Manufacture Nationale des Gobelins

Thèmes : art, visite.
Visite des mardi 3 décembre 1985 et jeudi 5 décembre 1985.

 

Le mardi 3 décembre et le jeudi 5 décembre 1985, les adhérents du Cercle ont visité la Manufacture Nationale des Gobelins.

 

I. – LES GOBELINS.

1. – Historique du quartier.

Une croyance populaire attribuait à la Bièvre, petite rivière prenant sa source au bout du grand parc de Versailles, dans un vallon proche de Saint-Cyr, des qualités tinctoriales précieuses qui auraient per­mis à Jehan Gobelin de réaliser ses plus éclatantes couleurs.

Il avait établi en 1447 sur les bords de la Bièvre, au niveau de l’actuelle rue Berbier du Mets, un atelier de teinture qui, rapidement, connut un grand succès. Des drapiers et d’autres teinturiers s’installèrent dans le voisinage, attirés par la pureté de la rivière. La réputation des Gobelins éclipsa bientôt celle des autres familles, au point qu’ils donnèrent rapidement leur nom au quartier puis à la rivière « les Gobelins ».

 

2. – L’enclos des Gobelins.

Il présente actuellement les mêmes contours qu’au XVIIe s. Seul a disparu en 1935 le jardin, formant une sorte d’île comprise entre deux bras de la Bièvre, dans lequel le personnel de la Manufacture cultivait, depuis Louis XIV, fruits et légumes.

La Manufacture, dès 1673, était formée de vastes bâtiments construits sous Louis XIV et agrandis par la suite. Elle conserva intact son aspect ancien jusqu’à la fin du Second Empire. L’élargissement de la rue Mouffetard, en juillet 1859 dans la partie qui devint l’avenue des Gobelins, obligea la Manufacture à céder 1280 m2 de terrain. En 1871, les Fédérés incendièrent les bâtiments : 85 tapisseries aussi bien anciennes que modernes brûlèrent.

On pénètre dans l’enclos des Gobelins en franchissant la grille établie à la fin du Second Empire après la suppression de la grande entrée. Le musée est édifié à l’emplacement des locaux incendiés par la Commune. Il succéda à une construction « provisoire » élevée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1878 et démolie en 1911. Dans une galerie, des tapisseries de haute et basse lisse appartenant aux collections du Mobilier National sont présentées par roulement. La Galerie basse abrite depuis 1948 les métiers de haute lisse de la Manufacture des Gobelins.

 

 

3. – La Manufacture.

Depuis les premières années du XVIIe s., des ateliers des tapisseries avaient été installés par ordre d’Henri IV au faubourg St-Marcel, dans une grande maison ayant appartenu à la famille Gobelin.

Colbert voulut donner une forte impulsion l’industrie et développer la production artistique française afin d’éviter les achats l’étranger. Il résolut de regrouper au faubourg St-Marcel, les divers ateliers parisiens de haute et basse lisse, ainsi que la Manufacture de Maincy que Louis XIV venait de confisquer au Surintendant des Finances. Fouquet. La Manufacture royale des Gobelins était ainsi créée. Elle fut placée en 1663 sous l’autorité de Charles Le Brun, premier peintre du Roi.

De 1663 à 1690, année de la mort de Le Brun, 197 pièces formant 19 tentures sortirent des ateliers de haute lisse et 286 pièces constituant 34 tentures sortirent de ceux de basse lisse.

Parmi les plus célèbres tentures exécutées dans les ateliers des Gobelins pendant la direction de Le Brun, il faut citer : la Tenture des Éléments et la Tenture des Saisons, l’Histoire d’Alexandre, l’Histoire du Roi (photo 1), la Tenture des Indes (photo 2) …

Le Brun mourut aux Gobelins en 1690.

Pierre Mignard lui succéda. Cette période de la direction de Mignard fut marquée avant tout par les conséquences de la situation politique : les guerres avaient épuisé les finances du Royaume, les travaux dans la Manufacture furent tout d’abord ralentis faute de commandes, puis cessèrent.

Depuis la création, la production officielle avait atteint, en 30 ans, le chiffre de 775 pièces dont 596 réhaussées d’or. Pour l’ensemble du XVIIIe siècle, le nombre sera de 1686 avec seulement 276 pièces réhaussées d’or.

Après avoir été fermée pendant 5 ans, la Manufacture de tapisseries reprit son activité en 1699.

Au XVIIIe siècle le plus célèbre directeur des Gobelins fut l’architecte Soufflot. Dès lors, le directeur ne fournit plus les cartons de tapisseries. Chargé de l’administration de la Manufacture, il travaille directement sous les ordres du Surintendant. Il fait appel aux artistes en renom.

La production va refléter l’évolution du goût qui apparaît en ces premières années du XVIIIe s. et qui correspond à une esthétique nouvelle liée à une modification du cadre de vie. Le goût s’oriente vers un art plus léger plus aimable. Aux grandes salles des châteaux succèdent les petits Cabinets.

Cependant la Manufacture continuait à tisser dans la tradition de Le Brun, de grandes tentures d’inspiration religieuse, historique ou mythologique.

Voulue et imposée par Oudry, artiste et surinspecteur aux Gobelins, l’évolution de la tapisserie vers l’imitation de la peinture se poursuivra au cours du siècle et sera facilitée par les progrès de la teinture.

En 1755, lui succéda François Boucher.

Dans les années qui précèdent la Révolution, la Manufacture abandonne les· scènes mythologiques au profit des tentures historiques.

Il est incontestable que la réputation des Gobelins au XVIIIe s. avait atteint son apogée avec des tissages comme ceux de la Tenture des Amours des Dieux : Mars et Vénus de Boucher. Cette réputation s’étendait à toute l’Europe.

Le fonctionnement de la Manufacture pendant la période révolu­tionnaire fut particulièrement difficile.

L’Empire devait lui rendre la vie. A nouveau elle connut une réelle prospérité, car, selon le désir de Napoléon, les tapisseries de la Manufacture devaient former « le principal ornement des maisons impériales ». Des portraits de la famille impériale, principalement de l’Empereur et de l’Impératrice, furent un métier.

Ce goût pour les portraits en tapisserie se maintiendra encore pendant toute la Restauration et le Second Empire.

Il faut attendre les années 1860 pour qu’apparaisse avec la Tenture des Cinq Sens de Paul Baudry et Chabal Dussurgey un signe important d’évolution artistique. Elle reflète l’opinion qui, depuis quelques années, condamne l’imitation de la peinture par la tapisserie. Destinée au grand Salon du 1er étage de l’Élysée, cette décoration fut en partie détruite lors de l’incendie des Gobelins en 1871.

A partir de 1927, les manufactures jouissent de l’autonomie financière. Cet essai qui dura jusqu’en 1935 ne se révéla pas concluant.

 

II. – BEAUVAIS.

Le 29 septembre 1939, les métiers et les tapisseries de la Manufacture de Beauvais quittaient la préfecture de l’Oise pour se replier dans la Creuse à Aubusson. Ce départ provisoire dû à la guerre devint définitif après le bombardement en juin 1940 qui détruisit les bâtiments que Colbert avait établis sur la route des Flandres.

Alors que la Manufacture des Gobelins ne travaillait officiellement que pour le roi, celle de Beauvais devait fournir à la clientèle privée les tapisseries qu’elle désirait, empêchant ainsi les achats à l’étranger que les grandes familles continuaient à effectuer, malgré l’interdiction formelle faite par Sully (1601).

Le règne de Louis XV sera pour Beauvais une période de prospérité. La présence de Jean-Baptiste Oudry, nommé peintre et dessinateur de la Manufacture, en est une des raisons. Il exigea des lissiers l’exac­te et totale transcription du dessin comme des coloris : Chasses Nouvelles, les Amusements champêtres, Comédies de Molière, Fables de La Fontaine.

En 1793, la Manufacture cessait d’être une entreprise privée, son fonctionnement incombait à l’État.

Vers 1804, la production est dès lors réservée à l’ameublement des palais impériaux. Elle est constituée principalement par des tapisseries de sièges pour St-Cloud, Compiègne. Fontainebleau, etc.

A partir de 1808, le métier de Vaucanson est utilisé.

Pendant le Second Empire, des panneaux, écrans, feuilles de para­vents sont tissés.

Au début du XXe siècle, les ressources étant restreintes, la Manufacture ne peut exécuter d’œuvres nouvelles et reprend une fois encore des tissages d’après Oudry, Desportes, etc.

En 1917, Jean Ajalbert essaie de rétablir la Manufacture. Il ouvre les portes aux peintres de notre temps : Jean Weber, Paul Véra, Paul Poiret, Capiello fournissent les modèles pour du mobilier, Raoul Dufy donne les cartons du célèbre ensemble « Paris » (photo 3).

 

 

III. – LA SAVONNERIE.

L’histoire de la Manufacture de la Savonnerie commence dans les premières années du XVIIe siècle et avec elle débute vraiment l’his­toire du tapis en France. En 1626, Louis XIII se rendit acquéreur d’une éphémère fabrique de savons installée en 1607 sur les bords de la Seine, au pied de la colline de Chaillot et transformée depuis 1615 en orphelinat par Marie de Médicis. Cette ancienne savonnerie donnera son nom la Manufacture de tapis.

En 1825, la Manufacture royale de la Savonnerie fut rattachée à la Manufacture des Gobelins dont elle devint un atelier spécial.

Perdant son autonomie, elle quitta Chaillot et vint s’installer dans l’enclos des Gobelins où elle occupa les ateliers de basse-lisse dont les métiers furent envoyés à Beauvais. A partir de cette date, les Gobelins travaillèrent uniquement en haute lisse.

Sous le Second Empire, la production se maintient à un rythme élevé avec Desplechin, Séchan, Diéterle, Chabal-Dussurgey. Trois tapis assortis aux tonalités des salons vert, rose et bleu de l’Impératrice aux Tuileries sont tissés d’après les dessins de ces deux derniers artistes.

Au début du XXe siècle, quelques tapis sont fabriqués. Toute­fois la Savonnerie fonctionne au ralenti. Tout comme les Gobelins et Beauvais, la Savonnerie devait bénéficier de la réforme de 1937.

 

IV. – LES MANUFACTURES DEPUIS 1934.

La Manufacture de Beauvais en 1934, puis celle des Gobelins et de la Savonnerie en 1937 ont été rattachées au Mobilier National et sont gérées par une même Administration générale dont dépendra également la Manufacture de Sèvres entre 1941 et 1944. Réforme particulièrement utile, car elle devait unifier l’effort de création des Manufactures nationales.

Une fois achevée, la production des Manufactures est versée au Mobilier National et inscrite à ses inventaires. Les tapis et tapisseries sont réservées exclusivement à l’État pour répondre à ses propres besoins et servir également sa politique culturelle. Elle se manifeste soit par des expositions en France ou à l’étranger, soit par des cadeaux diplomatiques ou des ventes exceptionnelles.

 

V. – TECHNIQUE.

La technique a peu varié au cours des siècles. Tapisserie et tapis sont exécutés sur un métier, d’après le carton d’un artiste, par un lissier qui travaille seulement à la lumière naturelle.

L’œuvre tissée n’est pas une œuvre unique : le carton permet en effet la réalisation de plusieurs exemplaires d’une même pièce.

1. – Carton :

C’est le modèle grandeur d’exécution du tissage effectuer. On distingue :

  • le carton original conçu et réalisé entièrement par l’artiste. Il est peint ou plus rarement numéroté : des chiffres renvoient alors une gamme de couleurs déterminée.
  • le carton établi sous la direction de l’artiste partir de sa maquette qui est le modèle à échelle réduite. Le carton est peint sur toile, sur carton ou sur papier.
  • l’agrandissement photographique de la maquette.

 

2. – Échantillonnage.

C’est un travail d’équipe, effectué sous la responsabilité du chef d’atelier, par le chef de pièce assurant l’exécution du tissage avec les lissiers qui y participeront.

Ils procèdent à l’échantillonnage en établissant, à partir du Magasin des laines, des gammes colorées correspondant aux tons de la ma­quette. Si une nuance manque, elle est créée spécialement par l’atelier de teinture des Manufactures.

Approuvé par l’artiste auquel il est soumis, l’échantillonnage est remis l’atelier de teinture.

Matières employées :

  • Pour la chaine – Deux matières seulement sont utilisées dans les Manufactures : la laine blanche ou écrue aux Gobelins comme la Savonnerie, le coton à Beauvais.
  • Pour la trame – La laine est évidemment « la matière d’élection » de la tapisserie.

Elle fut souvent et elle est encore utilisée avec de la soie. Fils d’or et d’argent intervenaient fréquemment dans le tissage des tapisseries anciennes. Aujourd’hui on fait appel à des matériaux contemporains ou synthétiques (dralon, et lurex doré ou argenté). On a également utilisé le lin.

La qualité de la laine est la même dans les trois Manufactures, laine peignée Mérinos provenant d’Australie. La quantité nécessaire au m2 varie aux Gobelins entre 1 kg et 1 kg 400 pour la laine fine et 2 kg à 2 kg 500 pour les matières plus grosses. A Beauvais on compte environ 1 kg 500 de laine fine et 1 kg 200 pour les autres fibres. A la Savonnerie le chiffre se situe entre 6 et 8 kg de laine au m2.

Teinture – L’atelier de teinture des Manufactures doit teindre le « kilotage » nécessaire. De la teinture dépend la longévité de l’œuvre tissée dont les coloris doivent être solides, c’est-à-dire résistant à l’action de l’air et de la lumière (photo 4).

Au XXe siècle, la raréfaction de la culture de la gaude et de la garance, jointe aux progrès de l’industrie chimique, provoqua l’emploi des colorants synthétiques.

Cependant l’atelier des Manufactures est un des rares ateliers pouvoir toujours travailler à partir de colorants naturels indispensa­bles à la restauration des tapisseries anciennes.

Après la teinture et le séchage, les laines sont mises sur bobines à l’aide d’un rouet.

 

Photo 4

 

Ourdissage – Les lissiers commencent par procéder à l’ourdissage, c’est-à-dire la préparation des fils (ceux-ci représentant plusieurs kilomètres) de la chaîne qui, une fois placée sur les ensouples, servira de support à la trame.

Entre haute et basse lisse, la différence tient essentiellement au métier, car d’un point de vue purement textile il n’en existe pas entre les deux fabrications. Seul peut-on remarquer un tissage encore plus serré à Beauvais qu’aux Gobelins, tissage dû à la position du lissier ain­si qu’à la tradition des tapisseries pour sièges.

La haute lisse est la technique employée à la Manufacture des Gobelins (15 métiers – 39 lissiers sous la responsabilité du chef d’atelier) (photos 5 – 6).

 

Photo 5

 

Le métier est en hauteur. Deux montants de bois ou de fonte, les cotrets ou jumelles supportent les ensouples, cylindres mobiles de bois disposés parallèlement, l’un dans la partie supérieure, l’autre dans la partie inférieure.

Tendus verticalement entre les ensouples et fixés au moyen de tringle ou verdillon, les fils de chaine, croisés avec la trame, formeront le tissu qui s’enroulera au fur et à mesure de l’exécution sur l’ensouple inférieure.

La chaine est séparée en deux nappes de fils, pairs et impairs, par des tubes de verre, « bâtons de croisure » ou bâtons d’entre-deux.

Les lisses, anneaux de cordelette de coton, enserrant les fils de la nappe arrière sont reliées à des perches, placées horizontalement au-dessus de la tête du lissier. Assis derrière le métier, celui-ci travaille à contre-jour, sur l’envers de la tapisserie ; il en surveille l’endroit au moyen d’un miroir ; dans son dos est placé le carton dont il a pris un calque, grâce auquel il reporte les contours de la composition sur tous les fils de chaîne, au moyen d’un bâton encré.

Prenant de la main droite une broche, navette de bois chargée de laine, de coton, de soie ou de fils synthétiques, le lissier passe le fil de trame, de gauche droite, entre les deux nappes de chaîne, la main gauche écartant le nombre de fils nécessaires.

Après la première passée, qui forme une demi-duite et qui couvre une seule nappe de fils de chaîne, le lissier, par une traction de la main gauche sur les lisses, fait avancer la nappe arrière à l’avant, obtenant le croisement des fils. Il effectue alors une seconde passée de la broche, constituant ainsi une duite qui est l’aller et retour de fil de trame à travers la chaine.

La répétition des duites permet au lissier de créer le motif de la tapisserie en même temps qu’il en forme le tissu. Après chaque passée ou demi-duite, le fil de trame est rapproché avec la pointe de la broche de la portion de tapisserie déjà exécutée.

Pour couvrir totalement la chaîne, et régulariser parfaitement le tissage, le lissier, toutes les trois duites environ, tasse à nouveau le fil de trame au moyen d’un peigne de métal.

La basse lisse est la technique employée la Manufacture de Beauvais (17 métiers – 34 lissiers sous la responsabilité du chef d’atelier) (photo 7).

La Savonnerie (7 métiers – 22 lissiers sous la responsabilité du chef d’atelier).

On désigne par le terme « Savonnerie » un tissu de haute laine appartenant à la catégorie des velours, employé généralement à la confection de tapis.

Comme les tapisseries des Gobelins, les tapis de Savonnerie sont exécutés sur des métiers de haute lisse, le lissier travaillant à contre-jour. Mais les dimensions du métier sont beaucoup plus importantes en rai­son des proportions des tapis et de leur poids.

 

 

Nos conférenciers ont su avec passion nous raconter « la vie » des Gobelins qui a su échapper au modernisme et garder des traditions par ailleurs perdues. Cette visite nous a permis de comprendre le lien obligatoire qui existe entre l’artiste qui imagine et l’artisan qui exécute avec minutie.

 

ANNEXE D’APRÈS UN DOCUMENT
PRÊTÉ PAR UN DE NOS ADHÉRENTS

La Bièvre

 

La Bièvre, divisée en deux bras très voisins l’un de l’autre, entrait dans Paris à la poterne des Peupliers (une rue proche des boulevards extérieurs a conservé ce nom) ; elle décrivait un grand S dans la prairie située au sud de la Butte-aux-Cailles, formait au voisinage de la Cité Florale quelques grandes mares où l’eau gelait l’hiver, arrosait le quartier de la Glacière, le champ d’Eustache Lalouette, et le clos Payen utilisé par les lavandières pour étendre leur linge lavé dans son lit. La Bièvre traversait ensuite les jardins du « Couvent des Cordelières », franchissait la rue Mouffetard sous le Pont-aux-Tripes, atteignait la Seine à la gare d’Austerlitz. Elle ne l’atteint plus ac­tuellement car, arrivée sous la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, elle se dé­verse dans un grand collecteur d’égouts qui par le boulevard Saint-Germain et un siphon la conduit sur la rive droite.

La Bièvre eut d’abord souffrir de l’utilisation qu’en firent les teinturiers dès la fin du XIVe siècle. Rabelais conte au chapitre XXII du deuxième livre de Pantagruel pour quelle raison elle était alors réputée plus propice que la Seine à la teinture. Des gamins ayant attaché un os à gigot au dos du manteau d’une personne de Gentilli, celle-ci fut tant suivie par les chiens du quartier qu’elle se réfugia chez elle. « Quand elle fut rentrée en sa maison et eut fermé la porte, tous les chiens y accoururent et compissèrent si bien sur la porte qu’ils formèrent une rivière où les canes eussent pu nager et en laquelle Gobelin fait sa teinture par la vertu spéciale de ces pissechiens ».

La rivière des Gobelins, ainsi qu’on l’appela, eut à souffrir ensuite de l’industrie des tanneurs, peaussiers. mégissiers et corroyeurs qui la transformèrent en un égout putride.

Malgré cela ses rives furent du temps de Louis XIV très renommées pour ses brasseries et ses guinguettes ; les premières avaient été dues à l’habitude qui avaient de la bière les premiers ouvriers de la Manufacture des Gobelins, d’origine flamande pour la plupart.

On y pêchait aussi des écrevisses si l’on en croit Madame de Maintenon qui les déclara « les meilleures qu’il se puisse imaginer ».

Plus tard, et pendant longtemps, ses rives restèrent bordées en cet endroit de jardins potagers, propriété des artistes des Gobelins, dont l’ensemble constituait un site pittoresque décrit par Balzac (La Femme de 30 ans), par Victor Hugo (Les Misérables) et par Huysmans (La Bièvre). De tout cela il ne reste plus rien et, depuis 1912, la Bièvre est entièrement recouverte et pratiquement invisible dans Paris …

 

 

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