Thèmes : art, histoire, visite.
Visite du jeudi 19 juin 1986.
« Spectacle des galops matinaux » à Chantilly
Abbaye de Royaumont
Le jeudi 19 juin, 120 adhérents du Cercle de Documentation et d’Information sont partis pour une visite des centres d’entraînement de Chantilly et de l’Abbaye de Royaumont.
A 9 heures, 2 guides, dont le Directeur de l’Office du Tourisme, nous attendaient à Chantilly. Ils montèrent chacun dans un car pour nous commenter le circuit.
Chantilly se trouve sous la tutelle de la Municipalité, de l’Institut de France à qui appartient 80% du territoire et de la Société d’encouragement pour l’amélioration de la race de chevaux en France (A.S.E.) qui loue et entretient les terrains d’entraînement afin de permettre aux 3 200 pur-sang de s’entraîner.
CENTRE D’ENTRAINEMENT.
Les 3 200 chevaux appartiennent à 750 propriétaires dont 40% sont étrangers et possèdent 60% des 3 200 chevaux : Mahmoud Fustok, Niarkos, Agha Khan, Hunt, etc.
La France a perdu ses gros propriétaires (Boussac, Stein, Rothschild …).
Nous nous sommes rendus au champ d’entraînement des Aigles, le plus grand du monde : 225 hectares.
En bordure des pistes, nous avons vu évoluer les chevaux et écouté les explications de notre guide. Il nous a été recommandé de ne pas faire de bruit ni de grands gestes pour ne pas effrayer les chevaux. A notre grand étonnement, un tracteur passe. Bizarre, non ! Les chevaux ont une très bonne mémoire. Ils sont habitués à voir les tracteurs tous les matins. Par contre un groupe comme le nôtre pourrait les surprendre.
Une journée d’entraînement.
Un propriétaire qui achète un cheval l’emmène à Chantilly au mois de Septembre et le confie à un entraîneur.
L’entraineur décèle la valeur de chaque cheval afin de pouvoir régler son entraînement. C’est un chef d’entreprise. Il fait construire des écuries, embauche les lads, s’occupe des chevaux… et demande une pension aux propriétaires d’environ 200, 250 F par jour.
Un lad est responsable de 3 chevaux. Tous les matins il réveille son 1er cheval, le nettoie, le selle et vient avec lui sur le terrain d’entraînement.

Il parcourt 1,5 km en marchant, puis 1,5 km au trot, 1,5 km au galop, 1,5 km au trot et enfin 1,5 km au pas.
Ce cycle dure environ 1 h 30. Le lad rentre alors le cheval à l’écurie, le douche et revient avec son 2ème cheval puis son 3ème refaire le même cycle.
Le lad monte donc par tous les temps environ 4 h 30 tous les matins.
Le terrain d’entraînement est composé de 3 pistes en sable pour le pas et le trot en son centre, des pistes en gazon pour les galops très sérieux.
Le jockey n’a pas la responsabilité des chevaux. Il vient directement sur le terrain d’entraînement pour y faire le galop « sérieux » et discuter avec l’entraîneur des performances du cheval.
A Chantilly se trouve l’école professionnelle des apprentis jockeys. Pour y entrer il ne faut pas mesurer plus d’un mètre quarante à 14 ans et peser moins de 36 kg. Environ 120 jeunes gens s’inscrivent au mois de septembre.
Les premières semaines ils montent à cheval et l’on juge tout de suite s’ils ont une bonne main, une bonne assiette, s’ils n’ont pas peur des chevaux, etc.
Au bout d’un mois, ceux qui restent sont répartis dans les 95 écuries. Tous les matins vers 5 h 30, un car les y emmène et les reprend à 11h30. L’après-midi, ils suivent des cours. Le soir vers 17 heures, ils retournent aux écuries s’occuper des chevaux pour la nuit. L’école dure 3 ans. Il en reste à peu près 90. Sortiront 3, 4, 5 jockeys. Les autres seront lads.
Les galopeurs sont des Pur-Sang. Cette race a été créée au siècle dernier par des propriétaires anglais qui ont croisé 3 étalons Arabes avec 3 poulinières Anglaises. Ces 3 naissances ont été enregistrées sur le stud-book.
Ne sont appelés Pur-Sang que les chevaux issus de ces 3 étalons et de ces 3 poulinières.
De temps en temps, il y a dans des courses des A.Q.P.S. (autres que pur-sang).
Les trotteurs sont des demi-sang.
Nous arrivons au terrain d’entraînement de Lamorlaye qui a une superficie de 75 hectares.
Du car nous avons vu de nombreuses écuries et remarqué leur très grande propreté.
Les chevaux naissent dans les haras. Ils prennent un an tous les 1er janvier. Les poulinières portent 11 mois. Une bonne pouliche qui a bien couru devient poulinière de 3 ans à 20 ans à peu près. Un cheval vit jusqu’à 25 ans.
A Chantilly environ 20 000 personnes vivent du cheval :
- 12 000 lads,
- 85 jockeys,
- 95 entraîneurs,
- métiers annexes : maréchal-ferrant, marchand de fermage, vétérinaire (environ 2000 personnes).
La saison de monte se situe en février, mars et avril. Les chevaux naissent au début de l’année, restent avec la poulinière dans les prés jusqu’en septembre, octobre, puis sont sevrés et placés dans d’autres prés. Ils restent ainsi dans les haras jusqu’à 18 mois et sont vendus alors à Deauville ou directement dans les haras. Ils viennent ensuite à Chantilly où ils sont dressés. En novembre ils sortent sur les pistes pour « apprendre le métier ». Au mois de mai, ils disputent leurs premières courses.
A la fin de la 3ème année ils retournent dans les haras pour reproduire jusqu’à l’âge de 18, 20 ans.
Quand à 3 ans ils n’ont pas fait leurs preuves, ils sont vendus en province ou à l’étranger ou bien continuent une carrière pour des petits propriétaires.
A Chantilly environ 60% des chevaux sont renouvelés.
Après un circuit à travers les haras, accompagnés de nombreux commentaires, nous gagnons l’hippodrome.
L’HIPPODROME.
Le champ de courses est dû à une circonstance fortuite.
A la fin de l’année 1833, le prince Lobanoff, installé dans la région pour chasser à courre, traverse la Pelouse le long des Grandes Écuries, avec ses invités ; ils font une course qui est gagnée par Monsieur de Normandie, futur président en 1835 de la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France, et décident de se retrouver au printemps suivant. Monsieur de Normandie soumet un programme à ses collègues du Jockey-Club qui l’accueillent avec enthousiasme et la première réunion a lieu le 15 mai 1834.
L’année suivante, le conseil municipal de Chantilly s’entend avec les commissaires de la toute jeune Société d’Encouragement pour faire élever des tribunes, mais elles manquent de confort et sont protégées de la pluie par des panneaux de toile cirée. Face à elles, de l’autre côté de la piste, se trouve le chariot du Jockey-club, tribune mobile non couverte, et la tribune des Princes, tout aussi inconfortable. En 1847, le duc d’Aumale, alors propriétaire du château, fait construire des tribunes jugées trop petites en 1879. Une troisième construction est décidée. C’est celle que l’on voit aujourd’hui.
La piste de Chantilly a deux atouts : un sous-sol calcaire, qui absorbe l’eau, et une piste difficile qui n’autorise que les chevaux très puissants.
C’est pour cela que deux prix prestigieux se courent au mois de juin : le prix du Jockey-club créé en 1836, et le prix de Diane qui existe depuis 1843.
Déroulement d’une course.
Il y a :
- les courses classiques de classement où les chevaux portent le même poids et partent donc sans handicap. Là sont sacrés les meilleurs.
- les courses à handicaps. L’entraîneur y engage ses chevaux selon les conditions de course. Les handicapeurs définissent alors le poids que le cheval doit porter pendant la course selon certains critères (ayant gagné plus ou moins de courses, mâle ou femelle, de telle ou telle écurie …).

L’entraîneur maintient ou retire ses chevaux suivant le handicap qui leur a été donné. Un jockey doit donc être le plus léger possible pour monter dans le maximum de courses.
Un jockey est équipé avec une toque, une casaque qui représentent les couleurs de son propriétaire, son pantalon de cheval, ses bottes, son stick, sa selle, son « torchon » est marqué son numéro de course, son tapis de selle avec des pochettes pouvant contenir des plaquettes de plomb.
Les chevaux sont mis dans des stalles pour le départ.
Un commissaire appuie sur un bouton qui ouvre les portes et libère ainsi les chevaux.
Il est en relation avec les commissaires qui se trouvent dans un bâtiment et dans les miradors. Des cameramen se trouvent aussi dans les miradors. Les commissaires à la photo déclenchent la photo à l’arrivée au moment où les chevaux passent. Ils doivent la développer en 3 minutes. Le jockey à l’arrivée prend sa selle et se fait peser.
Après l’accord de tous les commissaires, on « affiche ». S’il y a eu un problème, il y a enquête.
Après toutes ces explications, nos guides nous ont emmenés au Musée Vivant du Cheval où nous avons assisté à une démonstration de dressage et où chacun ensuite a pu se promener à son gré.
Présentation pédagogique.

Montés sur des chevaux ibériques comme on en utilisait à l’époque (XVIIIe siècle), les cavaliers en costume exécutent les figures de haute école, dites « airs ». Chacune est commentée au fur et à mesure.
Le dressage, qui demande une grande souplesse au cheval, ne peut se faire qu’avec des individus équilibrés et des étalons de 6 ans au moins. Cravache en main, le cavalier reprend toutes les étapes de l’apprentissage d’une figure. Par exemple, pour le pas espagnol, stimulé par la promesse d’un sucre, le cheval apprend sous l’attouchement de la cravache, à étendre sa jambe, puis à associer ce mouvement avec une certaine élévation de la main.
Quand le dressage est terminé, le cheval exécute la figure à la simple pression des jambes et à la sollicitation des mains.
LE MUSÉE.
En 1719, Louis-Henri de Bourbon, septième prince de Condé, décide d’élever des écuries dignes de son rang. Grand constructeur, amateur d’art, de sciences et collectionneur, il est aussi un excellent veneur. Il entreprend d’importants travaux au château de Chantilly et fait ériger le long de la Pelouse, face à la forêt, les écuries afin d’abriter les chevaux et les chiens de son équipage. Les travaux commencent par des fouilles de fondation et l’ouverture d’une carrière sous la Pelouse.
Depuis 1982, les écuries abritent le Musée Vivant du Cheval.
Yves Bienaimé, l’instigateur, le créateur et l’animateur du Musée Vivant du Cheval, a voulu redonner vie, à l’aide de ses collections personnelles, à ce superbe ensemble architectural.
A l’entrée, différentes races de chevaux se trouvent dans des boxes. (Breton, Comtois, Trait Ardennais du Nord).
Les stalles, au-delà des boxes, sont occupées par une collection de chevaux de bois, en majorité du XIXe siècle, originaire de différents pays.
Dans une galerie, des chevaux de carton et des mannequins illustrent les principales disciplines équestres du monde à travers les continents (voir page suivante).
Devant chaque groupe, cheval et humains, des tableaux détaillent la discipline en question.
Sous le dôme, un couloir mène vers une salle audio-visuelle où des diapositives présentent les différents métiers du cheval. Un passage, décoré de reproductions des chevaux préhistoriques de Lascaux, mène à la première des remises qui sont disposées autour d’une cour. Ici on voit comment on ferre les chevaux. Dans la salle vétérinaire, un tableau tiré d’un livre ancien explique les différentes maladies. Sur une table d’opération mobile a été installé un cheval de carton.

Dans la salle suivante, un mur est décoré de mors de différentes époques ; une vitrine regroupe des étriers et d’autres tableaux expliquent l’évolution de l’équitation et de l’emploi du cheval.
Des salles sont réservées pour les grandes sociétés hippiques. Dans les dernières salles sont traités le cheval et l’image d’Épinal, le cheval et l’agriculture, le cheval et le transport.
Après cette matinée bien remplie coupée par un petit « apéritif » au bord du champ de course, nous partons déjeuner au Château de Montvillargenne où un soleil ardent ne manqua pas de nous accueillir.
L’estomac bien rempli, nous regagnons nos cars pour aller visiter l’Abbaye de Royaumont.

Apéritif au bord du champ de course

Déjeuner au Château de Montvillargenne
ABBAYE DE ROYAUMONT.
Historique.
Le roi Louis VIII, dit « Le Lion », avait exprimé peu de temps avant sa mort, qui survint en 1226, le désir de construire « un monastère avec une église en l’honneur et révérence de Madame la Vierge ». Par testament, il consacra la réalisation de ce projet l’argent qui proviendrait de la vente de ses « joyaux et couronnes », Son fils Louis, à peine âgé de douze ans, entreprit l’exécution de ce projet sur le conseil de sa mère la reine Blanche de Castille.
Dès 1229, les premières constructions étaient terminées et le roi appela à Royaumont vingt moines de l’ordre des Cîteaux, dits « cisterciens » ou « bernardins ». Le nombre de moines augmenta rapidement : il était d’environ cent quarante y compris quarante frères convers, lorsque les travaux arrivèrent leur fin.
La « dédicace » ou consécration solennelle de l’église Notre-Dame de Royaumont eut lieu le 19 octobre 1235.
Saint-Louis marqua la prédilection qu’il avait pour Royaumont en y faisant de fréquents séjours.
Les successeurs de Saint-Louis Charles V vinrent habiter Royaumont.
Au XVIIe siècle, le Cardinal de Richelieu vint régulièrement à Royaumont et le Cardinal de Mazarin fut nommé abbé de Royaumont en 1645.
En 1760, un grand incendie, causé par la foudre, détruisit une notable partie de l’église. Le clocher, et presque tous les combles furent consumés. La chaleur fit fondre les 6 cloches et les trois timbres de l’horloge. En 1762, le désastre fut réparé. On refondit les cloches ; l’une d’elles sert actuellement d’horloge. En 1781, la commande de l’abbaye fut donnée à l’abbé Henri-Eléonore Le Cornut de Balivière, aumônier ordinaire du roi Louis XVI qui vivait dans l’entourage du roi. Il résolut d’abattre la demeure abbatiale et de construire à sa place une résidence d’aspect moins austère dont le cadre serait plus propice aux brillantes réceptions qu’il projetait. Sa construction dura de 1785 à 1789.
En 1790, la communauté ne comportait plus que dix religieux. Le domaine fut vendu en mai 1791 au Marquis de Travannet.
Ainsi se terminait l’ère bénédictine de la célèbre abbaye de Saint -Louis.
Les meubles et les objets qui se trouvaient dans l’église, la sacristie et la bibliothèque furent dispersés.
Les ossements furent rassemblés dans un cercueil en plomb, puis transférés à l’Abbaye de Saint-Denis, où le fait fut rappelé par une inscription commémorative. Ils devaient être profanés 2 ans plus tard avec les autres tombeaux de Saint-Denis. Quant aux monuments funéraires, ceux de la famille de Saint-Louis, ils furent transportés au Musée des Monuments Français dans l’ancien Monastère des Petits-Augustins (actuellement l’école des Beaux-Arts à Paris).
On détruisit en 1792 l’église et le Marquis de Travannet installa dans les bâtiments de l’ancienne abbaye une filature de coton ce qui entraina de nombreux dégâts.
En 1864 l’abbaye et le château furent vendus séparément jusqu’en 1905 où Monsieur Jules Gouin, propriétaire du château, racheta l’abbaye.
En 1922, des nécessités de succession entrainèrent la vente aux enchères du domaine.
Le baron et la baronne Fould Springer s’en rendirent acquéreurs et effectuèrent des restaurations. En 1937, s’installa un « Cercle Culturel » destiné â favoriser les contacts entre les intellectuels et les artistes de tous pays. Ses activités depuis ne firent que s’accroître et en 1962 on ajouta aux locaux existants une salle de conférence et des salles d’expositions.

En 1964, Monsieur et Madame Henry Goüin créèrent la « Fondation Royaumont pour le Progrès des Sciences de l’Homme » à laquelle ils apportèrent en dotation leur propriété de Royaumont ainsi qu’un capital.
La visite.
Les bâtiments de l’Abbaye sont groupés autour du cloitre.

Au nord, l’église dont il ne subsiste que des ruines à l’est, le bâtiment des moines, avec au rez-de-chaussée la sacristie, la salle du chapitre, le passage et la salle des moines ou des novices ; à l’étage, l’emplacement du dortoir, entièrement transformé au XIXe siècle ; au midi, le chauffoir, le réfectoire, les cuisines ; à l’ouest, séparé du reste par la longue « ruelle des convers », le bâtiment qui abritait le logis des hôtes et les celliers, le « passage » et le logis des convers.
Après cette dernière visite, nous regagnons Garches vers 19 heures.
ANNEXE 1
OU VA L’ARGENT DES PARIS ? (chiffres de 1982)

ANNEXE II
PRÉLUDE A « UNE JOURNÉE DANS L’OISE »
Tombé du lit pour un départ très matinal, l’amateur de bois et de rivières peut prolonger ses rêves à l’aube d’une journée dans l’Oise.
Ainsi, pendant le temps d’une douche salutaire, puis-je donner libre cours à ma pensée vagabonde qui nous précède en ce voyage …
Terre d’antiques forêts, l’Oise est encore le long miroir sur lequel se penchent les hauts chênes de la forêt d’Ourscamp, les hêtres de la forêt de Laigue, les charmes, les hêtres et les chênes des forêts de Compiègne, d’Halatte, du Lys, de Carnelle et de l’Isle Adam.
Terres boisées, mais aussi fleuries de légendes et arrosées de sources. Gérard de Nerval nous le dit avec amour dans son joli conte du géant Tord-chêne :
« La belle était assise
Près du ruisseau coulant
Et dans l’eau qui frétille
Baignait ses beaux pieds blancs. »
Pour Gérard de Nerval, l’Oise est à la fois une dryade et une ondine.
Il se plut en ce pays. Mais aussi Chateaubriand qui vint plus d’une fois y chercher l’Inspiration :
« Comme aux grands oiseaux migrateurs, il me prend au mois d’octobre une inquiétude qui m’obligerait à changer de climat si j’avais encore la puissance des ailes et la légèreté des heures. Afin de tromper cet instinct, je suis accouru à Chantilly … quelques corneilles volant devant moi, par-dessus des genêts m’ont conduit aux étangs de Commelles ».
Ainsi ma pensée rêveuse atteint-elle Chantilly, lieu de notre 1ère étape. Ville du cheval, certes, auquel nous nous consacrerons. Mais aussi Chantilly, fief des Montmorency, puis des Condé. Chantilly, qui atteignit au 17e siècle par ses bâtiments et ses jardins une grande beauté ; ce qui fit dire à Madame de La Fayette que « de tous les lieux que le soleil éclaire, il n’y en a point de pareil à celui-là ».
Charme et Beauté, évoquant également ceux de la Femme, ici même placés comme dans un écrin, dans le « Santuario » où ont été exposés les deux admirables : « Les Trois Grâces » et la « Vierge de la Maison d’Orléans ».
Quant au cheval, le grand Ami de l’homme (n’en soyez pas jalouses, Mesdames !), il y est spécialement honoré par les splendides « grandes écuries » qui sont encore aujourd’hui « le plus beau palais à loger les chevaux ». Œuvre au 18e siècle de l’architecte Jean Aubert, elles sont avec leur rotonde et leurs motifs cynégétiques l’ornement grandiose de la pelouse tant renommée en Europe pour les sports hippiques.
Mais nos guides nous instruiront certainement de tout ce qui concerne « la plus belle conquête de l’Homme », de l’élevage, du dressage, de l’entraînement, de la réglementation des courses, etc.
Je leur laisse donc la parole et m’évade pour une promenade en solitaire vers « le Grand degré », vers « l’allée des philosophes » si chère à Santeuilet à La Bruyère, vers les « cascades de Beauvais », l’Ile d’Amour et au hameau vers la maison de Sylvie, qui sont des itinéraires complémentaires d’une visite à Chantilly.
On sait qui se nomma Sylvie au début du 17e siècle : ce fut, dit-on Marie-Félice des Ursins, duchesse de Montmorency, à laquelle le poète Théophile de Viau dédia des vers mélodieux.
Le nom d’une autre Sylvie, qui celle-là n’était ni princesse ni reine, s’attache au 19ème siècle à cet endroit : c’est celui d’une jeune dentellière que Gérard de Nerval connut, et dont il nous dit dans « les Filles du Feu », qu’elle finit par épouser le Grand Frisé, pâtissier à Dammartin.
D’où le bel itinéraire que Gérard emprunta tant de fois partant de Mortefontaine, et passant par Othis dont l’église possède un portail Renaissance remarquable pour aboutir à Dammartin qui garde le souvenir de grands bals villageois, et de fameux concours d’archers.
M’étant habillé je bondis vers ma cuisine, et d’un autre bond (au Sud de Chantilly) me voici transporté à Royaumont où dans mon rêve éveillé, la brume matinale se déchire, laissant apparaître la vieille abbaye cistercienne, si célèbre au temps de Saint-Louis. Monte alors à ma mémoire le souvenir d’un séminaire où je fus là en compagnie de quelques Scientifiques de l’Institut Pasteur, avec Jacques Monod, Prix Nobel de Médecine, et Pierre Dreyfus pour une réflexion sur les sciences de la Vie et leurs applications dans notre monde industrialisé. Passionnant… et quel cadre propice à la méditation ! … C’était en 1977. Neuf ans, déjà ! C’est pourquoi je retrouverai avec joie et avec émotion le réfectoire et le cloître comparables par l’ampleur au célèbre « préau » du Mont-St-Michel et qui comptent parmi les plus beaux spécimens du gothique français le plus ancien.
Et puis, que de beaux villages alentours que nous n’aurons pas le temps de visiter : Asnières-sur-Oise et son église du 13e siècle, et aussi Viarmes, St Martin-du-Tertre, Presles, Luzarches et non loin Héricourt où se retirèrent quelques temps Madame de Staël et Benjamin Constant, sans oublier St-Leu, plus au Nord, que François Couperin le Grand célébra dans une dansante « musette ».
Stimulée par un bon bol de café, ma pensée vagabonde rejoint maintenant la rivière Oise, la longeant vers le Sud-Ouest, en bordure de la forêt de L’Isle-Adam, haut lieu de la chasse. C’est selon l’avocat Barbier, que le Prince Conti « conduisait ses équipages en compagnie de quarante maîtres, et de tout ce qu’il y a de plus haut la Cour ».
La Fontaine qui vint en son temps sur ces rives, parle dans l’un de ses poèmes du Dieu de l’Oise qu’il dit avoir entrevu sur ses bords. Et ce décor fut immortalisé plus tard par le peintre Jules Dupré sur des toiles d’automne marquées d’ors et de rouges. Descendant la rivière, la distance n’est pas grande jusqu’à Auvers-sur-Oise où nous retrouvons les peintres. Avant de s’établir Éragny, Camille Pissaro peignit ici-même, en compagnie de son ami Paul Cézanne … Ils furent sans doute inspirés par ces ravissants petits chemins de l’époque qui mènent les uns au château de Mery, les autres à Beaumont, à Bessancourt ou encore à Taverny ou à Saint-Prix où vinrent Sedaine et Hugo. Là, se trouvent de charmants côteaux, aux pentes entrecoupées de bois de noisetiers et de cerisiers …
Ayant atteint Saint-Ouen-l‘Aumône, mon voyage imaginaire s’achève à Pontoise. Ville ancienne, grande voie de passage dès le 8e siècle, on peut y admirer l’Hôtel d’Estetouville, élégant bâtiment du 15ème siècle aujourd’hui musée, ainsi que l’Église Saint-Maclou à la belle façade flamboyante, et qui renferme une « Mise au tombeau » émouvante.
Mais quel flâneur suis-je ! six heures sont passées. Je dois partir et rejoindre les cars. Ne rêvons plus, mais faisons nôtre cette phrase de Bernardin de Saint-Pierre, qui illustre notre route : « Mon village s’appelle Éragny ; le chemin en est beau ; il « va de Paris Pontoise » et nous mène Chantilly !
Et puis, ce soir, profitant de notre visite aux écuries, nous reviendrons peut-être au galop d’un cheval …
Car Garches est également un délicieux village !
Et si quelques forces nous restent au retour, pourquoi pas Le Luron ?
Pourquoi pas le rire en liberté ?
Il faut de tout pour faire un monde …
Sept heures sonnent au clocher et nous sommes l’heure au rendez-vous.
Allons, voyageurs, en voiture !
La journée ne fait que commencer …
J. RECULARD
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