Initiation à l’héraldique

Thèmes : art, histoire, société.
Conférence du mardi 20 décembre 1994 par Jean de Lassalle.

 

La conférence de Monsieur Jean de Lassalle, Conservateur au Musée de l’Armée et Président de l’Association Symboles et Traditions, a clôturé notre saison 1993-1994 en nous initiant à l’héraldique.

Héraldique, ce mot bizarre vient du bas-latin héraldus qui signifie héraut. Pendant longtemps, ce ne fut qu’un adjectif dont la particularité était de ne pouvoir qualifier que deux mots : l’art et la science.

Substantivé à une époque relativement récente, l’héraldique désigne à la fois l’art et la science du blason. Mieux connu du grand public, le terme blason est synonyme de écu. Ce dernier mot vient du latin scutum, bouclier.

Et effectivement, à l’origine, l’écu n’est pas autre chose qu’un bouclier. Son originalité, c’est que, sur ce bouclier, chaque combattant dessine des marques de reconnaissance qui lui sont propres et que nécessite l’anonymat d’une armure habillant l’homme de pied en cap.

Cet aspect ne doit jamais être perdu de vue, il explique le sens donné par les héraldistes aux mots « dextre » et « senestre » qui indiquent respectivement la droite et la gauche de l’écu, non par rapport au lecteur, mais par assimilation avec celles de l’homme qui s’abrite derrière le bouclier.

Messager du prince, le héraut est, entre autres choses, chargé de porter les déclarations de guerre aux ennemis de son maître et les demandes d’assistance à ses amis. Ceci implique qu’il connaisse les marques ornant les boucliers des uns et des autres, des marques qu’on appelle les armoiries ou, plus brièvement, les armes.

Petit à petit, les hérauts vont se spécialiser dans cette discipline jusqu’à en faire leur unique occupation. Ils prendront alors le titre de héraut d’armes. Les chevaliers moyenâgeux trouvent dans l’art de la guerre de telles satisfactions qu’en temps de paix, ils vont se livrer à des simulacres de combat appelés tournois.

Chaque tournoi est présidé par un héraut qui doit identifier les participants et donner lecture de leur écu. Mais, avant cette annonce, il faut faire taire le brouhaha de la foule. A cet effet, le héraut dispose d’un trompette généralement recruté en Allemagne. Il lui ordonne dans sa langue : Blasen (soufflez), ce qui va donner naissance au mot blason.

 

Les formes de l’écu

La forme de l’écu varie suivant la nationalité ou la qualité de celui qui le porte :

L’écu ovale est en principe réservé aux dames. L’écu en losange (appelé rhombe) est dévolu aux demoiselles et aux ecclésiastiques parce que sa forme insuffisamment protectrice convient mieux à des personnes non combattantes.

L’écu français ancien était pointu ce qui permettait à l’homme d’arme de le planter dans le sol pour avoir les deux mains libres. Sa partie inférieure s’est élargie de manière à donner plus de place à l’ornementation, quand l’écu a perdu sa fonction de bouclier pour n’être plus que la marque distinctive d’une famille, d’une ville ou d’une corporation.

 

Les couleurs de l’écu

La palette des couleurs héraldiques est relativement restreinte. Elle se divise en trois catégories : les métaux, les émaux et les fourrures. Il n’y a que deux métaux : l’or (1) et l’argent (2). Dans les représentations entièrement peintes, ils peuvent se traduire par du jaune et du blanc. Les émaux sont au nombre de cinq : azur (3), gueules (4), pourpre (5), sable (6), sinople (7), correspondant respectivement à bleu, rouge, violet, noir et vert.

Deux fourrures seulement complètent la série des couleurs le vair (8) et l’hermine (9).

Bien connu par le blason et le drapeau de la Bretagne, l’hermine est blanche semée de mouchetures noires. Le vair est la fourrure d’un écureuil appelé « petit gris » dont les dos gris-bleuté et les ventres blancs, cousus en alternance, ont été stylisés sous forme de cloches.

Lorsque l’écu est représenté sur un support qui ne peut pas être peint, les couleurs sont figurées au moyen de hachures conventionnelles.

 

Les partitions

En vieux français, le verbe partir est synonyme de couper. Les partitions sont donc les coupures de l’écu. Les principales correspondent aux quatre coups d’épée traditionnels des escrimeurs, ce sont :

. le parti, qui coupe verticalement l’écu en deux moitiés symétriques,

. le coupé, qui divise horizontalement l’écu en deux parties de même hauteur,

. le tranché, qui divise l’écu diagonalement en partant de l’angle supérieur dextre,

. le taillé, qui divise l’écu diagonalement en partant de l’angle supérieur senestre.

La combinaison du parti et du coupé donne l’écartelé, celle du tranché et du taillé donne l’écartelé en sautoir et la combinaison des quatre donne le gironné.

Par ailleurs, le parti et le coupé peuvent se conjuguer chacun avec la moitié de l’autre pour donner : le mi-parti coupé, le coupé mi-parti, le mi-coupé parti, le parti mi-coupé.

 

Les pièces

Ce sont des figures géométriques correspondant, à l’origine, aux renforts posés sur l’écu pour réparer la trace d’un coup d’épée. On trouve donc ainsi le pal, la fasce, la bande, la barre, la croix et le sautoir qui servent à réparer respectivement le parti, le coupé, le tranché, le taillé, l’écartelé et l’écartelé en sautoir.

Le sautoir tire son nom des deux courroies qui, dans le harnachement moyenâgeux, se croisaient en diagonale sur l’épaule du cheval et que le cavalier saisissait dans sa main gauche pour sauter en selle.

Il faut citer aussi, le chef, la champagne, le pairle (curieuse figure en forme de igrec), la bordure, l’écusson et le chevron pour ne s’en tenir qu’aux principales.

Plusieurs personnes, même fort instruites, emploient le mot écusson pour désigner l’écu lui-même. C’est une erreur à éviter. L’écusson est une pièce placée au centre de l’écu et ayant la même forme que lui, mais avec des dimensions réduites.

 

Les meubles

Les meubles représentent les objets les plus divers, ce peuvent être des astres, des figures humaines ou animales, des végétaux, des constructions, des armes, des outils… Leur choix ne connaît pas de limite.

Parmi les animaux, le plus répandu est le lion au point qu’il a donné naissance au vieil adage « Qui n’a pas d’armes prend un lion ». Presque tout le monde connaît le blason de la ville de Lyon où figure un lion, constituant ainsi ce qu’on appelle des armoiries parlantes.

Nul n’ignore les fleurs de lis des rois de France, la nef de la ville de Paris, les léopards de Normandie, le gonfanon d’Auvergne et le dauphin du Dauphiné, pour ne citer que les blasons les plus connus.

Certaines figures peuvent ne pas être représentées en entier. On peut trouver par exemple, une tête d’homme (blason de la Corse) ou d’animal, une main, une branche d’arbre, etc.

 

Les ornements extérieurs

Ils trouvent leur origine dans les sceaux au centre desquels on gravait le blason de l’expéditeur d’une lettre ou du propriétaire d’un document.

Les graveurs n’ont pu résister à la tentation de meubler les surfaces restées libres entre les bords respectifs de l’écu et du sceau.

Toutefois, il existe nombre de blasons qui n’ont pas d’ornements extérieurs. Même pour les écus qui en sont pourvus, la présence des ornements extérieurs n’est pas toujours indispensable. Bien souvent on se contente du plus important d’entre eux : le timbre. C’est la figure, généralement une coiffure, posée sur le sommet de l’écu.

Lorsque le chevalier se reposait entre deux combats, il suspendait ou appuyait son bouclier à un mur (ou à la lice du tournoi) et posait son heaume en équilibre par-dessus. Ainsi est née la figure de l’écu timbré.

Suivant qu’il est taré de face ou plus ou moins de profil, la position du heaume indique le titre de son propriétaire dans la hiérarchie nobiliaire. Mais la nuance n’est pas toujours facile à saisir, c’est pourquoi on a placé sur les heaumes des couronnes plus représentatives des titres nobiliaires. Après quoi on s’est aperçu qu’il est beaucoup plus simple de timbrer les blasons avec une couronne seule. Celle-ci est le véritable signe de noblesse et non pas le blason lui-même comme le croient trop de gens.

Il y a aussi des ornements latéraux qu’on appelle tenants, supports ou soutiens suivant qu’ils sont constitués par des êtres humains, des animaux ou des objets inanimés (le plus souvent des végétaux).

On peut encore ajouter deux banderoles ou listels, dont l’une, placée au-dessous de l’écu, porte la devise et l’autre (moins fréquente), placée au-dessus de l’écu, porte le cri de guerre.

Si le propriétaire de l’écu est titulaire de décorations, celles-ci peuvent être représentées sous l’écu (décorations pendantes) ou tout autour (colliers des grands ordres).

Pour les personnages particulièrement importants (souverains et pairs), l’ensemble formé par l’écu et ses ornements extérieurs est posé sur un manteau (toujours doublé d’hermine) ou mieux sur un pavillon (manteau surmonté d’un grand capuchon en forme de dais).

Il faut signaler un ornement très particulier, c’est la couronne dite murale qui, dans la mythologie ancienne, ceignait le front des déesses protectrices des villes. Depuis Napoléon Ier, cette couronne, qui représente une enceinte fortifiée, est placée systématiquement sur les armoiries municipales. Elle comprend cinq, quatre ou trois tours suivant l’importance de la ville considérée.

 

***

 

Le blason de Garches

Notre conférencier termine par le blason de la ville de Garches dont la couronne murale ne comporte, bien entendu, que trois tours.

C’est un arrêté du préfet de Seine-et-Oise qui, en 1943, a créé une commission départementale d’héraldique et a invité les communes du département à lui soumettre leurs blasons existants ou en projet.

Garches n’ayant pas encore d’armoiries, le maire de la ville, qui était à l’époque Lucien KASS (1943), s’est adressé au meilleur héraldiste, le célèbre Robert LOUIS que d’aucuns ont surnommé « le roi d’armes de la république ». Ce dernier a soumis au maire cinq projets différents avant d’arriver à la composition définitive. Celle-ci évoque tout d’abord le roi Saint-Louis qui venait souvent à Garches rendre visite à son cousin Robert de la Marche.

Vouée à Saint-Louis, l’église de Garches est ornée de vitraux évoquant divers épisodes de la vie de ce roi. L’un de ces vitraux, situé à gauche du chœur, représente Saint-Louis en captivité portant sur sa poitrine une grande croix pattée rouge, insigne général des Croisés. Cette croix forme donc la figure principale du blason de Garches, mais pour souligner son caractère royal, elle est surchargée d’un écusson d’azur à fleur de lis d’or.

Dans le premier canton, une feuille de chêne en souvenir de la grande forêt qui, du bois de Boulogne à celui de Saint-Cloud, s’étendait autrefois jusqu’aux limites de Garches.

Enfin, le fond maçonné des deux autres cantons évoque l’industrie de la briqueterie qui, jusqu’à une époque récente, florissait à Garches grâce à la présence de deux glaiseries sur le territoire de la commune.

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.