RENCONTRE SUR LA NAISSANCE DE L’OPERETTE

 

Thèmes : art,   musique, histoire.
Conférence du 18 février 1997 par Mireille Laroche

 

On date, sans raison bien précise, la naissance de l’opéra-comique en 1716. C’est un genre qui est apparu sur les foires où l’on jouait sur les parvis des églises. Il s’agissait alors d’une dérision de l’opéra. A cette époque, l’opéra mettait surtout en scène des dieux, des allégories. Les artistes ont eu envie de se moquer de ce genre, extrêmement sérieux, et cette dérision est devenue l’opéra-comique.

L’opéra-comique est une alternance de textes parlés et de textes chantés, sur des livrets parfois drôles, parfois dramatiques, mettant en scène des gens de tous les jours. Le succès de ce genre a fait qu’en France, au moment de la Révolution, les compositeurs français ne produisaient plus que des opéras comiques.

Médée de Cherubini, considéré comme « Le grand » opéra du début du XIXème siècle en France, est à l’origine un opéra comique car c’est une alternance de textes parlés et de textes chantés.

L’Opéra-comique est un genre typiquement français. Dans ses mémoires, Berlioz a dit : « Les Français ont l’opéra comique dans le sang comme les Italiens ont la vocalise ».

A partir du milieu du XIXème siècle, tout ce qui a été créé à l’Opéra-Comique, s’intitule opéra comique. Ainsi, « Tosca », « Madame Butterfly » appartiennent au répertoire de l’Opéra Comique, alors qu’ils n’ont rien de comique.

L’opéra comique nécessite des chanteurs une grande capacité de jouer la comédie et une grande capacité vocale. L’alternance de textes chantés et de textes parlés est extrêmement fatigante pour la voix et le répertoire du XIXème siècle est extrêmement compliqué vocalement.

L’opérette est née plus tard. Elle n’excède pas deux actes et ne traite que de sujets drôles et très souvent en référence à l’opéra. A l’époque de la création de « Orphée aux enfers » d’Offenbach, on cite cette anecdote où un couple demande au cocher de leur fiacre de les conduire où on joue Orphée. Le cocher demande : « Lequel, Monsieur, celui où l’on s’embête ou celui où l’on s’amuse ? ».

L’opéra-bouffe est une opérette de trois ou quatre actes qui nécessite une grande machinerie, beaucoup de chœurs, qui comporte obligatoirement un ballet.

L’opérette et l’opéra-comique ont beaucoup souffert des créations de Francis Lopez. Ce genre, plus proche de la variété que de l’opéra, était de très grande qualité au départ et bénéficiait d’un interprète exceptionnel en la personne de Luis Mariano. Un théâtre adapté et une grande médiatisation ont amené un public à apprécier ces spectacles. Malheureusement, après la disparition de Luis Mariano, la qualité des spectacles de Francis Lopez s’est considérablement appauvrie et les créations d’origine ont été reprises en changeant parfois presque totalement la partition et nui ainsi à sa qualité première.

Il est regrettable qu’actuellement ce genre soit tombé en désuétude. Tout le système des institutions d’art lyrique en France est extrêmement vieux. Cet art s’est peu à peu refermé sur des fonctionnements qui datent du XIXème siècle et qui ne sont plus viables aujourd’hui.

Les outils dont nous disposons actuellement ne correspondent plus. Les techniques ne sont plus les mêmes. Ce n’est pas le genre qui est mort, mais c’est la façon dont on le fait qui ne correspond plus au goût du public.

Et la conférence se poursuit en musique….

 

***

*

 

ANNEXE

Par Emile Brichard

 

Souvenirs d’opérette

L’opérette, je sais bien pourquoi ce mot me revient toujours avec son cortège de gaieté, de fête et de grâce légère. La musique est entraînante, entre facilement par une oreille sans en sortir aussitôt par l’autre et les notes dans nos souvenirs défient les années et les décennies ; les ballets savaient nous faire rêver avec leur élégance et leur diversité sans user de trémoussements et d’ondulations rythmés et les décors nous entraînaient eux aussi sur toute la planète et à toutes les époques.

Oh ! Il n’y avait pas toujours beaucoup de recherches musicales peut-être, mais il y avait de la vie, de l’entrain et de la joie.

Les lieux et les époques nous restent alors enchantés et la joie de vivre qu’ils exprimaient en quelque manière que ce soit semblait refléter une joie de vivre générale.

Alors, au gré des souvenirs se pressent mélodies et images. Je revois Monsieur Florestan poussant l’escarpolette de Véronique :

« Je vous crois Monsieur Florestan
« Je vous crois, mais en attendant …
« Poussez, poussez l’escarpolette … »

Puis je retrouve « Ciboulette » arrivant aux halles avec sa carriole de légumes frais :

« Nous avons fait voyage (bis)
« Nous arrêtant à chaque instant (bis) … »

Elle arrivait de ses jardins d’Aubervilliers !

C’est au tour de « Léopold » de l’Auberge du Cheval Blanc vient annoncer son départ à Josepha sa patronne :

« Adieu ! Adieu
« Je pars sans détourner les yeux
« Mais avant trois mois
« Vous entendrez parler d’moi »

Alors je crois que nous pourrions faire une réunion et un concours plein d’entrain si nous comparions les uns et les autres ces charmants airs qui ne nous semblent pas tellement lointains.

Les paroles soutiennent ma mémoire, mais, même sans paroles, les ballets de Léo Delibes (Coppelia) ou de Messager (Les Deux pigeons) sont inoubliables.

Alors on va tâcher de mettre un peu d’ordre dans ces souvenirs – et de consulter quelques documents pour qu’il n’y ait pas trop d’oubli – mais ma mémoire est suffisamment précise pour ne pas ramener l’opérette aux rares noms cités lors de la conférence : Francis Lopez et Luis Mariano.

Si j’employais le terme de « genre essentiellement français », je ferais l’impasse sur les opérettes viennoises aussi je ne retiens pas ce « cocorico ». Bien sûr ce n’est pas à ces débuts le genre noble – et cela ne le sera certainement jamais. Elle provient de l’opéra-bouffe avec une fantaisie débridée et une orientation très nette vers le burlesque, mais elle s’assagira et se rapprochera de la technique de l’opéra-comique et constitue bientôt une formule composite dans laquelle se trouvent rassemblés les genres musicaux les plus différents.

Alors on suivra un ordre chronologique.

Jacques Offenbach avec la Belle Hélène et la Vie parisienne entre autres. Suivra Charles Lecoq dix ans plus tard et Madame Angot et sa fille sont dans nos mémoires comme l’époque du Directoire avec ses Conspirateurs.

« Quan…and on conspire…
« On… On peut se dire Conspirateurs »

De Robert Planquette, on se souvient des Cloches de Cornevilles, de Rip, peut-être, mais on peut se rappeler aussi, dans un autre ordre musical, « Le régiment de Sambre et Meuse ».

Nous n’avons pas oublié :

« C’est l’amour qui flotte dans l’air à la ronde
C’est l’amour qui console le pauvre monde »

Mais cette fois, c’est Louis Ganne à qui on doit aussi « La Marche lorraine ».

Christine, c’est Phi-Phi, irrévérencieux envers le sculpteur grec Phidias … et c’est Dédé (« Pour bien réussir dans la chaussure … »). Vous voyez, c’est nettement plus léger, le défoulement de 1918 était passé par là.

Mais la France avait accueilli aussi les opérettes viennoises, œuvres de Strauss comme la Chauve-Souris et de Franz Lehar, la Veuve Joyeuse ou le Comte de Luxembourg.

Avant la Deuxième Guerre Mondiale, nous eûmes droit aux opérettes marseillaises de Vincent Scotto. « Un de la Canebière » est une véritable carte d’identité, mais son succès fut moins durable que ceux de Marcel Pagnol au théâtre puis au cinéma avec sa trilogie : Marius, Fanny, César. Il est vrai que le talent des acteurs, Raimu, Fresnay, Charpin compte beaucoup dans leur succès.

… Enfin, on arrive à Lopez et Mariano ! Mexico … Mexico !

 

 

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