Thèmes : art, histoire, visite.
Sortie du vendredi 10 juin 1994.
Du XVIIème siècle jusqu’aux premières années de notre siècle, la Seine était beaucoup plus animée qu’aujourd’hui. On pouvait voir à la hauteur du Louvre, une petite flottille qui menait les gens à l’autre bout de Paris, les faisait passer d’une rive à l’autre et les riches familles riveraines possédaient leurs barques.
Au milieu du siècle dernier, deux grandes compagnies se partageaient le service fluvial : les « Hirondelles » allaient de Suresnes à Charenton, tandis que les « Bateaux-Mouches », à partir du Pont de Solférino, ne desservaient que Paris.
Le développement des moyens de transport à l’intérieur de Paris amena le déclin puis la suppression du service fluvial (1920).
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Notre bateau est amarré Quai Anatole France. Cette partie du quai d’Orsay a pris, en 1947, le nom du romancier français qui passa une partie de sa vie dans ce quartier de Paris. De l’autre côté de la Seine, le Louvre est prolongé par le jardin des Tuileries, tandis que les coupoles du Petit et du Grand Palais s’estompent dans la grisaille d’un ciel de pluie.
La Passerelle Solférino
Elle remplace le pont Solférino construit en en 1859 et démoli en 1961. Cet ouvrage à arche unique est réservé aux piétons.
A l’emplacement de la piscine Deligny, un entrepreneur avait fondé à la fin du XVIIIème siècle un établissement de bains qui avait une annexe devant le pavillon de Flore. Il s’agissait de villas flottantes pourvues de tout le confort, avec baignoires intérieures et extérieures.
L’ancienne Gare d’Orsay, intéressant exemple d’architecture intérieure en fer, abritait le Théâtre d’Orsay Renault-Barrault et l’Hôtel des Ventes Drouot-Rive Gauche. Orson Wells y tourna « Le Procès » de Kafka. Un décret gouvernemental de 1977 a transformé cette immense construction, représentative de son temps en un musée d’art de la seconde moitié du XIXème siècle, le Musée d’Orsay.
Le Pont Royal
II a été construit entre 1685 et 1689 sur les plans de Jules Hardouin-Mansart afin de permettre aux gens de la Maison du roi de gagner facilement leurs hôtels du faubourg Saint-Germain. Il remplaçait une passerelle de bois. Sur la dernière pile de chaque rive, une échelle hydrographique marque l’étiage et les crues historiques.
Nous longeons le Quai Voltaire, du nom du philosophe mort à l’hôtel de Villette, le Quai de Tuileries bordant le pavillon de Flore, le jardin des Tuileries et les anciens ports des Saints-pères et du Louvre transformés en promenade.
Le Pont du Carrousel (ou des Saints-Pères)
L’ancien pont du Carrousel, démoli en 1938, avait été construit de 1831 à 1834. Trop étroit, il avait en outre l’inconvénient grave de n’être pas situé dans l’axe des guichets du Louvre. II a été reconstruit à l’aplomb exact des trois guichets du Carrousel. Les quatre statues assises qui décoraient l’ancien pont ont été replacées.
Le pont du Carrousel
Le Quai Malaquais, construit au XVIème siècle, était appelé Quai de la reine Marguerite, mais les agissements douteux de la première femme d’Henri IV lui ont donné surnom de Quai Malacquis, devenu Malaquais.
Le Pont des Arts
Sa construction fut décidée par Bonaparte, alors Premier Consul. Il marque l’avènement du fer. Il était à l’époque (1802-1804) le troisième pont de fer (les deux premiers se trouvent en Angleterre). Son nom lui vient du Palais des Arts qui était l’appellation du Louvre sous Premier Empire. Il n’était ouvert qu’aux piétons, et jusqu’en 1849 on y préleva un péage d’un sou.
Le pont des Arts
Sur le Quai Conti, l’Hôtel des Monnaies constitue la première manifestation du style Louis XVI. Le Vau traça le plan général du Palais de l’Institut de France dominé par la fameuse Coupole. C’est au débouché du Pont Neuf, sur ce Quai Conti, qu’en 1906, Pierre Curie fut écrasé par un camion à chevaux.
Le Pont Neuf
Malgré son nom, c’est le plus vieux pont de Paris. Sa construction fut nécessitée par l’extension du Faubourg Saint-Germain et le développement des quartiers de la rive droite.
Henri III, entouré de Catherine de Médicis et de Louise de Vaudémont, posa la première pierre au soir du 31 mai 1578. Son assassinat (1589) interrompit les travaux qui furent repris par Henri IV.
Le cheval qui se dresse au milieu du pont a une longue histoire : primitivement coulé pour supporter une statue de Ferdinand de Toscane, il fut offert à Marie de Médicis. Mais le bateau qui l’emportait fit naufrage et le cheval aussi. On le repêcha et on l’installa sur le Pont Neuf. La statue de Henri IV qui le chevauchait fut brisée en 1792. En 1818, on érigea l’actuelle statue et une tradition veut que le fondeur, ardent Bonapartiste, ait profité de l’occasion pour dissimuler à l’intérieur des chansons antiroyalistes, des écrits subversifs et une statuette de Napoléon.
Le pont a subi plusieurs restaurations, mais le corps de construction, résistant à toutes les crues, n’a jamais changé, d’où l’expression « se porter comme le Pont Neuf ».
Le Pont Neuf connut une vogue prodigieuse car il avait les premiers trottoirs établis dans Paris et il était le seul qui ne fût pas bordé de maisons. Il avait d’autant plus de succès qu’à sa tête fonctionnait la machine élévatrice d’eau qui alimentait le Louvre et qui figure une habitante de Samarie donnant à boire au Christ, d’où le nom de Samaritaine, conservé par les grands magasins Cognacq-Jay.
La pointe de l’île en contrebas est occupée par le Square du Vert-Galant qui, rendez-vous des amoureux et des pêcheurs, aurait ravi le Béarnais.
Le Quai des Grands-Augustins fut construit sous Philippe le Bel, il est le plus ancien des quais de la Seine et tire son nom du couvent des Grands-Augustins, moines d’origine italienne que Saint-Louis établit ici.
Le Quai des Orfèvres, centre parisien de la joaillerie aux XVIIème et XVIIIème siècles, est aujourd’hui connu comme siège de la célèbre P.J.
Le Pont Saint-Michel
Le premier pont a été construit par les galériens du Petit Châtelet à partir de 1661. L’actuel pont est le quatrième, il date de 1857.
Le pont Saint-Michel
Sur le Quai Saint-Michel, les bouquinistes constituaient un des aspects spécifiques de Paris « la seule ville qui ait des bibliothèques en plein air ». Les vraies trouvailles malgré tout sont de plus en plus rares, mais le bouquiniste est un peu une institution parisienne qui fait partie du paysage au même titre que Notre-Dame ou le Pont Neuf.
Le Quai du Marché Neuf existait en 1216 sous le nom de quai de l’Orbrerie. Au numéro 8 (aujourd’hui disparu), Théophraste Renaudot fonda en 1631 « La Gazette », premier journal imprimé. Le long du quai se dressent les froids bâtiments de la Préfecture de Police.
Le Petit Pont
Il porte le même nom depuis vingt siècles. Il est à l’emplacement des deux ponts de bois construits par les Romains. En 1718, la malheureuse mère d’un enfant noyé planta, selon la coutume, un cierge allumé dans un pain bénit et le confia au courant. Le feu se communiqua à deux chalands chargés de foin, puis au pont tout entier. Rebâti en pierre, il a été constamment incendié et reconstruit (18 fois). Un châtelet en défendait l’accès que seuls les jongleurs pouvaient franchir sans taxe, en faisant exécuter des tours à leur singe, d’où l’expression « payer en monnaie de singe ».
Le Petit Pont
Sur le Quai de Montebello, au Moyen-Age, se trouvait le Port-aux-bûches où l’on amassait le bois de construction et chauffage qui était acheminé vers Paris sur des radeaux. Sur l’Ile de la Cité se dresse la cathédrale des cathédrales, la « paroisse de l’histoire de France », Notre-Dame de Paris dont la construction, commencée en 1163, allait durer plus de 160 ans.
Pont au Double
Les deux bâtiments de l’Hôtel-Dieu étaient reliés par le Pont au Double. Le péage, prélevé par l’hôpital, était d’un « double-tournois ». Le Square Jean XXIII, qui enveloppe le chevet de Notre-Dame, a été ouvert en 1837 sur un terrain vague traversé par la rue de l’Abreuvoir où serait mort Boileau en 1711.
Le Pont de l’Archevêché
Il rejoint le square de l’Ile-de-France où s’ouvre le mémorial des Martyrs de la déportation, œuvre émouvante et dépouillée, que le Général de Gaulle inaugura en 1962. A l’intérieur, sur les parois d’une longue galerie miroitent 200 000 pointes de cristal symbolisant les 200 000 morts de la déportation.
Sur le Quai d’Orléans dans l’Ile Saint-Louis se trouve la Bibliothèque polonaise fondée en 1838 par les patriotes émigrés en France.
C’est du Quai de la Tournelle que partait le coche d’eau pour Fontainebleau lorsque la cour y résidait. Devant le Pont de la Tournelle se trouve le très vieux restaurant de la Tour d’Argent où Henri IV aurait découvert l’usage de la fourchette.
Pont de la Tournelle
Ce fut d’abord un pont de bois, emporté par une crue en 1639, détruit puis reconstruit plusieurs fois, il fut rebâti en pierre en 1656. Depuis 1928, une statue de Sainte-Geneviève, patronne de Paris, placée sur un piédestal en forme de fuseau, regarde couler la Seine.
Native de Nanterre au Vème siècle, lors de l’arrivée imminente d’Attila et de ses hordes de Huns, Catherine donna l’exemple de la ténacité en exhortant le peuple de Paris à ne pas fuir.
Louis le Vau ayant souhaité que toutes les maisons de ce côté de l’île soient ornées de balcon, le Quai de Béthune s’appela au XVIIIème siècle « Quai des Balcons ».
Sur ce quai, il y eut l’un des plus beaux hôtels de l’île construit par le Vau pour l’intendant des Plaisirs du Roy. En 1935, Helena Rubinstein fit disparaître cette splendide demeure et construisit à sa place un immeuble un peu austère à force de sobriété où mourut le Président George Pompidou en avril 1974,
Pont Sully
Il relie les deux bras de la Seine formés par l’Ile Saint-Louis et a été construit de 1874 à 1876,
Le Quai Saint-Bernard était, au milieu du XVIIème siècle, la plage à la mode et le 14 juillet 1657, on a compté jusqu’à quatre cents carrosses dont les occupants étaient venus là autant pour se baigner que pour regarder. Les femmes avaient droit à des petites tentes.
L’idée du Jardin des Plantes est née à la suite des grands travaux des botanistes du XVIème siècle. Henri IV et Sully formèrent le projet qui fut réalisé en 1626 sous Louis XIII et s’appelait « Jardin royal des plantes médicinales ». La ménagerie fut créée avec quelques animaux survivants de la ménagerie de Versailles et surtout avec les animaux confisqués aux forains.
Le Quai Henri IV est l’ancien mail où l’on jouait aux quilles et c’est le roi qui le fit transformer en promenade en y faisant planter des ormes. Aujourd’hui, le bruit des voitures a remplacé le coassement des innombrables grenouilles qui empêchaient les habitants de l’Arsenal de dormir.
Pont d’Austerlitz
Edifié de 1802 à 1807, il a été plusieurs fois élargi. Les noms des officiers supérieurs morts à Austerlitz sont inscrits dans les ornements du pont.
Nous longeons le Quai d’Austerlitz et le Quai de la Rapée, du nom du propriétaire d’une maison de campagne élevée dans ses parages. Ce nom un peu mystérieux évoque aussi les désespérés qui avaient pour la Seine une prédilection toute particulière en tant que lieu de leur dernier repos. Selon le philosophe Th. Ribot, les individus que l’on repêchait n’étaient pas des clochards, ni des « rapés », mais des bourgeois bien fortunés.
Pont de Bercy
Bâti en 1864, dans l’axe de l’ancienne gare de Bercy, il porte le viaduc du métro.
Le pont de Bercy
Sur le Quai de Bercy et le Quai de la Gare, les immenses entrepôts (vins, alcools, vinaigres, huiles) ont longtemps constitué une véritable cité des vins, dont toutes les rues et ruelles portaient le nom des meilleurs crus de France.
Pont de Tolbiac
Prolongeant la longue rue de Tolbiac qui a traversé tout le 13ème arrondissement, il a été construit entre 1879 et l 884.
Pont National
Bâti en 1852, c’est l’une des créations d’Haussmann. Il s’est longtemps appelé Pont Napoléon.
LA MARNE
Après le Pont de Conflans, nous passons sous le Pont de Charenton qui franchit la Marne à 500 m de son confluent avec la Seine. Reconstruit 17 fois, ce pont a vu défiler et se battre de nombreux personnages illustres : Louis XI, Charles le Téméraire, Henri IV, Louis XIV, d’Artagnan, Napoléon, etc.
Après la Passerelle d’Alfortville, nous franchissons l’Écluse de Saint-Maurice.
Ecluse de Saint-Maurice
A Saint-Maurice, nous apercevons les toitures de la Maison Nationale de Santé, ancien asile de Charenton dont la fondation remonte à 1641, mais dont les bâtiments datent de 1830. Le marquis de Sade et Eugène, frère de Victor Hugo, entre autres, ont été internes dans cet asile et y sont morts.
Saint-Maur-des-Fossés occupe tout le territoire circonscrit par la boucle de la Marne.
La boucle de la Marne fut le dernier refuge de l’insurrection des soldats romains qui y auraient été massacrés en 286. Dans l’enceinte de leur camp s’éleva, sous Clovis II, un monastère, plus tard célèbre abbaye bénédictine qui prit le nom de Saint-Maur, lorsque les religieux de Saint-Maur-sur-Loire, menacés par les Normands, y apportèrent, en 868, le corps de leur saint patron réputé guérir les épileptiques.
Au-delà du Pont de Bonneuil, après avoir franchi l’Écluse de Créteil, nous longeons l’Ile de Brise-Pain et sa guinguette. Notre guide nous rappelle que le mot « guinguette » vient d’un de vin, le « guinguet » vendu dans une salle où l’on pouvait danser, « guincher ».
A Créteil, Attila laissa de mauvais souvenirs en 451 et Dagobert y séjourna en 628. Créteil inspira Hugo dans un du recueil « Chansons des rues et des bois : Chose à Créteil » : « Une fille qui, dans la Marne, lavait ses torchons radieux… ».
Après le déjeuner dans l’Ile Sainte-Catherine, nous reprenons notre bateau vers Bonneuil, patrie présumée de Etienne de Bonneuil, l’architecte de cathédrale d’Uppsala, en Suède, qu’il fut appelé à construire en 1287.
Au-delà du Pont de Bonneuil, le parcours devient charmant, en bordure de La Varenne-Saint-Hilaire bordée de magnifiques villas, exceptée celle qui a appartenu à Charles Trenet et qui paraît particulièrement anachronique dans ce décor.
Le Pont de Chennevières et celui de Champigny passés, nous faisons demi-tour pour rejoindre Paris.
Le pont de Champigny
Nous revenons au Pont de Sully et notre bateau s’engage sur l’autre bras de la Seine qui entoure l’Ile Saint-Louis et l’Ile de la Cité.
Le Quai des Célestins porte le nom du vaste couvent des Carmes, puis des Célestins, qui s’étendait entre l’actuelle place de la Bastille et la Seine.
Le Quai d’Anjou où Le Vau fit construire l’hôtel Lambert. Il n’existe pas dans Paris une plus belle particulière et Voltaire disait qu’elle était faite pour un prince qui serait philosophe, façon de désigner Frédéric de Prusse ou lui-même ! Aujourd’hui, il appartient aux Rothschild après avoir été la demeure de l’actrice Michèle Morgan.
Pont Marie
C’est l’un des plus anciens ponts de l’Ile (1618-1635). Il fut construit au fur et à mesure que s’élevaient les hôtels. Il porte le nom de son constructeur Jean-Christophe Marie.
Le Quai Bourbon, où habita Léon Blum pendant les années du Front Populaire, fait le tour de la pointe de l’Ile et s’achève au Pont Saint-Louis.
Sur le Quai de l’Hôtel de Ville a été construite la Cité internationale des Arts inaugurée en 1965.
Pont Louis-Philippe
Il date de 1862 et remplace un pont suspendu qui portait déjà le même nom.
Le Quai aux fleurs date du Second Empire et a porté, un temps, le nom de Napoléon.
Pont d’Arcole
Créé en 1828, il a été refait en 1854 et 1888.
Le Quai de la Corse est bordé par l’Hôtel-Dieu, fondé au Moyen-Age et où, pendant des siècles, chaque lit contenait « un malade, un mourant et un mort ».
Sur le Quai de Gresves, la vue porte sur les créations d’Haussmann (Hôtel de Ville, Préfecture de Police, Tribunal de Commerce) et sur le Palais de Justice.
Pont Notre-Dame
Brûlé par les Normands, il fut reconstruit en 1413. C’est le premier pont qui reçut un nom officiel qui n’a pas changé depuis 1499. A l’origine il était bordé par 68 maisons semblables, en pierre et en briques, numérotées en lettres d’or (premier essai de numérotage dans Paris) et servait aux entrées solennelles des souverains. Les dernières maisons furent détruites en 1796.
Pont au Change
Établi au 9ème siècle par Charles le Chauve, son nom lui vient des orfèvres-changeurs auxquels il fut affecté par Louis VII. Les étrangers entrant dans Paris devaient y troquer leurs devises. Les maisons y étaient si serrées qu’on pouvait traverser la Seine sans la voir. Le pont actuel remonte au Second Empire.
A l’angle du Quai de l’Horloge se dresse la Tour carrée de 47 mètres de hauteur, datant du règne de Jean le Bon et pourvue d’une horloge depuis 1370.
La façade Nord du Palais de Justice qui borde le Quai de l’Horloge est flanquée de trois tours rondes en saillie : la Tour César et la Tour d’Argent élevées vers 1300 (Fouquier-Tinville avait son bureau au 1er étage de la première) et la Tour de Bonbec (vers 1250 et refaite après un incendie en 1935).
La Conciergerie, important vestige du palais Capétiens et qui fut la première prison de Paris, est liée aux souvenirs révolutionnaires.
Le « Concierge » était un grand seigneur qui avait droit de basse et moyenne justice. Plus qu’une prison c’était plutôt un lieu de passage, d’aspect sordide, où s’entassaient les condamnés et où se mêlaient l’angoisse, l’élégance, la gaieté et l’intrigue.
La Conciergerie
Le Quai de la Mégisserie était ainsi appelé car, jusqu’à la Révolution, les bouchers y tuaient et dépeçaient, préparant les peaux de moutons dans une effroyable puanteur. Un peu plus loin travaillaient les « racoleurs » chargés d’enrôler les volontaires pour l’armée.
Nous quittons l’Ile de la Cité pour rejoindre notre point de départ, et notre capitaine nous propose d’aller au-delà, jusqu’au Pont des Invalides.
Le Pont de la Concorde
Il a été construit de 1787 à 1790 par Perronnet qui utilisa les pierres de la Bastille. Il s’est appelé successivement : Louis XVI, de la Révolution, de la Concorde, Louis XVI de nouveau (sous la Restauration) et définitivement de la Concorde depuis 1830. Il fut bordé sous la Restauration d’énormes statues en marbre blanc de Bayard, Turenne, Du Guesclin, Colbert, Condé, Sully, Tourville, Duquesne, Suffren, Suger, Richelieu.
Le Pont Alexandre III
La première pierre fut posée par l’empereur de Russie Nicolas II en octobre 1896 et le pont fut achevé en 1900 pour l’Exposition Universelle. Il constitue le point culminant de la construction métallique de la fin du 19ème siècle. Les pylônes énormes, surmontés de Renommées et de Pégases dorés, flanqués de statues allégoriques, sont représentatifs de la décoration de l’époque.
Le pont Alexandre III
Avant le Pont des Invalides, nous faisons demi-tour et regagnons notre point de départ et notre guide nous explique la signification du mot « mouche ». A l’occasion de l’exposition Universelle de 1867, deux compagnies eurent l’autorisation de transporter des voyageurs. Leurs bateaux étaient fabriqués à Lyon, dans le quartier Mouche, ce qui permit à Robert Escarpit, mystificateur superbe, de faire inaugurer en 1953, une statue de Jean-Sébastien Mouche, fondateur imaginaire de ces bateaux.
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FICHE DE SORTIE
LA SEINE ET LES BOUCLES DE LA MARNE
Nous allons avoir plein les yeux du Paris « total », ancien médiéval, classique moderne, et nous aurons bien du mal à mettre en ordre visions et souvenirs. Aussi nous a-t-il paru utile vous donner une nouvelle fois une reproduction du « Plan Turgot » qui ne nous quitte guère lorsque nous allons à Paris.
Voyez l’état des lieux de notre embarcadère tel qu’Il se présentait vers 1750. Pas de gare, bien sûr, ni de musée, mais essentiellement la vie intense du fleuve que nous suivons jusqu’à la sortie du Paris de ce temps, c’est-à-dire sensiblement du niveau des gares de Lyon et d’Austerlitz. Les « embarcadères » vers 1850 s’installeront en effet le long du fameux mur d’octroi de Ledoux datant de 1785, dernière ceinture de Paris avant les « fortifications » de Thiers, qui ne sera détruit qu’en 1855 et faisait dire aux Parisiens inquiets de ce mur d’octroi : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant ».
Il est vrai que mérite de figurer au « bêtisier » cette félicitation que reçut Thiers : « On a cherché aussi le plus possible à se tenir à certaine distance de la ville proprement dite. Tout au plus quelques bombes ennemies pourraient-elles atteindre les premières maisons de nos faubourgs » …
Donc, nous quittons Paris de 1785 et atteignons bientôt celui de 1860, celui qui a annexé jusqu’aux « fortifs » les anciens villages et regroupe du 13ème au 20ème les arrondissements de la couronne extérieure. Adieu la commune de la Chapelle, la commune de Belleville, la commune de Passy, encore notées en 1853 sur le plan de Paris gravé « à l’intention de l’Empereur Napoléon III ».
Et nous atteignons la « banlieue », espace d’environ une lieue sur lequel s’étendait le « ban », c’est-à-dire le droit d’appeler des troupes. Voici d’abord Charenton et le château de Conflans. Charenton dont la proximité de Paris rendit l’histoire administrative tumultueuse, Conflans où Molière joua devant le roi et la reine « La critique de l’école des femmes » et dont les jardins délicieux étaient si bien entre tenus, deux jardiniers armés de râteaux suivaient à distance les promeneurs afin d’effacer dans les allées la trace de leurs pas.
Pas d’encombrement à la jonction de la Seine et de la Marne. Nous laissons passer en rêve le Frédéric de « L’éducation sentimentale » sur le bateau de Montereau où il rencontre Marie Arnoux. Laissons passer aussi les convois de bois qui descendaient le bois de chauffage et de bâtiment dont Paris était gourmand. Laissons passer les nourrices morvandelles. Laissons passer les « corbillards », ces bateaux de Corbeil qui prendront avec les massacres des guerres de religion (ô reine Margot !) la triste réputation que l’on sait.
La Marne nous amène alors à Bonneuil où, Garchois, nous aurons le plaisir d’apprendre que les reliques de notre saint patron, ramenées de Tunis, ressuscitèrent un enfant mort et que le fameux chêne sous lequel Saint-Louis rendait la justice n’était peut-être qu’un orme.
Et nous atteindrons Créteil où commença une des premières « batailles de Paris » entre le Romain Labiénus et le Gaulois Camulogène, bataille qui se termina par la retraite des Gaulois par les bois de Meudon.
Garches n’est jamais bien loin de la grande histoire.
Au retour, nous aurons davantage le regard tourné vers l’avenir : les tours de Créteil, le palais omnisport de Paris-Bercy, la Grande Bibliothèque, l’Institut du Monde Arabe nous ramèneront face à la Maison de la Radio, il paraît que sa tour de 63 m s’enfonce de 3 cm par an et un facétieux personnage a calculé sa date d’engloutissement.
Mais avant cela, nous nous reverrons en octobre.
Emile Brichard
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