Thèmes : Art, Civilisation, Géographie, Histoire.
Conférence du mardi 26 avril 1994 par Françoise Campana.
La Chine est l’un des plus anciens pays du monde. Les légendes racontent qu’il y eut jadis quatre grands empereurs qui ont créé l’agriculture, l’irrigation, la culture du riz et le calendrier chinois vers l’an 5000 avant notre ère. L’archéologie tend à démontrer aujourd’hui que cette dynastie des Hsia aurait réellement existé.
La dynastie des Hsia
Première de vingt-deux dynasties qui régnèrent sur la Chine pendant plus de quatre millénaires, les Hsia ont développé une civilisation agricole néolithique. Ils mirent également au point un calendrier agricole employé encore aujourd’hui et qui porte leur nom.
Les premières poteries ont été trouvées dans des petits villages de cabanes rondes semi-souterraines, très proches les unes des autres. Ces poteries en terre cuite étaient recouvertes d’argile, pour permettre à la peinture de tenir, et sculptées d’entrelacs noirs et rouges symbolisant l’éternité.
On commence à mieux connaître la Chine par d’autres poteries datant de l’âge du bronze (2000 av. J.-C.), époque où apparait l’écriture. Ces poteries blanches proches de la porcelaine contenaient des présents pour les morts.
La dynastie des Shang
Vers 1700 av. J.-C., la première dynastie vraiment chinoise est celle des Shang. Les rois de cette dynastie vivaient dans le Nord-Est de la Chine à Anyang. Les premiers éléments écrits de l’histoire chinoise datent de cette époque.
Un ensemble de tombes royales et d’inscriptions divinatoires sur os et sur écailles de tortue, traduites par des savants furent mises au jour. Près de cent mille carapaces de tortue et d’os d’animaux portant des inscriptions furent retrouvées.
Ces os utilisés pour la divination par le feu servaient à interroger les ancêtres sur l’opportunité de partir à la chasse ou à la guerre, de faire la récolte, de se marier, etc.
Les rois étaient enterrés dans des grands puits rectangulaires où l’on pouvait accéder par des plans inclinés orientés Nord-Sud (en Chine, le Sud représente le point favorable vers lequel tout doit être orienté).
Dans ces puits se trouvait le cercueil où reposait le mort paré d’objets en jade, un chien sacrifié, des vases funéraires en bronze au nombre de 9 (chiffre sacré) et qui contenaient des aliments liquides (alcool de riz ou vin) ou solides (rognons de porc, épaule de porc, tripes de bœuf).
Les chevaux étaient sacrifiés et enterrés près du roi et bien souvent jusqu’à cent personnes décapitées, entouraient le mort. Leur tête était placée loin de leur corps pour les empêcher de ressusciter et de s’enfuir du tombeau.
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Les traditions concernant la mort étaient complexes. Tout d’abord il ne fallait pas mourir hors de chez soi. Le fils aîné devait s’occuper de son père lorsqu’il atteignait 50 ans, pour finir par le prendre totalement en charge à partir de 70 ans.
Le fils lavait son père, lui faisait la barbe, ne mangeait pas plus que lui pour ne pas l’humilier s’il n’avait pas d’appétit, et lorsque le père mourait, il recueillait son dernier souffle puis prenait l’un des costumes du mort, montait sur le toit et disait en agitant ce costume : « Si tu es mort, va-t’en, si tu es vivant, rentre dans tes vêtements « .
On bouchait tous les orifices du corps avec des petites boules de jade afin d’empêcher l’âme de quitter le corps et éviter qu’une âme errante ne puisse s’introduire dans la dépouille et s’en emparer.
Une fausse moustache de jade était posée sur la lèvre supérieure du mort, un collier représentant un dragon (symbole de l’eau) entourait le cou, des anneaux de jade étaient cousus sur les vêtements ou dans les cheveux. Un disque de jade (« disque du ciel ») troué au centre était posé sur la poitrine ou sous la tête et l’on suppose qu’il était utilisé pour faire passer un rayon de soleil sur le mort.
On pensait que le jade préservait le corps de la putréfaction, ce qui permettait à l’âme de rester et de prendre de l’ampleur pour protéger la famille.
Ce mort était conservé quelquefois jusqu’à trois mois et était écarté des pièces principales pour que les visiteurs ne soient pas incommodés, puis il était enterré avec les personnages importants de son entourage ou ses esclaves.
Cette coutume va durer pendant des siècles, jusqu’ en 224 avant J.-C.
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Toutes ces traditions ne concernaient que le sexe masculin, la femme n’ayant qu’un rôle de reproductrice. Elle était mariée par accords de clans, souvent vers 7 ans. Avant de conclure le mariage, elle partait faire un stage de trois mois chez sa belle-mère pour que celle-ci puisse juger de sa docilité.
L’éducation d’une fille ne présentait aucun intérêt puisqu’elle partait très tôt pour s’occuper de la famille de son époux.
Les bébés de sexe féminin étaient simplement jetés avec les ordures. Les jésuites ramassaient ces bébés et les confiaient aux orphelinats. Cette tradition a duré jusqu’à l’arrivée du maoïsme.
Néanmoins, actuellement, afin de contrôler la démographie, si un couple a une fille, il peut avoir deux enfants, par contre, s’il a un fils, il n’aura pas d’autre enfant ou sera sévèrement sanctionné par une lourde imposition.
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Les dynasties passent au cours de la période des « Printemps Automnes » (722 à 401 av. J.-C.), de guerres civiles en guerres entre aristocrates, la population souffre, le désordre règne, les nomades des steppes envahissent la Chine.
La dynastie des Tsin
Vers avant 224 J.-C., un jeune général de 13 ans, Tsin Shih Huang-ti prend le pouvoir et va établir l’unité de la Chine. Sa dynastie ne durera que 20 ans. C’est lui qui donne à ce pays son nom actuel.
A l’époque des « Royaumes combattants », chacun des rois avait érigé une muraille pour protéger son propre petit royaume des autres souverains. Après l’unification pour résister aux nomades venant des steppes et qui envahissent régulièrement la Chine, Tsin décide de réunir toutes ces petites murailles et fera la Muraille Chine. Elle fut rebâtie dix-huit fois.
La Muraille de Chine fait le tour du pays sur plus 6 500 kilomètres. C’est le seul monument que l’on peut voir de la Lune. Elle a une hauteur de 8 mètres, crénelée du côté de l’ennemi et protégée par des tours, sa largeur varie de 5 à 8 mètres, deux chars pouvaient s’y croiser.
Tsin a déplacé la capitale et l’a mise au centre de la Chine, dans la ville de Xian qui est restée la capitale des dynasties suivantes. C’est une grande ville entourée de remparts près de laquelle se trouve le tombeau de l’empereur Tsin.
Ce tombeau est un énorme tumulus situé à mi-chemin entre la montagne et le fleuve, conformément à la géomancie. D’après les descriptions, ce tombeau semble somptueux, mais personne n’a jamais osé y pénétrer.
« Plus de sept cent mille ouvriers venus de toutes les provinces de Chine y furent employés. Dans la chambre mortuaire, on accumula un grand nombre de vases somptueux, de pierres précieuses et d’objets rares. Des artisans installèrent des arbalètes à déclenchement automatique afin de mettre à mort les pilleurs de tombeaux ».
En mars 1974, un agriculteur chinois qui essayait de creuser un puits découvrit une statue. Les autorités aussitôt averties mirent à jour une fosse rectangulaire de 210 mètres de long et 60 mètres de large contenant un régiment d’infanterie avec ses éléments d’appui, comprenant 3210 fantassins disposés en ordre de bataille.
Alors que dans les tombeaux des précédents hauts personnages, on retrouvait jusqu’à cent personnes sacrifiées, avec le tombeau de Tsin, on constate que l’hécatombe s’est arrêtée et que les proches sacrifiés ont été remplacés par des statues de terre cuite.
Ces statues ont une taille de 1,80 m, elles ont été moulées puis peintes après cuisson (ce qui a empêché la conservation des couleurs). Tous les visages sont différents. Les coiffures étaient faites en papier bouilli.
La dynastie des Han
Peu à peu la religion chinoise va se dédoubler. Après le culte des ancêtres et certains cultes animaux (dragons ou licornes), un empereur de la dynastie Han fait un rêve. Il voit un cheval blanc tout nimbé de lumière et quelque temps plus tard arrive un cheval blanc portant des livres pieux bouddhiques, les « Soûtra ».
Dans l’idéal représenté par le sage Confucius ou par le sage Lao Tseu (fondateur du Taoïsme), il fallait respecter chacun comme on voulait être respecté soi-même, il fallait respecter ses ancêtres, être un bon fils. Cette philosophie de la culture chinoise s’associe parfaitement au confucianisme et accepte aisément le bouddhisme qui est un oubli de soi-même pour arriver au non-être, c’est-à-dire à se dissoudre dans le grand tout. Les Chinois deviendront très facilement et très rapidement bouddhistes.
Bouddha est un Indo-Européen, un Aryen qui a vécu aux Indes, aux limites du Népal vers 600 av. J.-C., C’était un aristocrate qui a abandonné la richesse pour arriver à la pauvreté et à la connaissance du bien et du mal.
Pour Bouddha, tout ce qui est sur terre est illusion donc pourquoi manger ? Pourquoi boire ? Pourquoi aimer ? Chaque fois vous allez éliminer, être déçu, être en colère et abimer votre bilan final, votre karma et vous serez alors obligé de vous réincarner jusqu’à arriver à la perfection, c’est-à-dire le non-être, le néant, que sera le nirvana.
A partir de la dynastie des Han, lorsque le bouddhisme arrive, les tombeaux vont suivre l’évolution voulue par l’empereur Tsin, ce ne sont plus des puits, mais des collines artificielles ou non, comprenant un temple funéraire et un chemin, « le chemin de l’âme », protégé par des animaux fabuleux. Dans les tombes on place des quantités de petits objets en terre cuite qui représentent la vie quotidienne. Avec le temps, la terre cuite sera remplacée par la porcelaine.
L’une des découvertes datant de l’époque Han est le corps d’un homme entièrement recouvert de plaquettes de jade cousues par des fils d’or. Mais le corps n’avait pas été conservé.
Les Chinois ont trouvé, dans une tombe de cette époque, un cercueil de laque dans lequel les corps d’un couple baignaient dans un liquide rosé. Après l’autopsie du corps de l’homme, moins bien conservé que celui de la femme, on a constaté qu’aucun des viscères n’avait été enlevé, que la peau était souple, et qu’il n’y avait aucune rigidité des membres.
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Avec le bouddhisme arrive le thé. Deux belles légendes se rapportent au thé.
La légende laïque :
Jadis, lorsque l’empereur souffrait de maux d’estomac et de somnolence, il buvait de l’eau très chaude de façon à digérer. La légende raconte qu’un jour, un coup de vent fit tomber des feuilles de thé dans l’eau, et l’empereur apprécia beaucoup ce nouveau breuvage.
La légende bouddhique :
Des moines bouddhistes désiraient méditer et ne pouvaient rester éveillés. La seule solution qu’ils trouvèrent fut de couper leurs paupières. Ces paupières tombées sur le sol vont germer et donner une fleur tonique dont les pétales séchés ressemblent à des paupières.
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La dynastie des Yuan
Au 13ème siècle, malgré la Muraille, les Mongols envahissent la Chine, c’est la dynastie des Yuan dont l’empereur, descendant de Gengis Khan, recevra à sa cour Marco Polo. A cette époque, la capitale est Pékin. De nombreux voyageurs étrangers commencent à venir en Chine. Des communautés islamiques se créent. Les Chinois commencent eux aussi à voyager à l’extérieur.
La dynastie des Ming
Du 13ème au 15ème siècle, les Ming, d’authentiques Chinois, garderont Pékin pour capitale.
La ville de Pékin est de forme carrée puisque dans la tradition chinoise, si le ciel est rond, la terre est carrée. Au centre de la ville, Tienanmen, la grande place s’étend à l’extérieur de la Cité interdite.
La Cité Interdite a été construite il y a près de 500 ans par les premiers empereurs Ming, elle englobe un énorme complexe d’édifices qui compte plus de 9000 salles grandes et petites et constitue le Palais Royal le mieux conservé ainsi que le plus vaste groupe de monuments anciens de Chine.
Elle couvre une superficie de 72 ha, entourée d’un mur de 10 mètres de haut, sur lequel il était interdit de lever les yeux. Des douves de près de 50 mètres de large l’entourent.
La Cité Interdite est constituée d’un ensemble de pavillons réunis par des cours et par des plans inclinés pour le passage des palanquins. Chaque pavillon avait un usage particulier, réception, fumoir, chambre à coucher, salle de bains, etc.
A quelques kilomètres de Pékin, immense étendue de 280 hectares, dont le lac Kumming occupe les trois quarts de l’espace, s’étend le Palais d’été, gardé par un épais mur d’enceinte.
Pillé et brûlé en 1860, l’impératrice Tseu Hi le fit reconstruire en 1888 avec cinq millions d’onces d’argent, destinées initialement à la marine chinoise et fit ériger au bord du lac un bateau de marbre blanc.
Elle sera la régente des deux derniers empereurs. Farouchement anti-occidentale, elle soutient la révolte des Boxers. Son règne autoritaire marqua la décadence de l’Empire chinois.
Le dernier empereur chinois, Puyi, de la dynastie des Qing, né en 1906, monta sur le trône à l’âge de cinq ans. Déposé à la révolution de 1911, il fut emprisonné dans le Palais où le reste de son enfance s’écoula dans un étrange isolement.
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Les petits pieds
A partir du 9ème siècle, avec le retour du confucianisme est arrivée la mode des petits pieds.
Une jeune femme eut l’idée de danser en se mettant des bandelettes autour du pied pour le rendre plus dur et pointu afin de faire des pointes. On trouva cela ravissant et dès la naissance, à l’aide de bandelettes, on rentrait le pouce et les orteils sous le pied du bébé. On arrivait ainsi à casser l’os de la cheville et le pied minuscule restait droit dans le prolongement de la jambe.
Cette coutume était appliquée tout d’abord aux femmes oisives, donc aux aristocrates, mais les femmes qui travaillaient dans les champs prirent l’habitude de bander les pieds de leurs filles en espérant ainsi les rendre séduisantes et leur éviter les durs travaux des champs. Cette coutume cessa à l’arrivée de Mao.
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Notre conférencière, tout au long de son exposé et à travers de nombreuses diapositives nous a fait découvrir ce fascinant pays où certains d’entre nous auront la chance de se rendre dans quelques jours.
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