Thèmes : histoire, art, visite.
Visite du 12-13-14 novembre 1996
Fiche de Visite par Madeleine Netter
La Sorbonne occupe actuellement un rectangle presque régulier, entre la rue des Ecoles – façade principale – les rues de la Sorbonne et Victor Cousin, la rue Cujas et la rue Saint-Jacques.
Une très longue histoire s’attache à cet édifice. En 1253, un ancien étudiant, de condition modeste, devenu chanoine de Cambrai, puis chapelain de Saint-Louis, chanoine de Paris, enfin chancelier de l’Université, fonde la « Maison de Sorbonne ».
Cet étudiant, né en 1201 à Sorbon, près de Rethel, mort à Paris en 1274, s’appelait Robert de Sorbon.
Il fait édifier cette « Maison de Sorbonne » pour la communauté des pauvres, maîtres et étudiants en théologie, leur assurant gîte et couvert.
Assez vite, cet établissement devient « Collège de Sorbonne » et reçoit des étudiants pauvres, mais aussi des docteurs, des bacheliers boursiers et payants.
En 1271, il fait construire le « Collège de Calvy » appelé communément « la Petite Sorbonne », pour les étudiants en grammaire.
Le centre d’enseignement est dirigé par des membres élus : un proviseur qui a sous ses ordres un prieur, chargé de la police, quatre docteurs qui veillent à la conservation des règles, puis des procureurs chargés de l’administration financière.
Rapidement, la Sorbonne prend une influence prépondérante. Dans son enceinte, des prélats avaient constitué un « concile permanent des Gaules ». Ce concile régentait la catholicité occidentale, débattait des grandes questions qui embarrassaient le pape ou le roi.
En 1469, la Sorbonne a son imprimerie, installée dans « la librairie » Elle se donne ainsi les moyens d’une autorité sur les milieux intellectuels de l’époque.
Bientôt sont créées des chaires de philosophie, grec, écritures saintes.
En 1554, la Sorbonne devient le lieu des délibérations générales de la faculté de théologie.
Elle ne s’ouvre cependant que partiellement à l’humanisme et Rabelais attaquera violemment les « Sorbonnards » et les « Sorbonicoles ».
En 1626, Richelieu, proviseur de la Sorbonne, entreprend la rénovation des vieux bâtiments devenus bien vétustes.
Il fait examiner et adopter les plans par Le Mercier. Les travaux commencent mais seront interrompus à plusieurs reprises faute de fonds.
Le nouvel édifice, de style gothique, avec des bâtiments de 2 ou 3 étages, de larges galeries ou « écoutes » – même les femmes pouvaient y assister aux soutenances – ne rappelle en rien l’antique « Maison de Sorbonne ».
En 1635, le cardinal pose la première pierre de l’église qui ne sera achevée qu’en 1653.
C’est dans cette chapelle, à la coupole élégante, au curieux portail, que se trouve le tombeau de Richelieu dû au sculpteur Girardon en 1694.
Pour l’histoire contemporaine, nous rappellerons que, dans la crypte de cette chapelle, reposent depuis 1947 les corps de douze universitaires martyrs de la résistance. Puis, en 1952, une urne contenant les cendres de 4 des 5 étudiants du lycée Buffon, fusillés par les Allemands en 1943, y a été placée.
Revenons à la Révolution où la Sorbonne frappée par les mesures qui confisquent les biens religieux sera fermée.
En 1808, les bâtiments sont donnés à l’Université et seront rendus totalement à l’enseignement en 1821.
En 1852, ils sont cédés à la ville de Paris. Ces bâtiments seront alors entièrement reconstruits dans un style sévère sur les plans de l’architecte Nénot (1884-1900).
C’est donc la Sorbonne nouvelle où seule l’ancienne chapelle a été conservée, que nous allons visiter.
La façade qui donne sur la rue des Ecoles est décorée de belles statues allégoriques : la chimie, l’histoire, la géographie…
C’est par un escalier grandiose qu’on accède au grand amphithéâtre où se célèbrent les grandes solennités universitaires.
On pourra y admirer une grande fresque de Puvis de Chavannes : le Bois Sacré.
La bibliothèque abrite plus de deux millions d’ouvrages. La Sorbonne actuelle est largement pourvue de salles de cours, de laboratoires, de bibliothèques.
Créée au 13ème siècle pour enseigner la théologie à des écoliers pauvres, la Sorbonne ne s’est pas cantonnée à ce rôle étroit.
Elle est devenue un centre de culture des meilleurs et des plus complets qui soient au monde. Aujourd’hui elle est le siège de l’université de Paris IV, de Paris III (lettres, civilisation française, sciences humaines, etc.).
Elle est toujours le siège de l’Ecole des Chartes, fondée en 1821 – cette école est destinée à l’enseignement de l’histoire et des sciences auxiliaires de l’histoire -. Elle forme des conservateurs d’archives et de bibliothèques.
Compte-rendu de la visite
Un chanoine de Paris, Robert de Sorbon (selon la coutume, il porte le nom de son village natal dans les Ardennes), devenu confesseur de Saint Louis, fonde en 1253, avec l’aide du roi, un collège où seize étudiants pauvres, se destinant à la théologie, recevront asile et enseignement. Telle est l’origine de la Sorbonne qui sera, pendant tout l’Ancien Régime, le centre des études théologiques et le siège de l’Université de Paris. Le collège de Sorbon acquit une réputation exceptionnelle, allant jusqu’à accueillir 10 000 étudiants.
C’est dans ses bâtiments que s’établissent, en 1469, trois imprimeurs de Mayence appelés par Louis XI : ils mettent en marche la première imprimerie de France.
Philippe le Bel obtient de la Faculté de Théologie la condamnation des Templiers. Durant la guerre de Cent Ans, l’Université est bourguignonne, elle reconnaît comme roi de France Henri V d’Angleterre et détache une de ses lumières, l’évêque Cauchon, au procès de Rouen pour condamner Jeanne d’Arc.
Fermée aux idées nouvelles de la Renaissance, laissant l’Espagne organiser la Contre-Réforme catholique, préférant conforter ses privilèges, la faculté de théologie déclina au profit de l’enseignement humaniste du futur Collège de France et de celui des Jésuites.
Richelieu, élu proviseur de la Sorbonne, décide de reconstruire les bâtiments et l’église qui tombent en ruines. Les travaux durent de 1624 à 1642.
La Révolution ferma l’Université. L’Empereur la fit renaître en 1806, sous la forme d’une institution laïque ayant son siège hors du Quartier latin. En 1821, sous l’impulsion du duc de Richelieu, l’ancienne Maison de Sorbonne, restaurée, fut affectée aux facultés parisiennes et aux services de l’Académie de Paris. Elle connut alors un nouvel essor intellectuel où s’illustrèrent des maîtres de grand renom comme Guizot et Michelet, pour traverser ensuite, sous le Second Empire, une période de déclin due à un enseignement académique.
La IIIème République donna à la Sorbonne sa physionomie actuelle et lui rendit son éclat. Les conséquences de la défaite de 1870 imposèrent à la génération des fondateurs d’une république laïque et scientifique de réorganiser l’enseignement supérieur.
Les fêtes universitaires
Louis XI a institué la Saint-Charlemagne (28 janvier) comme fête de la Sorbonne et de l’Université. Une autre grande date est la Saint-Barnabé (11 juin), qui ouvre la foire du Lendit à Saint-Denis. Le recteur, les prieurs, les maîtres et les écoliers s’y rendent en procession. Le long cortège, plein de dignité en tête, s’émancipe terriblement vers la queue. C’est que ce jour est celui où les étudiants paient la redevance due à leurs professeurs : heure douloureuse qu’ils s’efforcent d’oublier en faisant mille folies.
Thèse et cérémonial
L’amphithéâtre Turgot ou la salle Louis-Liard sont, dans leur solennité, le cadre recherché par les « doctorants » pour leur soutenance de thèse. Cérémonie initiatique marquant le terme de longues études et consécration d’un « chef-d’œuvre », cette ultime épreuve est censée ouvrir l’accès à l’enseignement supérieur. On y respecte un rituel où les compliments sont pimentés de rosseries. Véritable joute académique ponctuée par une mention « honorable » ou « très honorable » avec ou sans « félicitations du jury », la soutenance de thèse, dont plusieurs ont laissé un grand souvenir, parfois très parisien, reste un moment fort de la vie sorbonnarde.
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Les bâtiments du savoir
Des bâtiments élevés par Lemercier (1585-1654), il ne subsiste plus que la chapelle avec ses deux façades opposées, l’une formant le fond de la cour d’honneur et l’autre s’ouvrant sur la place de la Sorbonne.
Sur le plan de Henri-Paul Nénot (1853-1934) fut édifiée la nouvelle Sorbonne (1883-1901), qui devint une machine complexe répondant à l’idéologie de cette fin de siècle.
L’architecte avait à loger 22 amphithéâtres, 2 musées, 16 salles d’examens, 22 salles de conférences, 37 cabinets de professeurs, 240 laboratoires, une bibliothèque, une tour de physique, une tour d’astronomie, des bureaux, les appartements du recteur, etc.
Tout ce bel ordonnancement se disloquera progressivement jusqu’à ce que les réformes d’Edgar Faure, au lendemain de mai 1968, ne fassent éclater l’unité du prestigieux ensemble pour en faire le siège de l’Académie de Paris et des Universités de Paris III et Paris IV.
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La visite
Les parties les plus intéressantes sont le vestibule, le grand escalier et le grand amphithéâtre où se trouve la célèbre peinture de Puvis de Chavannes représentant le « Bois Sacré ».
Les salles, galeries, amphithéâtres sont décorés de tableaux historiques ou allégoriques.
La cour d’honneur, bordée par la bibliothèque, est dominée par le fronton et la coupole classiques de la chapelle. Sous les arcades, des panneaux décoratifs de Weerts évoquent la foire du Lendit à Saint-Denis.
Les statues de Pasteur et d’Hugo symbolisent les deux blocs qui s’étendent de chaque côté de la cour d’honneur : au sud, l’ancienne faculté des sciences dominée par les tours de physique et d’astronomie, au nord, la faculté des lettres où par un monumental escalier d’honneur à double volée, on accède à un péristyle qui mène au grand amphithéâtre et aux salons de réception.
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