Thèmes : art, histoire, visite.
Visite du mercredi 10 Juin 1981.
Mercredi 10 juin, le Cercle de Documentation et d’Information est allé en autocar à la découverte de la vieille ville de Chartres et de sa cathédrale. Soixante-quatorze personnes participaient à l’excursion.
Bien avant l’arrivée, la silhouette de la cathédrale se détachait au-dessus du vaste plateau de la Beauce ; car il s’agit bien d’un plateau qui, à Chartres, est à 142 m. d’altitude, plateau calcaire (calcaire de Beauce) recouvert d’un limon fertile particulièrement favorable à la culture du Blé.
Sur ce plateau, l’horizon s’étend à perte de vue et la cathédrale est visible, par temps clair, dans un rayon de 18 Km.
L’Eure s’est enfoncée dans ce plateau d’environ 50 m (fig. 1).

fig. 1. L’ENFONCEMENT DE L’EURE DANS LE PLATEAU DE BEAUCE.
L’arrivée s’est faite sur la place de la cathédrale ; cette place, ancien quartier des chanoines, est encadrée de vieilles maisons médiévales, aux fenêtres à tympans sculptés.
Les participants ont constitué deux groupes : l’un (le nôtre) commença par la visite de la Vieille Ville, puis de la cathédrale tandis que l’autre suivait un programme inverse.
Notre groupe a piloté un guide infiniment aimable et compétent que nous avons suivi bien volontiers dans les rues et ruelles de la ville (fig. 2).

Notre premier arrêt fut les Celliers de Loens qui abritent désormais le nouveau Centre International du Vitrail au 5 de la rue Cardinal Pie (point L de la rue CP). Cette belle crypte du XIIIème siècle, avec une triple nef voûtée d’ogives et soutenue par douze piliers est une ancienne grange aux dîmes où le chapitre entreposait son vin.
La descente dans la ville basse se fit par les jardins en terrasse.
Ils dominent la vallée de l’Eure, la ville basse et la nouvelle agglomération qui s’étend dans la plaine.
La terrasse inférieure, occupée naguère par des vergers, donne accès aux degrés du tertre de « Saint-Nicolas » par lesquels on accède directement l’église Saint-André.
Nous avons ensuite emprunté la rue Chantault. Au numéro 29 de celle-ci se trouve la plus vieille maison de Chartres. Trois baies romanes géminées, aux tympans sculptés de sujets, retiennent notre attention.
Nous sommes arrivés sur les bords de l’Eure.
Au moyen âge, l’Eure fut doublée d’un bras artificiel (l’Eure a 3 bras à Chartres). Les vieux ponts en dos d’âne, les anciens lavoirs rappellent les vieux métiers de rivière : tanneries, mégisseries, fouleries, etc.
Par les rues de la Tannerie (1) et de la (2), nous atteignons l’Église St Pierre (SP).
Les noms des rues évoquent d’ailleurs ces métiers ; d’autres remettent en mémoire que Chartres avait son vignoble. Voici quelques exemples : rue au blé, rue des Tanneries, rue des Bouchers, de la Clouterie, de la Courroierie, des Écuyers, des Fileurs, de la Foulerie, du Lait, du Moulin Tan, de la Planche aux Carpes, de la Tonnellerie, des Trois-Moulins, de la Tuilerie, de la Volaille …
La ville basse est l’objet de nombreux travaux de restauration et d’aménagement des vieilles maisons, restauration faite avec beaucoup de soin et de goût.
Le car, venu nous chercher, nous a ramenés aux abords de la cathédrale que nous avons visitée avec un autre guide.
LA CATHÉDRALE.
Bâtie sur le bord du plateau de Beauce, son abside domine l’Est la profonde vallée de l’Eure.
Une cathédrale cinq fois rebâtie
Une première basilique fut incendiée en 743 ; quatre sanctuaires successifs subirent le même sort. On reconstruisit toujours plus grand. Le 5ème édifice, élevé au XIIème siècle, sous la direction de l’évêque Fulbert, brûla en 1194 ; il n’en subsista que la crypte avec les tours et la base de la façade occidentale avec le portail royal et à l’intérieur quelques reliques de la Vierge.
Le chantier de reconstruction reprit aussitôt grâce à l’enthousiasme populaire. La pierre qui a servi à la construction est la pierre de Berchères.
Le nouveau sanctuaire a été consacré le 24 octobre 1260 (peut-être en présence de Saint-Louis). On ajouta 20 ans plus tard les porches Nord et Sud.
La construction rapide donne une unité presque unique au style ogival.
Cette cathédrale, vouée aux incendies, en connût un dernier en 1836 qui, en 5 heures, dévora la magnifique charpente de bois (la forêt), fit fondre la couverture de plomb qui fut remplacée par une de cuivre supportée par une charpente de fer.
L’architecte de Chartres n’a pas laissé son nom dans l’histoire de la cathédrale. Il utilisa l’arc boutant à la perfection, permettant de transmettre les poussées d’une voûte allégée à de solides contreforts et de supprimer les contrebutes des voûtes de la nef par les voûtes des tribunes.
La croisée des ogives, dans les travées de la nef, est basée sur le plan Barlong (plus long d’un côté que de l’autre) et son poids est réparti sur quatre piliers.
Cela permit un accroissement de la hauteur de l’édifice et l’augmentation du nombre des ouvertures.
Les vitraux et les sculptures eurent une vocation nouvelle : celle d’apprendre la Bible au peuple.
Au XIVème siècle vinrent s’ajouter une salle capitulaire et à l’arrière une grande chapelle gothique.
Au XVème siècle fut ajoutée une chapelle latérale : la chapelle Vendôme.
Au XVIème siècle, Jehan de Beauce éleva une flèche sur le clocher nord, dit « Clocher neuf » (115 m. de haut) ; le clocher sud n’a que 106m ; il est dit « Clocher Vieux » et pourtant il date de 1145-1165, tandis que le dit neuf date de 1134-1150 … le neuf est donc plus vieux que le « vieux » !
La Cathédrale est depuis toujours l’objet de soins et de réparations attentifs.
Le plan de Notre-Dame de Chartres est celui d’une croix latine (fig. 3), c’est-à-dire une nef encadrée de bas-côtés qui commence à la suite de deux grosses tours, un large transept à collatéraux, un vaste chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes.
Entre les collatéraux et la nef, les supports sont des piles cylindriques cantonnées de trois colonnes octogonales et d’une pile octogonale cantonnée de quatre colonnes rondes.
Au-dessus du triforium, chaque grande fenêtre se compose d’une baie de 7 mètres de haut et d’une rosace à 8 lobes de 20 de circonférence.
Le chevet comporte trois chapelles rayonnantes.
Quelques nombres à propos de ce monument :
- Sa longueur totale est de 130,20 mètres.
- Sa de 32,37 mètres près des clochers, 46 mètres aux portes latérales du chœur.
- La grande nef, haute de 36,55 mètres sous la voûte au transept, mesure 73,47 mètres du portail à la grille du chœur et 16,40 de largeur.
- Le diamètre des trois grandes roses atteint 13,36 mètres.
- La superficie totale est de 5800 mètres carrés.
Les vitraux de Chartres sont de véritables livres d’images. Déposés en raison de la guerre en 1939, ils ont été remis après nettoyage en 1947-1948.
Ces vitraux sont atteints du « mal du verre » dont les lichens sont en partie responsables. Ils s’affaissent sous leur propre poids et ont dû être traités (les verres ont une épaisseur d’environ 1/2cm).
Un nouvel équilibre entre les couleurs est apparu et le célèbre bleu de Chartres, devenu très lumineux, n’aurait plus les caractères d’antan. Ce résultat a suscité de nombreuses polémiques et pétitions.
Après ces quelques généralités, le guide nous a présenté le Portail Royal.
Attribué aux ateliers de SUGER, il est un chef d’œuvre de l’art du XIIème siècle. L’ensemble est consacré à la glorification du Christ. Les statues longilignes, encore romanes dans leur raideur, présentent une nouvelle iconographie, libérée des frayeurs mystiques, sans frayeurs terrifiantes.
Au tympan de la porte centrale, le Christ est entouré des quatre évangélistes. Sur le linteau, les Apôtres sont groupés trois par trois sous une arcature romane.
Aux voussures, douze anges et les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse.
Le tympan de droite est consacré à la Vierge avec l’enfant Jésus.
Le linteau représente l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’Adoration des Bergers et la Présentation au Temple.
Aux voussures, sept femmes figurent les sept arts libéraux, accompagnées de sept savants de l’Antiquité.
Au tympan de la porte de gauche, les signes du Zodiaque encadrent l’Ascension.
Au linteau, quatre anges demandent aux Apôtres d’aller prêcher l’Évangile.
Les rois et les reines de Juda, ancêtres du Christ, sont de hautes figures étroites et rigides. Seuls les visages sont expressifs.
Puis le guide nous a fait admirer les trois baies du XIIème siècle et la rose qui ornent la façade.
La rose représente le Jugement dernier.
En dessous trois admirables vitraux que le soleil illumine représentent :
- à droite, l’Arbre de Jesse,
- au centre, l’Enfance du Christ en 29 médaillons,
- à gauche, 14 scènes de la Passion.
Nous nous sommes ensuite rendus sur le flanc gauche de la cathédrale, c’est à dire devant le porche nord.
Construit à partir de 1230, les personnages sont plus réalistes et vivants. Il est consacré au Nouveau Testament et à l’Avènement du Messie.
Au trumeau central, la statue de Sainte Anne a dans ses bras la Vierge enfant.
De part et d’autre, douze statues ayant prédit ou figuré le Christ.
Dans les voussures, un arbre de Jessé est sculpté.
Le linteau et le tympan représentent la mort de la Vierge, son Assomption et son Couronnement au ciel.
La porte de gauche, consacrée à la Vierge, a, aux embrasements, deux groupes de l’Annonciation.
Le linteau et le tympan préfigurent la Nativité, l’Annonce aux Bergers, l’Adoration et le Songe des Mages.
Aux voussures, on distingue les vierges folles et les vierges sages.
La porte de droite s’est ornée de figures de Salomon, de la Reine de Saba, de Balaam, de Jésus, de Judith et de Joseph.
A l’intérieur, des baies inférieures éclairent les bas-côtés.
L’histoire de Saint-Lubin, évêque de Chartres, est retracée à côté de celle de Noé ; celle de Saint-Eustache à côté de celle de Saint-Joseph, etc.
D’autres vitraux représentent les différentes corporations donatrices.
Ce sont de vrais documents sur les us et coutumes de ces corps de métiers.
De hautes verrières sont occupées par des Prophètes, des Apôtres, des martyrs ou des confesseurs.
Faits pour être vus de loin, les personnages sont dessinés en fonction de la perspective. Les yeux sont très grands, soulignés ; les traits accusés.
Les donateurs sont de grands personnages : Rois de France ou de Castille ; Ducs de Bretagne, de Chartres, des Comtes de Champagne, de Boulogne et d’autres …
La Rose du Nord, consacrée à la Vierge, est dite Rose de France car c’est un don de Saint-Louis.
La Rose du Sud, offerte par Pierre de Dreux, glorifie le Christ.
Un superbe vitrail, dit vitrail de Notre-Dame de Belle Verrière, est du XIIIème.
Un vitrail moderne de Saint-Fulbert, par François Lorin (1954) a donné par l’American Institute of Architects.
Quelques grisailles éclairent l’ensemble.
Nous avons très rapidement admiré la clôture en pierre sculptée du chœur, commencée en 1514 par Jehan de Beauce et terminée au début du 18ème siècle.
Le buffet d’orgues, accroché à la 6ème travée de la nef à droite, date dans son état actuel du XVIème siècle.
Depuis 1971, remises en état, les orgues servent à de nombreux concerts.
Les quelques heures passées à Chartres ne suffisent pas à connaître la Cathédrale ou même la ville, mais nous en avons eu une vue d’ensemble et le désir d’y retourner, tant nous étions satisfaits.
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