Thèmes : Art, Histoire, Littérature.
Conférence du mardi 28 novembre 1996
Par René Chrétien.
Compte-rendu par Jean-Claude Netter
C’était à une très intéressante conférence sur les livres d’art que nous a convié Monsieur René Chrétien.
Formé à la très renommée école Estienne, Monsieur Chrétien est expert agréé « Livres d’art » et fondateur de la maison d’édition du « Beau livre de France ».
Il a, dans cette double fonction, consacré plus de trente années de sa vie au service du livre d’art et s’il est possible de rapporter les différents temps de sa conférence, il est plus difficile de rendre compte de la passion amoureuse qui l’anime.
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Pour la présentation du livre, dans sa forme idéale, nous retiendrons quatre éléments essentiels :
Le papier
Bien avant l’homme, les hyménoptères (abeilles, guêpes) ont fabriqué du papier par broyage mandibulaire de la cellulose, puis mixage avec leur liquide salivaire.
Les Chinois sont les inventeurs du papier, alors que, dans l’hémisphère occidentale (Égyptiens et Hébreux), on utilisait le papyrus ou le parchemin (peau animale traitée spécialement).
Aujourd’hui, les plus beaux papiers sont fabriqués à base de soie (japon nacré impérial) ou des fibres végétales blanchies par des procédés chimiques plus ou moins complexes.
La typographie
Il a fallu attendre Gutenberg pour voir naître la première bible imprimée (1450). C’est à partir de ce moment-là que va commencer la prodigieuse expansion du livre et de la culture.
Illustration
Comme toutes œuvres d’art, un beau livre doit provoquer chez celui qui le contemple une délectation immédiate et non raisonnée, créant une véritable relation amoureuse entre l’un et l’autre.
Le choix de grands peintres de renommée mondiale s’impose et situe dans le temps la valeur du livre.
La reliure
Elle a pour objet primordial la protection et la conservation du livre. Elle prend tout son éclat et sa valeur artistique dans la richesse de la décoration et la qualité du façonnage.
William Shakespeare n’a-t-il pas écrit : « Les livres sont plus estimés par le monde, si les trésors qu’ils renferment sont réhaussés par la richesse d’une reliure ».
La sélection des peaux, les cartons qui ont séché préalablement, la réalisation des maquettes, le brunissage, le cousage, l’encollage et enfin la dorure à l’or fin, sublimera la beauté de l’œuvre.
Ces différentes manipulations sont illustrées par un film, tourné dans la maison d’édition du Niçois Joseph Pardo, aujourd’hui décédé, mais qui reste dans la mémoire de tous les bibliophiles.
Le bibliophile aime ses livres comme des êtres vivants, sachant que le livre est un ami qui ne le décevra jamais.
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Annexe de Emile Brichard
La conférence que Monsieur Chrétien nous présenta avec tant de flamme, les matières précieuses qui circulaient de main en main, n’empêchaient pas nos idées de vagabonder. Les miennes m’entraînèrent vers la cristallerie, la verrerie fine et je pensais qu’un cadre ou ingénieur de Baccarat pourrait, à sa manière lui aussi, nous faire rêver.
Et mes rêves continuaient, ils m’entraînèrent, partant des cuirs fins et de la verrerie de luxe, vers la notion de contenant et de contenu.
C’est alors que je retrouvais à mon retour, un bien vieux livre destiné aux enfants des écoles : « 1902. Bibliothèque des Écoles et des Familles. Histoire d’un livre ».
Ce prix de la Ville de Paris était intitulé en outre : « Prix municipal de travail manuel ».
J’en tire un bref passage :
« Un beau livre, cela s’entend surtout, évidemment, de ce que contient le livre, des idées, des sentiments qui y sont exprimés. Si en le lisant il nous semble à chaque instant que notre intelligence grandit, si nous nous sentons émus par des pensées généreuses, ah ! fût-il mal imprimé, vieux, sale, en lambeaux, c’est un beau livre ! Il est beau pour l’esprit – Mais je ne vous défends pas d’aimer aussi qu’un livre soit beau pour les yeux.
Certes, un volume élégant, bien imprimé, sur un beau papier blanc et fin, avec une jolie reliure décorée de riches ornements, de brillantes tranches dorées, c’est un objet fort agréable ; et vous n’êtes pas seuls à aimer cela, vous autres enfants ; les hommes, et même les plus sérieux, ne le dédaignent pas. Aimez-vous dans un livre les jolies gravures, les vignettes, les images ? Oui ? Moi aussi, je suis de votre goût. Cette beauté matérielle a bien son mérite ; elle vous plaît fort, je ne vous en blâme point ; et même j’espère que vous l’apprécierez mieux encore quand je vous aurai expliqué par quels travaux ingénieux et délicats on obtient cette gracieuse apparence qui charme nos yeux ».
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