Thèmes : art, peinture.
Visite du mardi 27 mars 1984.
Le mardi 27 mars, Monsieur CLEMENT n’a pu assurer sa conférence sur « la vie sociale des Insectes ».
A la place, nous avons proposé aux adhérents du Cercle une visite libre au Petit Palais, de l’exposition William Bouguereau (1825-1905).
Une vingtaine de personnes seulement se sont rendues à cette exposition qui fut très appréciée.
I. BIOGRAPHIE DU PEINTRE
1825 : Né à La Rochelle, de parents commerçants en vins. Éduqué à Mortagne, auprès de son oncle curé du village ; puis à Pons, au collège, où son professeur de dessin est Louis Sage, élève d’Ingres.
1841 : Ses parents s’installent à Bordeaux et lui font arrêter ses études afin de tenir la comptabilité du commerce familial.
1842 : Malgré l’avis de son père, il s’inscrit à l’École Municipale de Dessin et de Peinture, dirigée par Alaux.
1844 : Premier prix au concours de figure peinte.
1846 : Reçu au concours d’entrée de l’École des Beaux-Arts de Paris reçu dans l’atelier de Picot.
1848 : S’engage dans la Garde Nationale au cours des évènements révolutionnaires.
1850 : Reçoit le Premier Grand Prix de Rome et quitte Paris pour la Villa Médicis où il retrouve Alaux comme directeur.
1851 : Voyage à Naples, Capri, Pompéi …
1852 : Copie la « Galatée » de Raphaël et voyage à Assise, Sienne, Florence, Pise, Venise, Bologne …
1853 : Subit l’influence de Schnetz qui succède à Alaux comme directeur de la Villa Médicis ; voyage à Tivoli, Lac de Nemi …, peint le « Triomphe du Martyr : le corps de sainte Cécile apporté dans les catacombes ».
1855 : Revenu dans sa famille à Bordeaux, il obtient un grand succès à l’Exposition Universelle de Paris, notamment grâce au « Triomphe du martyr » ; il exécute la décoration de l’Hôtel d’Étienne Bartholoni, rue de Verneuil.
1856 : Épouse Marie Nelly Monchablon dont il aura cinq enfants ; reçoit de l’État, la commande d’un tableau représentant « Napoléon III visitant les inondés de Tarascon ».
1857 : Exécute la décoration de l’Hôtel d’Émile Pereire.
1859 : Réalise la décoration de la chapelle Saint-Louis de l’église Sainte-Clotilde à Paris ; reçoit la Légion d’Honneur.
1862 : Reçu membre de la Société d’Artistes Belges.
1865 : Décore les chapelles des saints Pierre et Paul et de saint Jean Baptiste dans l’église Saint-Augustin à Paris.
1866 : Quitte Durand-Ruel pour accorder l’exclusivité commerciale de sa production artistique à Goupil. Reçu membre de l’Académie Royale des Beaux Arts d’Amsterdam.
1868 : S’installe dans l’hôtel particulier, avec atelier, qu’il s’est fait construire au 75, rue Notre Dame des Champs.
1869 : Peint le plafond du Grand Théâtre de Bordeaux.
1870 : S’enrôle à nouveau dans la Garde Nationale et reste à Paris pendant tout le siège, mais quitte la capitale pour La Rochelle pendant la Commune.
1875 : Devient professeur à l’Académie Julian.
1876 : Élu membre de l’Académie des Beaux-Arts et nommé Officier de la Légion d’Honneur.
1877 : Sa femme, Nelly, meurt.
1881 : Élu président de la section peinture de la toute nouvelle Société des Artistes Français.
1883 : Élu président de la Société des peintres, sculpteurs, architectes et graveurs.
1888 : Nommé professeur à l’École des Beaux-Arts.
1892 : Dorénavant expose régulièrement à la Royal Academy jusqu’à sa mort.
1896 : Mort de sa mère ; se remarie avec Elizabeth Gardner.
1902 : Grand officier de la Légion d’Honneur.
1905 : Mort ; enterrement au Cimetière Montparnasse.
II. SA NOTORIÉTÉ
Bouguereau resta toujours un peintre très discuté dans son pays :
« Malgré son mérite indiscutable, M. Bouguereau est en général traité assez dédaigneusement par quelques plaisantins, quelques amateurs, et même quelques artistes. On reconnaît bien son courage et sa volonté, son labeur incessant et son habileté de main ; mais on lui refuse la vitalité, la personnalité et le petit grain d’originalité qui font l’artiste. Cette opinion s’est répandue peu à peu et a fini par prévaloir, à Paris surtout, dans l’esprit de gens qui trouvent qu’une plaisanterie banale est le dernier mot de la critique » (Charles Garnier ; 1873).
Par contre, il fut très apprécié par les collectionneurs anglais et américains, notamment grâce à l’action efficace de marchands comme Durand-Ruel, Gambart et Goupil. Voilà pourquoi Bouguereau est si bien représenté dans les musées d’Outre-Manche et d’Outre-Atlantique et si peu dans les musées français.
III. SON ART
La carrière artistique de Bouguereau fut placée toute entière sous le signe de l’Académie, depuis l’école des Beaux-Arts de Paris (1846-1850) jusqu’à l’élection à l’Institut (1876), en passant par le Prix de Rome (1850) et les commandes officielles.
De cette auguste institution, Bouguereau partagea toutes les conceptions notamment la quête de l’idéal en art. Peindre était pour lui avant tout une affaire de raison : à travers la forme, il entendait signifier l’esprit.
La hiérarchie des genres était donc, à ses yeux, essentielle. Il aurait pu être bon paysagiste, habile faiseur de natures mortes ou excellent animalier. Non ; il se voulait peintre d’histoire. Lecteur passionné des poètes grecs et latins, admirateur de l’Antiquité et de la Renaissance, c’est le sujet qui le préoccupait en premier : « avant de commencer à travailler, pénètre-toi de ton sujet ; si tu ne le comprends pas, cherche ou fais autre chose. Souviens-toi que tout doit être pensé d’abord, mais tout, jusqu’aux plus petites choses ».
De là les thèmes de culture classique de ses grandes décorations monumentales (Hôtel d’Étienne Bartholoni ; Hôtel d’Émile Pereire ; plafond du Grand Théâtre de Bordeaux) et de nombreuses toiles (Les remords d’Oreste, Homère et son guide, La naissance de Vénus).
De là surtout, cette inspiration anacréontique qui illumine des œuvres comme « La jeunesse de Bacchus » ou « Nymphes et satyre ».
Photo 1.- Homère et son guide (1874)
Photo 2.- La jeunesse de Bacchus (1884)
En harmonie avec la noblesse de son inspiration, son style était aussi très réfléchi : « songe au dessin, à la couleur, à l’arrangement ; ne travaille pas sans penser à tout cela également ».
Pour apprendre à maîtriser ces diverses composantes de la création picturale, Bouguereau avait regardé la nature et médité les grands exemples de la tradition classique : la statuaire grecque avec son subtil équilibre entre statique et dynamique, Raphaël avec son élégance et son idéalisme, Poussin avec son sens du bas-relief et de la noblesse antique, Ingres avec son goût pour la ligne harmonieuse et structurante. Il avait de même admiré les Vénitiens, ces hardis coloristes aimant les tons lumineux et chatoyants. Il en garda toujours une passion pour la couleur et sa force sensuelle, mais avec la volonté de la soumettre la ligne qui définit nettement les formes et permet la pleine intelligence du sujet.
Réfléchi et méthodique, Bouguereau, pour chaque œuvre importante, multiplia dessins d’après le nu, analyses de détails, études de draperies, recherches de compositions, analyses d’ensemble. Ce processus laborieux lui donnait non seulement la sûreté de main, mais lui permettait aussi de laisser son inspiration se décanter. Il recherchait méthodiquement l’essentiel et le trouvait souvent.
Bouguereau a su innover notamment dans la peinture de l’enfance. Pour lui, l’enfant était roi et l’honorer ne provoquait pas la chute dans la négligeable peinture de genre. Au contraire, cela permettait d’exprimer ces valeurs que constituent l’espérance de la jeunesse, la chaleur du foyer familial, l’amour fraternel …
Dans ses tableaux, les tout-petits sont admirés par leur mère « Admiration maternelle » (photo 3), choyés par leurs parents, ou séduits par leurs compagnons de jeu.
Photo 3. Admiration maternelle (1869)
Quel sens des mimiques, des attitudes, des sentiments des premiers âges de la vie !
Cette poésie essentiellement riante et optimiste de Bouguereau imprègne aussi de nombreuses œuvres consacrées à l’attente ou à l’élection de l’amour dans le cœur des adolescentes (Jeune fille se défendant contre l’amour ; L’admiration). Mais, parfois, un sentiment plus trouble vient traverser les toiles de ce dernier thème (Tricoteuse ; Au bord du ruisseau, photo 4).

Photo 4. Au bord du ruisseau, 1875.
En regard de ce lyrisme de la joie et de la vie heureuse, d’autres sentiments plus graves hantèrent la complexe poésie personnelle de Bouguereau.
Lui qui se dévoua pour les artistes nécessiteux savait que la misère peut frapper et détruire le bonheur familial, si cher à son cœur.
Bouguereau a créé relativement peu de portraits, que ce soit de lui, de ses proches ou de commanditaires. Il ne s’y montre pas un créateur de tout premier plan, mais la toile révélant les traits de Monsieur Boucicaut s’impose comme un chef d’œuvre (photo 5).

Photo 5 : Portrait d’Aristide Boucicaut, 1875.
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