SORTIE-VISITE : le musée Jacquemart-André

 

Thèmes : art, peinture, sculpture, histoire, visite.
Conférence du mercredi 12 mars 1997.

 

 

Fiche de visite par Pierre Muller

 

Nous rappelons tout d’abord que notre Cercle a déjà organisé une visite de ce musée au mois de novembre 1990. A l’époque, de nombreux adhérents avaient été agréablement surpris de découvrir cette somptueuse demeure ainsi que toutes les œuvres d’art qu’elle renferme.

Ce luxueux hôtel particulier rayonne encore du goût et de l’esprit d’Édouard André et de son épouse Nélie Jacquemart.

Edouard André était fils de banquier et brillant militaire. Il épouse, en 1881, Nélie Jacquemart peintre connue dans la société mondaine pour ses portraits de célébrités (Canrobert, Thiers, de Girardin). Tous les deux étaient épris d’œuvres d’art et ils consacrèrent une partie de leur fortune à l’acquisition d’une collection importante qu’ils constituèrent au cours de nombreux déplacements.

La construction de l’hôtel fut réalisée entre 1869 et 1875 par Edouard André sous la direction de l’architecte Parent, puis, peu à peu l’intérieur fut décoré et enrichi pour devenir un musée en 1912.

Entre temps, Édouard André était décédé en 1894 et lors de la disparition de Nélie André en 1912, l’ensemble fut légué à l’Institut de France qui en assure l’administration depuis cette date.

Depuis notre précédente visite, l’hôtel a subi des travaux importants de restructuration. Il a été rouvert au public depuis environ un an. Nous admirerons une nouvelle décoration dans laquelle figurent les œuvres que nous connaissons déjà.

Outre des meubles, des tapis, des tentures et des boiseries qui réchauffent le décor, nous rappelons que le musée possède une magnifique collection de tableaux du 18ème siècle européen et de la Renaissance italienne.

De grands noms de la peinture et de la sculpture y sont représentés.

L’époque Louis XV est évoquée par des toiles et des dessins de Boucher, Greuze, Chardin, Watteau, des sculptures de Pigalle et Lemoyne et des tapisseries de Beauvais.

La peinture des 17ème et 18ème siècles comprend des œuvres de Rembrandt, Van Dyck, Canaletto, Reynolds et surtout des fresques de Tiepolo qui ornent le plafond de certaines salles.

Les primitifs florentins du Quattrocento (15ème siècle) occupent également une place importante (Botticelli, Della Robia, Donatello).

Enfin les artistes vénitiens de la Renaissance, Mantegna, Tintoret, Titien figurent également dans cette riche collection.

Cette description n’est pas exhaustive. Il y a en effet beaucoup d’autres œuvres qui sont exposées et qui ont été choisies pour l’attrait qu’elles représentaient. Nous aurons l’agrément de les découvrir ensemble lors de cette visite.

 

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Compte-rendu de la visite par Pierre Muller

 

Rappelons tout d’abord que le C.D.I. a déjà organisé une visite de ce musée au mois de novembre 1990.

Depuis cette première visite, l’hôtel a subi d’importants travaux de réfection. Il a été ré-ouvert au public depuis un an environ après une fermeture de trois années.

Édouard et Nêlie Jacquemart

Cette luxueuse demeure rayonne encore du goût et de l’esprit d’Édouard André et de son épouse Nélie Jacquemart. Edouard André était fils de banquier, héritier d’une des plus grandes fortunes de la société protestante. L’influence de sa belle-mère l’avait détourné de l’activité bancaire. Il devient officier de la garde impériale de Napoléon III. Il s’initie aux beaux-arts et achète des peintures d’Ingres, de Delacroix et de paysagistes de l’école de Barbizon. Il s’intéresse aussi à l’art de l’Extrême-Orient et acquiert également des tableaux de l’école hollandaise. Il constitue ainsi une collection qu’il va développer par la suite.

Sa chance fut certainement de rencontrer Nélie Jacquemart et de l’épouser en 1881.

On ne pouvait imaginer un couple aussi mal assorti : lui fils de famille protestante et bonapartiste, un des plus beaux partis de l’époque qui se marie avec une femme de petite bourgeoisie sans nom, ni fortune et de surcroît catholique et proche des Orléans. Mais cette mésalliance patrimoniale dissimule une vraie communauté d’esprit.

Nélie, influencée par le peintre Henri Regnault, choisit l’aventure artistique et adopte le métier de portraitiste. Des princes d’église ou de sang, des généraux, des hommes politiques et des banquiers passent bientôt dans son atelier. En 1872, elle réalise le portrait d’un certain Edouard André. Dix ans plus tard, elle s’installe dans son hôtel.

Le bâtiment

Cet hôtel, élevé entre 1869 et 1875 par Henri Parent, fit l’objet d’une grande fête mondaine à l’occasion de son inauguration.

Il faut noter en premier lieu de quelle habile manière Henri Parent maîtrise le problème des abords. Pour être vu de loin, l’hôtel n’est pas construit de plain-pied au niveau du boulevard, mais sur un terrassement. De même, son élévation ne poursuit pas l’alignement des bâtiments voisins, elle est située en retrait.

L’accès est également l’objet d’un traitement particulier. Pour pénétrer dans l’hôtel, il faut emprunter une rampe montante qui traverse le bâtiment à partir de la grille et s’élève progressivement en épousant la courbe d’un arc de cercle qui revient à la pleine lumière dans une cour intérieure de forme semi circulaire. On découvre alors la façade intérieure de la demeure et son portique monumental conduisant aux appartements de réception.

Cette façade tire son inspiration des modèles du XVIIIème siècle et de l’interprétation des maîtres de l’Ancien Régime. Quelques marches conduisent sur un perron flanqué de quatre colonnes à chapiteaux derrière lesquelles se situent trois hautes portes-fenêtres. Deux lions de pierre sont les gardiens passifs de cette entrée qui est surmontée d’une large ouverture masquée par une riche grille en fer forgé.

Édouard André décède en 1894 et lors de la disparition de Nélie André en 1912, l’ensemble est légué à l’Institut de France qui en assure l’administration depuis cette date.

 

L’intérieur du musée

Dans le vestibule, nous sommes accueillis par le maître des lieux en costume d’officier de la garde nationale. : un portrait majestueux d’Édouard André réalisé par le peintre de la cour impériale Winterhalter.

Les différents salons qui composent le rez-de-chaussée sont richement décorés. Ils rassemblent ce que le grand art décoratif du XVIIIème siècle a produit de meilleur.

L’antichambre nous une présentation de nombreuses toiles de peintres célèbres. En particulier Boucher, Chardin, Vigée-Lebrun et Oudry.

Les murs du salon des tapisseries sont revêtus de trois œuvres réalisées à la manufacture de Beauvais. Il s’agit du thème des « Jeux Russiens » (la danse, le musicien et la diseuse de bonne aventure).

Dans le très luxueux salon rotonde, les boiseries dorées à la feuille du décorateur Pelletier entourent des tapisseries des Gobelins représentant les quatre saisons. Cet ensemble provient de l’ancien hôtel Samuel Bernard. Les bustes de personnalités célèbres placés autour de la pièce indiquent nettement le milieu auquel appartient Édouard André.

Le boudoir paraît plus austère mais quelques œuvres attirent l’attention. Une toile de Pierre-Paul Prud’hon représentant Charles de Gassicourt, un joli portrait de la comtesse Skaronska par Élisabeth Vigée-Lebrun et un portrait du comte Antoine-François de Nantes par Jacques-Louis David.

Dans la bibliothèque de Nélie Jacquemart figurent également quelques toiles parmi lesquelles un Rembrandt daté de 1630 représentant les pèlerins d’Emmaüs, une vitrine de forme octogonale renferme quelques sculptures rapportées de ses derniers voyages.

Le fumoir décoré d’une vaste cheminée ouvragée possède un très beau vase chinois ainsi que des brûle parfums en émaux cloisonnés.

Il ne faut pas quitter le rez-de-chaussée sans admirer dans la salle des peintures du XVIIIème siècle une œuvre de Chardin représentant « l’Allégorie des Sciences » et un portrait de Mathilde de Canisy pour Jean-Marc Nattier, une charmante sculpture de Pigalle appelée « L’Enfant à la Colombe » figure également dans cette pièce.

Pour accéder au premier étage, il faut emprunter un magnifique escalier à double révolution. Appuyé sur deux colonnes de marbre, cet escalier s’élève élégamment jusqu’à hauteur d’une corniche suspendue qui se perd dans l’atmosphère éthérée d’une verrière. La légèreté de la construction, malgré la densité des matériaux employés, la polychromie des pierres, la brillance des bronzes et des glaces plongent le visiteur dans un état proche de l’émerveillement. Pour accentuer encore le ravissement, le décorateur a placé sur la partie supérieure de cet escalier, une splendide fresque de Tiepolo représentant la réception d’Henri III à Venise par le doge Contarini.

Le premier étage de l’hôtel fut transformé par Nélie Jacquemart en un appartement de seigneur vénitien ou florentin rempli de tous les objets où l’esprit de la Renaissance s’était niché. Pour cela elle fit venir d’Italie des linteaux sculptés, des pilastres, des médaillons et deux plafonds à caissons qui contribuent à restituer un cadre d’époque et servent de faire-valoir eux sculptures, aux peintures, aux faïences et autres verreries qu’elle découvrait à chaque voyage.

Deux salles constituent ce musée italien, une salle de peinture et une salle de sculptures qui était l’atelier de Nélie Jacquemart. Parmi les nombreuses œuvres exposées, nous admirons un « Ecce Homo » d’Andréa Mantegna dont l’expression nous paraît stupéfiante de réalité, un « Saint Georges terrassant le dragon » de Paolo Uccello et une « Vierge à l’Enfant » de Giovanni Bellini. Toutes ces peintures sont de l’époque Renaissance.

Avant de quitter le musée, nous traversons le grand hall qui était autrefois le salon de musique de Monsieur et Madame André. La pièce est vaste et élégamment meublée. Le bon goût réside dans le choix et la disposition des œuvres d’art. Les tentures murales et les rideaux épais constituent une parure idéale pour cet ensemble de très grande valeur.

Nous sortons à la fois surpris et admiratifs devant la richesse de cette collection et la splendeur du décor.

 

 

 

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