Thèmes : art, musique.
Conférence du mardi 11 octobre 1994 par Martial Leroux.
Pour la conférence d’ouverture, les adhérents du C.D.I. étaient nombreux à se retrouver dans la salle du Centre culturel Sidney Bechet, nombreux et heureux d’être accueillis par Monsieur Jacques Gautier, Maire de Garches, accompagné de membres du Conseil Municipal.
Monsieur Gautier devait d’ailleurs, après avoir exprimé sa satisfaction d’être parmi nous, présenter un large tableau des activités et projets du Cercle et donner des précisions sur notre nouvelle organisation.
Monsieur Leroux avant d’aborder sa conférence tint à nous présenter ses collaborateurs :
- Gérard Streletski, son « relanceur » qui devait animer son exposé et donner les nécessaires temps de respiration. -Martial Leroux n’est pas musicologue pour rien.
- Agnès Deutsch qui démontrera avec beaucoup de charme et d’esprit que les Hauts-de-Seine ont inspiré les paroliers autant que les musiciens.
- Christophe Maynard qui illustrera par ces morceaux choisis les propos de Martial Leroux.
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Martial Leroux nous parle alors de son ouvrage « Histoires musicales des Hauts-De-Seine » aux Editions La Couronne d’Euterpe.
Cet ouvrage a été intitulé ainsi car dans toute recherche il est important de se donner des limites, à la fois géographiques et chronologiques.
Le département des Hauts-de-Seine offre à cet égard un avantage certain puisqu’il ne présente que 36 communes, soit exactement le millième du nombre de communes en France, et qu’un grand nombre de personnages célèbres dans le domaine musical ont fréquenté un jour ce département, en y naissant, en y mourant ou en y laissant une empreinte plus indélébile.
Une équipe d’anciens élèves du Conservatoire de Garches a collaboré à cet ouvrage, en fonction des affinités de chacun et de leur envie de découvrir telle ou telle ville.
Il nous a paru intéressant d’avoir recours à une chronologie la plus large possible. Le plus ancien document consigné dans cet ouvrage remonte aux XIVème siècle.
Sous le titre d’Histoires musicales des Hauts-de-Seine, c’est-à-dire un ensemble d’anecdotes musicales traitées de manière plus ou moins journalistiques, nous avons voulu consigner tous les éléments qui ont un rapport direct avec la musique : musiciens, compositeurs, facteurs d’instruments, musicologues, qui ont traversé notre département, mais aussi des poètes dont les vers ont été mis en musique, tel Chénier à Antony.
Notre propos initial a été de ne rien refuser dans nos entrées d’articles, mais d’éviter impérativement la musique de variété. Nous avons accepté toutes sortes de musiques, de la plus sérieuse à la plus populaire.
La recherche en musicologie s’est trop longtemps attachée à retrouver des documents d’intérêt général (Versailles et la musique du roi), mais on essaie de plus en plus de tentatives dans le domaine régional ou purement local et exhumer des noms peu connus aide à éclairer la grande histoire de la musique. Il n’y a pas de hiatus entre la grande et la petite histoire, elles appartiennent toutes les deux à l’Histoire avec un grand H.
Si la rédaction elle-même de cet ouvrage n’a nécessité que six mois, il a fallu quatre ans de recherches car le département des Hauts-de-Seine, petit pour sa superficie, est en revanche un trésor lorsque l’on parle de patrimoine et surtout de dépôts d’archives.
L’élément qui a primé dans nos recherches est le souvenir de nos racines. Il apparaît trop souvent que la notion de banlieue est souvent synonyme de grandes cités. Mais ces communes de banlieue ne sont pas nées avec cette architecture des années 60, chacune de ces villes a une histoire qui lui est propre et qui ne doit pas être obligatoirement rattachée à celle de Paris. Il y a une distinction très nette entre les limites du territoire de Paris et les limites des territoires des autres communes.
L’intérêt de notre livre est de donner envie à toutes les personnes qui habitent le département des Hauts-de-Seine d’en savoir un peu plus sur le passé, non seulement musical, mais aussi historique. Nous avons voulu montrer que ces différentes communes, dont nous sommes issus, ont toutes un passé qui leur est propre.
Certains noms nous étaient inconnus mais nous ont permis de faire d’autres recherches ultérieurement. Nous commencions parfois par un simple acte d’État-Civil retrouvé par hasard. Le hasard a une très grande place dans nos recherches. Les encyclopédies nous ont permis également de nous familiariser avec des noms dont nous ignorions qu’ils puissent avoir des attaches avec des communes de notre département. Nous avons effectué un travail de généalogie en essayant de retrouver les racines des communes par l’intermédiaire des différents personnages qui ont fréquenté les rues de ces villes.
Il n’y a aucun fossé entre l’histoire et le présent. Le présent dérive tout de suite dans l’histoire.
Notre livre a pour but de faire connaître l’existence de ce patrimoine alto-séquanais en matière musicale. Le nombre de chansons liées à l’histoire du département est impressionnant, de même que les ouvrages lyriques, les chansonnettes plus ou moins sérieuses. Tout à sa place à travers cet ouvrage qui est un panorama très général.
Nous ne citerons dans ce compte-rendu que quelques exemples de personnalités qui ont marqué leur passage à Garches et dans les communes voisines :
Coco Chanel devint l’intime des Russes, Nijinski, Diaghilev et surtout Igor Stravinsky qu’elle accueillit dans sa villa de Garches. L’auteur du « Sacre du Printemps » séjourna à plusieurs reprises chez Coco Chanel en 1920 et 1921.
Igor Stravinsky
Une célèbre cantatrice d’origine danoise fut attirée par la commune de Vaucresson et l’a choisie pour y installer sa résidence secondaire. Meyriane Héglon (1867-1942) fit sa première apparition sur la scène de l’Opéra de Paris dans le rôle de Madeleine (Rigoletto), le 5 novembre 1890. On lui doit, entre autres, la création de la Walkyrie, de Siegfried.
Meyriane Héglon et son époux Xavier Leroux
Née en Italie en 1926, la cantatrice Marietta Alboni s’est éteinte en sa résidence de villégiature de Ville d’Avray. La beauté de sa voix et la perfection de sa technique ont fait d’elle l’une des plus grandes figures du bel canto, Rossini lui ayant confié les grands rôles de contralto de ses opéras. A sa mort, elle laisse aux communes de Ville d’Avray et de Marnes-la-Coquette une rente annuelle de deux cents francs au profit des enfants des écoles.
Marietta Alboni
Charles Gounod résidait de temps en temps en son « chalet » de Saint-Cloud, mais c’est après son mariage en 1852, qu’il s’installa définitivement en cette demeure clodoaldienne. Là il composa la plus grande partie de ses pages célèbres : Faust, Mireille, Roméo et Juliette…
Né à Montpellier en 1850, le ténor Edmond Vergnet, demeurait à la fois à Paris et à Marnes-la-Coquette, en la villa « Les Tourelles ». Les débuts de Vergnet à l’Opéra de Paris remontent à 1874 lorsqu’il interpréta le rôle de Raimbault (Robert-le-Diable de Meyerbeer). Bientôt il se destinera à des emplois de ténors héroïques (La Favorite, Roméo et Juliette …) qui lui vaudront d’entreprendre des tournées à l’étranger avant de connaître, une nouvelle fois, la consécration à Paris. Il s’éteint en 1904.
Villa « Les Tourelles »
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Pour une liste exhaustive des musiciens, on se reportera à l’ouvrage de Martial Leroux, mais nous ne pouvons oublier dans ce rapide compte-rendu, Sidney Bechet, parrain du Centre culturel, qui vécut à Garches et y repose depuis 1958. Sidney Bechet, musicien de jazz et clarinettiste de renommée internationale, fit connaître et aimer le style Nouvelle Orléans en France où il s’installa en 1951.
Un mot aussi – il faut bien rafraîchir ou ouvrir la mémoire de nos jeunes lycéens – sur Florent Schmitt qui mourut également en 1958 et qui continue, avec et après Faure, Debussy, Ravel, la tradition de la musique française dans toutes ses orientations, tour à tour classique ou romantique, abordant aussi bien la musique de chambre que la musique religieuse, la symphonie que le ballet.
Florent Schmitt fut également attentif aux jeunes générations de compositeurs et critique musical aussi compétent que vigilant. Le lycée de Saint-Cloud lui rend hommage. Il nous suffirait également de traverser la Seine pour rencontrer à Boulogne, Marcel Landowski.
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Nos adhérents auront ainsi bénéficié d’un tour complet des musiciens des Hauts-de-Seine, mais je suis sûr qu’après « Le temps des cerises » et le « Muguet du bois de Chaville », ils avaient encore beaucoup de titres à proposer à notre cantatrice, mais il aurait fallu refaire un récital complet pour aller « … par Suresnes, par un beau jour de printemps » passer quelques instants « dans ma péniche au pont de Saint-Cloud », retrouver « les beaux dimanches de printemps, quand on allait à Robinson » ou attendre dans les brumes de l’hiver le moment où « refleuriront les lilas blancs » et se replonger dans l’atmosphère de la banlieue maraîchère qui alors nourrissait Paris et dont il reste encore, entre Garches et Rueil, quelques vestiges avec la jeune « Ciboulette » que Reynaldo Hahn décrit dans son opérette, arrivant aux halles avec sa cariole chargée de légumes :
« Nous avons fait un beau voyage » (bis)
« Nous arrêtant à chaque instant » (bis)
« Nous avons fait des découvertes » (bis)
« Les bras tout chargés de lilas » (bis)
Bien sûr, en cette journée inaugurale, on se retrouva autour d’un confortable et fort sympathique « pot » où chacun put faire ses commentaires et parler des projets du C.D.I.
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