SORTIE-VISITE : Institut du Monde Arabe

  

 

Thèmes : art, civilisation, histoire, médecine, visite.
Visite du 31 janvier 1997.

 

INSTITUT DU MONDE ARABE A L’OMBRE D’AVICENNE

 

Fiche de visite par Jean-Claude Netter

 

Avicenne (Abou Ali al Hussein ibn Abdillah ibn Sinâ) naît en 980 à l’extrême Est du monde musulman, près de Boukhara. La tradition le fait appartenir au monde arabe alors qu’il est Persan.

Son œuvre écrite est d’expression arabe pour sa plus grande part, mais quelques-uns de ses ouvrages sont écrits en persan.

Dès son adolescence, il étudie la jurisprudence islamique, puis, sous la direction d’un maître chrétien, les sciences naturelles, l’œuvre d’Euclide et enfin la médecine. Génie extraordinairement précoce, il est célèbre dès l’âge de 17 ans, lorsqu’il réussit à guérir un prince Samanide qui l’avait appelé à son chevet.

156 ouvrages sont connus de lui, écrits en prose ou en vers, au point que certaines de ses poésies ont été pillées par d’autres, par exemple Omar Kayam.

Avicenne, aux connaissances encyclopédiques, reste dans l’Histoire comme philosophe et comme médecin. Dans ses traités sur le Salut, l’Ame et le Destin, le guide de la sagesse, le livre des directives et des remarques, il reprend les grands thèmes logiques et métaphysiques d’Aristote. Mettant d’accord la philosophie et la foi populaire, il reprend les notions théologiques déjà développées par Saint Ambroise.

Son œuvre philosophique est une grandiose tentative de synthèse dans l’Histoire de l’humanité. Aucune science ne lui fut étrangère : mécanique, acoustique, astronomie, etc.

Le quanun, fit’tibb, c’est-à-dire « Les lois de la médecine », connu sous le nom pseudo latin de Canon est l’œuvre maîtresse d’Avicenne dans le domaine médical. Elle acquit rapidement une portée universelle et s’imposa comme enseignement obligatoire dans la plupart des facultés européennes : elle l’était encore à Louvain au XVIIème siècle.

Ce livre est essentiellement une récapitulation de toutes les symptomatologies, classées par chapitres avec des descriptions remarquables de maladies encore confuses : apoplexie cérébrale, méningite, diabète, ictères. La psychiatrie est également présente et – surprise – l’amour est classé parmi les maladies cérébrales, au même titre que l’insomnie, l’amnésie et la mélancolie !

Mais ce fervent de l’esprit scientifique n’a pas résisté dans l’art de guérir, à l’intrusion des astres et de certaines données abstraites, confuses, qui l’ont conduit à quitter la réalité clinique pour de brillantes et artificielles constructions médicalement stériles.

La scolastique chrétienne médiévale s’en inspira et figea la médecine dans un immobilisme multi séculaire qu’illustrèrent beaucoup plus tard les médecins de Molière. Il n’en reste pas moins vrai qu’ibn Sinâ dit Avicenne fut un grand philosophe médecin honoré par ses contemporains, protégé par plusieurs princes. Il fut le Vizir du Souverain de Hamadan, ville dans laquelle il mourut en 1037, d’une maladie d’estomac contractée à la suite d’excès de travail et des plaisirs de la chair.

 

***

*

 

Compte-rendu de la visite par Madeleine Netter

« A l’ombre d’Avicenne – L’âge d’or de la médecine arabe »
« 300 objets et manuscrits témoignent des progrès étonnants que connaît l’art de guérir, au temps des califes ».

 

Le titre de cette exposition était plein de promesses, mais nous avons un peu regretté de devoir faire cette visite dans un espace étriqué et surtout sous un très mauvais éclairage.

Mais suivons notre guide….

Pendant des millénaires, la médecine s’est efforcée de répondre aux besoins et aux angoisses de l’homme malade. Elle a d’abord été un art, puis est devenue une science au fur et à mesure des découvertes.

Au Moyen Age, tandis que l’Occident végète dans un long immobilisme, on assiste en Orient à un vaste bouillonnement culturel et scientifique.

L’Orient byzantin et judéo islamique va perpétuer la tradition médicale antique en l’enrichissant de nouvelles données.

Grâce à l’utilisation du papier – technique introduite en Islam en 751 – à la diffusion de la langue arabe par les conquêtes islamiques, les centres de savoir se constituent d’Iran à l’Andalousie.

La médecine va atteindre son apogée avec Avicenne, médecin et philosophe. Le médecin arabe ne se contente pas de soigner, il cherche à maintenir ses patients en bonne santé. C’est ce que nous appelons aujourd’hui la prévention.

Hygiène et diététique occupent une place très importante.

L’aiguière et le bassin, en métal joliment sculpté sont destinés sans doute à l’hygiène élémentaire. Puis d’autres objets évoquent l’usage du bain : serviettes richement brodées, flacons à Khôl (antiseptique), grattoirs en forme d’animaux, socques pour circuler sur le sol chauffé du hammam, brûle-parfums, flacons de différentes formes en verre ou céramique pour contenus divers : huiles, onguents, antiseptiques, parfums …

On peut voir, à côté, des objets à usage purificateur : la saignée (ventouses à bec, bassin en pierre polie pour recevoir le sang de la saignée, appareil complexe agrémenté de deux petits personnages censés surveiller l’écoulement du sang), puis quelques instruments de chirurgie (lancettes, sondes, curettes, bistouris, trépans…).

Pour le médecin arabe, la chirurgie est utilisée en dernier recours – l’opération de la cataracte se pratique déjà -.

Les médecins sont très attentifs à la diététique. « Tant que tu peux soigner à l’aide d’aliments, ne soigne pas avec des médicaments » (Rhazes).

Toutes les règles de diététiques sont codifiées dans des calendriers de santé. Si ces documents existaient déjà dans l’empire byzantin, ils sont alors remaniés et enrichis.

Les maladies étant considérées comme des déséquilibres dus à un échauffement, refroidissement, dessiccation ou humidification excessive d’une partie du corps, le médecin est amené à prescrire des médicaments pour rétablir l’équilibre.

L’étendue du monde arabo-musulman, ses relations commerciales avec l’Afrique, la Chine, l’Indonésie et l’Inde, favorisent l’enrichissement de la « materia medica » héritée des Grecs.

Nous pouvons voir toute une variété de coupelles contenant des grains ou des poudres de toutes sortes : henné, noix vomique, gingembre, camphre, rhubarbe, mandragore, etc., le sucre (indispensable à la fabrication des sirops), tous les produits qui entrent désormais dans la préparation des remèdes.

Les méthodes pour confectionner potions, infusions, pilules, onguents sont consignées sur ordonnances. Ces recettes nécessitent souvent l’emploi de mortiers.

Si la pharmacopée s’enrichit de nouvelles substances venues de pays divers, la médecine proprement dite s’appuie sur un système hérité de Galien qui organise l’univers en quatre éléments : le feu, l’air, l’eau, la terre. Ces éléments peuvent subir de nombreuses combinaisons. A chacun de ces éléments correspondent deux qualités naturelles :

Par exemple le feu est sec et chaud, l’eau est humide et froide, la terre froide et sèche.

Les métaux, les minéraux, les plantes, les animaux et le corps humain ont aussi quatre natures.

Chez les humains, les combinaisons de ces qualités conduisent à trois tempéraments : bilieux, sanguin, mélancolique, etc.

La maladie existe quand un déséquilibre se produit. L’administration d’un médicament doté d’une qualité contraire à la complexion peut amener la guérison.

Pour faire un bon diagnostic, le médecin peut s’appuyer sur d’autres données : la palpation du pouls, l’examen des urines, l’observation du malade, etc. L’interprétation des rêves, la physiognomie (caractère à partir des traits du visage) entrent aussi en ligne de compte.

A chaque organe correspond un signe du Zodiaque, donc la conjonction des étoiles est importante.

L’environnement, l’action de facteurs comme le relief, la lumière, l’air, l’eau, etc. peuvent jouer un rôle dans l’état de santé.

L’astrologie qui se heurte souvent à l’opposition des religieux, tient une place à part – contre la maladie, on portera des talismans : objets portant le sceau de Salomon (maître de la magie), certaines sourates du Coran, des chemises ou gilets talismaniques aident à repousser le mal.

Promus par les califes, les hôpitaux ou maisons de malades sont créés dès le début du IXème siècle. Ces hôpitaux sont souvent financés en grande partie par des mécènes, amis des califes. L’ornementation des pots pharmaceutiques témoigne de la richesse de ces établissements.

Dans la salle d’exposition consacrée à l’hôpital sont présentés divers objets liés au confort de malade : écuelles, pichets, crachoirs, pots de chambre, fioles, etc.

L’hôpital a été un lieu de pratique, mais aussi de diffusion de la médecine savante.

Le livre est un élément clé du savoir médical, aussi la « bibliothèque » de l’exposition présente, entre autres, de très beaux manuscrits syriaques du VIème et VIIème siècle, une traduction de Galien par Hunayn, portant l’autographe d’Avicenne.

L’oubli dans lequel tombe cette médecine quelques siècles plus tard est surprenant. Mais cet héritage arabe va marquer une étape décisive dans la constitution de la science médicale européenne qui va alors prendre la relève.

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils, contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

 

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.