, et ce mouvement artistique, fondé en grande partie sur l’imitation de l’Antiquité gréco-romaine, nous a laissé de nombreuses réalisations qui font toujours notre admiration (Fontainebleau, châteaux de la Loire…). Cet art dit de « la Renaissance » a été florissant durant les XVème et XVIème siècles.

C’est ainsi que le château d’Ecouen, construit en pleine Renaissance, édifié sur un site agréable, devient un lieu de plaisir, enrichi de nombreuses et belles œuvres d’art.

Les bâtiments entourent sur trois côtés une cour d’honneur carrée. Sur le quatrième côté, la très belle façade, démolie au XVIIIème siècle et dont les fragments sont désormais à l’école des Beaux-Arts, a été remplacée par une construction basse où s’ouvre la porte d’entrée.

A l’intérieur des bâtiments, les volumes d’angles ont été aménagés de façon à rendre l’ambiance d’un habitat noble du XVIème siècle. Les salles qui relient ces angles servent de lieu d’exposition d’objets regroupés par technique : salle d’armes, des albâtres, des panneaux de bois, de la ferronnerie, de la sculpture, etc…

Au cours de cette visite, nous pourrons admirer douze cheminées peintes, vestiges exceptionnels de la peinture murale sous Henri II. Dans un angle, près de la porte d’entrée, on visitera la chapelle achevée en 1544. Nous retiendrons quelques noms d’artistes attachés à ces lieux : Jean Bullant pour l’architecture, Jean Goujon pour la sculpture, Le Rosso pour la peinture.

A la mort d’Anne de Montmorency, le château revient aux Condé, mais il leur sera confisqué à la Révolution.

Sous l’Empire, Napoléon le transforme en maison d’éducation pour les filles des membres de la Légion d’Honneur.

En 1814, il revient aux Condé, puis à nouveau propriété de l’État à la mort du dernier prince de cette maison.

En 1850, il est à nouveau affecté à la Légion d’Honneur.

En 1914, les généraux Maunoury et Galliéni y établissent leur quartier général et enfin, en 1965, le château remarquablement aménagé et restauré, devient musée national.

L’architecture intérieure ayant subi peu d’altérations, nombre de décors de l’époque ayant été conservés, le château était tout indiqué pour accueillir un musée consacré au XVIème siècle.

La chapelle

Telle qu’elle se présente aujourd’hui avec ses murs nus, la chapelle reflète la sobriété. Le décor de la voûte est constitué des armoiries d’Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie, des emblèmes et devises du Connétable.

La salle des armes

On ignore la destination initiale de cette salle, mais le riche décor peint sur la cheminée et le haut des murs, suggère une utilisation noble. La scène principale du décor de la cheminée illustre un épisode de la bible : la visite de la reine de Saba, princesse étrangère, au roi Salomon.

La présentation de l’importante collection d’armes met l’accent sur le souci du décor et la perfection technique qui fit la réputation des armuriers allemands et italiens. La plupart des armes présentées sont des pièces de parade liées à la vie de cour et non à la guerre, car pour cette dernière, l’armement varie peu par rapport à la fin du XVème siècle et reste sobre. Mais une partie de ces armes très ornées était destinée à la chasse, notamment les arbalètes et armes à feu, comme le soulignent les thèmes décoratifs des incrustations dont on les a parées.

 

Anciennes cuisines

Les cuisines du château étaient installées, non pas dans les sous-sols comme l’usage s’en était répandu, mais au rez-de-chaussée, sous les appartements de Madeleine de Savoie. Des fragments d’éléments sculptés ont pris place sur les murs, notamment les fragments de la lucarne de l’aile nord, des morceaux d’architecture et de sculpture, des éléments d’encadrement, etc.

Les boiseries

Elles proviennent du château de Gaillon, résidence des archevêques de Rouen, l’une des plus magnifiques réalisations de la Renaissance française dans les premières années du XVIème siècle. En 1816, ces boiseries sont envoyées à la basilique Saint-Denis où elles sont malmenées par l’architecte Debret qui les scie dans leur épaisseur et coupe des morceaux. En 1899, elles sont transférées au Louvre qui ne peut les exposer. En 1923, elles sont données au musée de Cluny. Enfin elles seront reconstituées au château d’Ecouen.

Salle des héros romains

Comme la salle des armes, la frise peinte avec des trophées d’armes et des médaillons à sujets guerriers et la superbe cheminée indiquent une destination noble pour cette pièce. Un somptueux décor de cuirs découpés, de ferronneries, de massues, de guirlandes de fruits et de petits personnages, fait de cette cheminée l’une des plus belles du château.

La tenture de cuir exposée sur le mur qui fait face à la cheminée est un rare spécimen d’un parti décoratif assez répandu à la fin du XVIème et au début du XVIIème siècle.

Salle des albâtres

La production de petits panneaux sculptés dans l’albâtre et souvent enchâssés dans des cadres est, au XVIème siècle, la spécialité de la ville flamande de Malines. L’iconographie est souvent inspirée de l’Ancien Testament ou de la vie du Christ.

 

Salle des bois

Les œuvres présentées dans cette salle permettent de suivre l’évolution de la sculpture décorative sur bois au cours du XVIème siècle, essentiellement dans l’art profane qui connaît alors un développement considérable. Le mobilier participe à cet essor et la plupart des panneaux visibles en sont des éléments.

 

Salle de la petite sculpture

Le bois ne sert pas uniquement aux panneaux décoratifs, il est utilisé aussi pour nombre de petits objets plus ou moins proches de l’orfèvrerie, tant par la forme que par la finesse de la sculpture.

L’ivoire, si rare et apprécié au Moyen-Age, tient une place privilégiée. Traditionnellement réalisés comme cadeaux princiers, olifants et couverts sont rapidement prisés et collectionnés par les cours européennes.

Les petits coffrets en bois doré, recouverts de scènes historiées réalisées à l’aide de pâte banche cuite au four, étaient produits en grand nombre en Italie. Ils contenaient des bibelots ou des sceaux beaucoup plus probablement que des bijoux. Ils étaient aussi très prisés comme objets de collection ou cadeaux.

La mesure du temps et de l’espace

Les instruments scientifiques regroupés dans cette salle évoquent les progrès techniques réalisés à la Renaissance et rappelle combien la présence de ce type d’objets, sous la forme la plus artistiquement aboutie possible, allait de soi dans l’environnement quotidien de tout amateur éclairé un peu fortuné.

 

Salle des arts du métal

L’emploi systématique du décor ornemental à base héraldique entraîne l’adaptation de ce décor aux serrures, heurtoirs, marteaux de porte, targettes. Bien des pièces exposées dans cette salle proviennent du château même d’Ecouen qui avait conservé sa serrurerie intacte jusqu’à la Révolution.

La chambre de Catherine de Médicis

Conformément à l’antique usage de la cour de France, l’appartement de la Reine était situé au rez-de-chaussée, sous celui du roi. Du décor originel, il ne reste que des frises et un vestige de la peinture de la cheminée. Les trois tapisseries suspendues aux murs, sont des documents iconographiques d’un aspect inhabituel pour ce type d’œuvres. Elles représentent des événements des guerres de religion.

 

La salle des sculptures

La Champagne et plus particulièrement la région de Troyes a été un grand foyer de sculpture du XVIème siècle dont on retrouve ici un certain nombre de productions en terre émaillée ou en marbre.

 

Cires et plaquettes

Le musée possède l’une des plus importantes séries de portraits en cire qui soient conservées en France. L’Italie de la Renaissance a vu se développer les petits portraits de cire peinte en médaillons.

 

La chambre du Connétable

Comme il était d’usage à l’époque, les appartements comprenaient une antichambre et une chambre que complétait une garde-robe. Les deux pièces possédaient chacune une cheminée.

Le décor de ces pièces était particulièrement soigné, comme en témoignent les vestiges conservés. La présentation des collections à cet étage a été dictée par le souci de réunir des œuvres choisies parmi les plus représentatives et les plus riches et de les regrouper de façon à suggérer ce que pouvait être la demeure d’un grand seigneur de la Renaissance.

La bibliothèque du Connétable

La bibliothèque qu’Anne de Montmorency avait fait aménager est située au-dessus de la chapelle, donc dans un lieu retiré du château mais directement relié aux appartements par l’escalier.

Le décor de lambris a été reconstitué à l’identique et le mobilier de présentation des collections a été conçu de manière à conserver à ce lieu son caractère de bibliothèque du XVIème siècle.

La galerie de Psyché

Cette galerie, qui assurait la liaison entre les appartements seigneuriaux et ceux du roi, tire son nom de la série de vitraux, aujourd’hui à Chantilly, qui en garnissaient les fenêtres. La tenture de « David et Bethsabée » a entraîné l’obturation de cinq fenêtres, ce qui altère quelque peu les effets lumineux qui existaient jadis.

La tenture est l’une des tapisseries les plus belles du monde. Et de fait, il s’agit d’un chef-d’œuvre. En outre, avec ses dix pièces d’une longueur totale de 75 m environ sur 4,5 m de haut, soit une surface de 340m2, elle est la plus importante tapisserie du début du XVIème siècle conservée en France.

La grande salle de l’appartement du roi

Une grande partie de la vie du roi se déroulait en public, d’où la nécessité de disposer d’une salle assez vaste pour accueillir un grand nombre de courtisans. Ainsi s’expliquent les dimensions de cette pièce dont le décor a été entièrement refait. Seule la cheminée monumentale appartient aux dispositions d’origine.

Vitraux du château

L’abondante vitrerie emblématique du château d’Ecouen a été assez bien conservée jusqu’à la Révolution, qui en a provoqué la dispersion. Sur les dix-neuf panneaux identifiés de cet ensemble, seuls quatre appartiennent aux collections du musée. Le plus ancien est celui de la salamandre de François 1er.

Salle des broderies

Le mobilier rassemblé dans cette salle permet d’évoquer la transition stylistique vers le XVIIème siècle dans l’ameublement français. Les coffres sont ornés de motifs décoratifs originaires de Flandre ou de Picardie. Le meuble le plus intéressant appartient à un type dit « armoire aux cavaliers ».

Salle des cuirs de Scipion

Le principal apport des collections dans cette salle est la tenture de cuir de l’histoire de Scipion. La pièce est meublée d’un ensemble de sièges de bois tourné recouverts de cuir.

 

Salle des céramiques d’Iznik

Le goût prononcé des souverains ottomans pour les céramiques chinoises, allié à l’interdiction faite aux musulmans d’utiliser de la vaisselle en métal précieux, entraîne, à la fin du XVème siècle, la création d’une fabrique spécialisée dans la ville d’Iznik, l’ancienne Nicée, en Anatolie occidentale.

Salle des tissus

L’art textile de la Renaissance tenait une place particulièrement importante dans le décor intérieur et le cadre de vie, mais c’est bien souvent le seul témoignage de la peinture qui permet de se faire une idée de la richesse des étoffes, de leur usage sur les murs et le mobilier, ainsi que le luxe des costumes.

Les collections sont présentées par roulement sous un éclairage étudié afin de respecter ces œuvres extrêmement fragiles. Des œuvres de broderies d’une qualité exceptionnelle accompagnent cette présentation.

 

Salle des cassoni

Une intéressante collection de panneaux de coffres de mariages (cassone) constitue la richesse essentielle de cette salle. Ces coffres adoptent une forme spécifique en Italie et sont le plus souvent sculptés, mais à Florence, ils sont peints, parfois par des artistes de renom, et tiennent une place importante dans le cortège nuptial de la mariée. Ils sont utilisés pour ranger les effets et pour s’asseoir.

Salle de la céramique française

Le nom du premier grand faïencier français, Masséot Abaquesne, établi à Rouen, reste indissolublement lié au château d’Ecouen. L’existence de carreaux historiés dans deux panneaux et dans une grande vitrine confirment que le château était orné à l’origine, d’une série importante.

Masséot Abaquesne est aussi renommé pour sa très abondante production de pièces de forme, le plus souvent des vases, des pots destinés à des apothicaires. Les vitrines exposent des coupes, aiguières, plats et petites statuettes.

Galerie des arts du feu

L’émail peint est pratiqué à Limoges à partir du XVème siècle. Sur une plaque de cuivre emboutie puis martelée et décapée, l’émailleur pose une couche d’apprêt et un contre-émail, puis les couches de poudre d’émail colorée. Certains détails sont relevés à l’or passé au pinceau.

Grâce à sa richesse et à sa diversité, la collection du musée permet d’évoquer de nombreux aspects de la faïence italienne. Les vitrines présentent plusieurs vases décorés au dessin maladroit et aux couleurs variées et des assiettes et plats d’apparat.

La verrerie

L’immense succès rencontré par les pièces de verrerie à la Renaissance est lié au renom et au très haut niveau de qualité des ateliers de Venise installés sur l’île de Murano. Un ensemble important de coupes, calices, plats et aiguières est regroupé dans les vitrines.

Salles des orfèvres

L’essentiel de la collection du musée provient du legs de la baronne Salomon de Rothschild en 1922, constituée de pièces d’orfèvrerie civile germanique.

 

***

 

Les collections d’Ecouen nous ont permis d’apprécier à travers la demeure d’un grand mécène, le foisonnement intellectuel et artistique de la Renaissance française, où les apports étrangers sont accueillis et intégrés.

 

 

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