Thèmes : Art, Géographie, Histoire.
Conférence du mardi 9 mai 1997.
Aux frontières de l’Inde en Asie du Sud-Est
par Émile Brichard
Les coïncidences de notre calendrier ont voulu que successivement, nous « visitions » par l’image et la statuaire interposées, les prolongements de la civilisation indienne dans le Ladakh – le petit Tibet -, et le royaume Khmer, l’ancien Cambodge et que nous retrouvions, à travers les différences qu’ont imposé le climat et les avatars de l’histoire, toute une série de points communs quant à la population et à la religion. Convergences qui ne sont pas parvenues à combler l’expansion des populations extrême-orientales, qu’elles viennent du Japon, de la Corée ou surtout de la Chine.
Car, humainement et géographiquement, ces régions appartiennent essentiellement à l’aire de l’expansion indienne, à tel point que les origines du sanskrit, langue première de la région indienne, semblent avoir eu des points communs avec la langue des premiers indo-européens dont sont dérivées nos langues européennes par l’intermédiaire du grec puis du latin.
En témoigne, entre autres, le tableau ci-dessous que j’ai retrouvé dans un livre de Prix d’école primaire datant de 1905. Témoignage émouvant de l’état des recherches linguistiques de l’époque et de la façon dont était dispensée la culture dans nos humbles écoles villageoises. Le titre est tout un programme « Le progrès » et j’y ai trouvé le tableau suivant :
| Sanscrit | Grec | Latin | Français | Anglais | Allemand |
| pitar | pater | pater | père | father | vater |
| matar | méter | mater | mère | mother | mutter |
| yavan | néos | juvenus | Jeune | young | Jung |
| saphan | epta | septem | sept | seven | sieben |
| nava | ennea | hovem | neuf | mne | neum |
En effet, les civilisations extrême-orientales ne présentent, avec les civilisations de notre antiquité classique, y compris l’Égypte, aucune parenté commune.
Revenons à l’exemple du sanscrit, cette langue indo-européenne, langue écrite, religieuse et littéraire des habitants de l’Asie centrale et de l’Inde, depuis des milliers d’années et dont l’étude est d’une grande importance pour l’histoire et les liens des différents peuples indo-européens aux différentes époques.
Ainsi, à titre d’exemple, l’usage de la racine de gingembre (« racine » nutritive et linguistique) avait été rapporté de l’Inde du nord-est par Alexandre le Grand (IVème siècle avant J.-C.). Le gingembre fut donc utilisé en Grèce puis retrouvé dans toutes les langues, de l’arabe au finnois, puis de l’Afrique orientale, revenu en persan et de l’allemand au polonais revenant en Asie centrale par le russe.
Voilà qui explique d’autres métissages qui ne furent pas toujours pacifiques.
Si nous venons de constater que l’expansion des populations du Pamir et du Tibet pouvait se faire dans toutes les directions, nous constatons également que l’influence religieuse se dirigea essentiellement vers le sud-est, l’Asie des moussons. Faut-il y voir un effet de barrières que dressèrent successivement les trois religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islamisme.
L’extension artistique suivit les mêmes chemins puisque du Ladakh des hauts plateaux de l’Asie centrale jusqu’à Saigon ou Singapour, la sérénité méditative des visages du Bouddha conserve ses mystères défiants les distances, les époques et les destructions qui déferlent tant de l’Ouest – les conquêtes d’Alexandre ou des Arabes – que du Nord, les peuples des steppes ou de l’Est, les Mongols et les Chinois.
Restons au Tibet et au XXème siècle. Le Tibet est depuis 1959 une région autonome de la Chine, le Ladakh fait partie depuis 1947 de l’État du Cachemire dans le Nord de l’Inde et le Cambodge, indianisé, fut conquis d’abord par les ancêtres des Khmers. Angkor fut abandonné et laissé à la forêt et le pôle politique de la région s’installa à Phnom-Penh et jusqu’à l’arrivée des Européens au XXème siècle, resta un terrain de bataille entre le Siam (Thaïlande) et le Viêtnam. L’Histoire prend alors les noms que nous avons connus et qui ont changé depuis notre enfance.
Quel sera leur avenir au cours du XXIème siècle ?
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