Histoire du Musée National de Blérancourt

Thèmes : art, histoire.
Conférence du mardi 17 mars 1992 par Véronique Wiesinger.

 

MUSÉE NATIONAL DE BLERANCOURT,
MÉMORIAL DE LA COOPÉRATION FRANCO-AMÉRICAINE

 

Mardi 17 mars 1992, Véronique Wiesinger, conservateur du patrimoine, nous a parlé des relations franco-américaines à travers le musée national de Blérancourt.

Pendant et après la première guerre mondiale, les Américains ont aidé les Français à mieux supporter le conflit auquel ils ont participé eux aussi. Les volontaires aviateurs depuis le 26 avril 1916 et l’État un an plus tard (cf. annexe).

 

« Comité américain pour les régions dévastées »

 

En 1917, Anne Morgan, fille du banquier américain John Pierpont Morgan, s’installe dans ce qui reste du château de Blérancourt, largement détruit pendant la Révolution, pour porter assistance aux populations touchées par la guerre.

Le front est là, tout près… et aujourd’hui encore, on peut apercevoir des traces de balles dans les murs.

Construit en 1619 par Salomon de Brosse pour le duc de Gesvres, achevé par Mansard, brûlé en 1652 lors des guerres espagnoles, il fut reconstruit, puis, en 1783, vendu par le dernier duc de Gesvres, Gouverneur de Paris et de l’Ile-de-France.

Le château fut détruit par les révolutionnaires et vendu pierre par pierre en 1796.

 

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En 1917, Anne Morgan trouve donc un château en très mauvais état. De 1919 à 1937, elle restaurera peu à peu les bâtiments et, quand elle aura fini son œuvre sociale, elle lèguera le château à la nation française comme une sorte de mémorial de l’amitié franco-américaine.

Madame Wiesinger nous montre de nombreuses photographies du château.

 

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En 1918, la guerre s’achève et l’armistice est signé à quelques kilomètres de là, dans un wagon, à Rethondes.

Anne Morgan et son amie Anne Murray Dike créent un musée qui commémore l’action américaine pendant la guerre. C’est un musée de paix dont le but est de promouvoir l’entente entre les peuples par une meilleure compréhension commune.

 

 

La reconstruction est une action commune très importante dans la région pour les deux amies et le Comité américain pour les régions dévastées. Elles créent une briqueterie et une scierie et réalisent des actions concrètes et intellectuelles en introduisant des bibliothèques pour enfants avec un mobilier adapté à leur taille et des voitures Ford converties en bibliobus …

Cette action envers est menée jusqu’en 1923 pour essayer de secourir la population, de reconstruire et enfin de préparer le musée.

Ne voulant pas créer un mémorial à sa propre gloire, le Comité américain pour les régions dévastées a essayé d’attirer d’autres organisations de secours bénévoles pendant la Première Guerre. C’est pour cela que l’on trouve dans le musée, des souvenirs de bien d’autres fondations franco-américaines (l’Escadrille Lafayette, le Phare de France, l’American Field Service…).

 

« Morceau de toile d’avion
portant l’emblème de
l’escadrille Lafayette

Voiture Ford
ambulance de
l’American Field Service

 

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Dans ce musée qui avait été conçu comme un mémorial plutôt historique, il était intéressant d’y ajouter une dimension artistique.

Dans le nouveau pavillon Florence Gould, inauguré en 1989, est présentée une collection de peintures et de sculptures du XIXème et XXème siècles.

Rassemblant des œuvres d’artistes américains en France et d’artistes français aux États-Unis, elle illustre la richesse d’un siècle et demi d’échanges artistiques entre les deux pays.

Après 1870, les Américains viennent en masse à Paris pour étudier l’art. Cet afflux d’étudiants en contact avec la culture française joue un rôle important. Quand la Première Guerre Mondiale éclatera, ils militeront pour trouver des fonds.

« Bleu, argent et or »
Ernest T. Rosen

« Peggy Guggenheim »
Alfred Courmes, 1926

« Nature morte »
John F. Peto, Vers 1900

 

Les Américains qui viennent en France seront soumis à toutes sortes de courants artistiques. Véronique Wiesinger nous montre de nombreuses photos de peintures de ces peintres américains. Il ne faut pas oublier que les Américains n’ont pas envie de révolutionner la peinture, mais plutôt d’apprendre. Les premiers maîtres américains reconnus comme tels sont des peintres du début du 19ème siècle.

Après la Première Guerre Mondiale une exposition présente trois cents peintures des peintres américains.

Des sculptures sont également exposées dans le musée.

Au cours de l’entre-deux guerres, les Américains prennent conscience de la supériorité économique indéniable de leur pays et développent un art typiquement américain. Après 1945, New York, et non plus Paris, sera le centre de l’art international.

Dans le musée se trouvent de nombreux souvenirs de La Fayette (voir annexe).

Au cours des « Années folles », beaucoup d’écrivains américains viennent en France en un va-et-vient incessant. II n’était pas rare que des personnes fassent le trajet plusieurs fois dans la même année alors que la traversée durait une semaine.

Notre conférencière nous montre l’architecture du château et ses jardins où poussent des essences américaines.

Jardin d’essences
américaines
Vue extérieure du château
au premier plan
Washington par Houdon

 

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***

 

Des échanges franco-américains sociaux, puis culturels que l’on connaît peu et qu’il faudra découvrir au château de Blérancourt où nous pourrons admirer de nombreux tableaux et sculptures.

 

ANNEXE I

 

Véronique Wiesinger, dans sa conférence sur le Mémorial de La Coopération Franco-Américaine m’a fait penser à ces professeurs (ils sont rares) qui, pendant la première moitié de l’année scolaire, disaient « Je n’insiste pas sur ce sujet, vous l’avez vu l’année dernière », et pendant la seconde moitié disaient « Je n’insiste pas là-dessus, vous le verrez l’année prochaine ».

A la lecture du compte-rendu, je m’aperçois que cette impression n’était pas inexacte : nous en savons trop ou pas assez.

Alors, comme de ma fenêtre, soleil et premiers fruits incitent à la promenade, partons sur les traces de la Coopération Franco-Américaine.

 

1 – Autour de Garches

Au Monument de l’Escadrille La Fayette (Étang de Villeneuve) à Marnes-la-Coquette :

Au cours de la Première Guerre Mondiale, le Président Wilson a, en 1917, persuadé ses compatriotes de sortir de leur « splendide isolement » et de participer au conflit.

Les troupes américaines combattent notamment sur le front d’Artois et de la Somme, débarquant au cri de « La Fayette nous voilà ». Les aviateurs se grouperont en une escadrille qui prit le nom de « Escadrille La Fayette ».

En reconnaissance, un monument fut élevé, il est à nos portes. Qu’y apprenons-nous ?

  • d’abord que les volontaires « La Fayette » intervinrent un an avant l’entrée en guerre des États-Unis (26 avril 1916 – 6 avril 1917),
  • puis la longue liste des villes et régions où les escadrilles « La Fayette » s’illustrèrent,
  • et sous l’arche, les portraits symétriques de Georges Washington et de La Fayette,
  • et enfin, à l’entrée des cryptes les paroles de la Bible (Samuel 1.23) « Légers comme des aigles et forts comme des lions ».

 

 

C’est la résidence du Général Washington – chef des insurgés et premier président des premiers États Unis d’Amérique – que Marcel Dassault fit reconstituer à Vaucresson en bordure du Golf de Saint-Cloud. Mais ce qui ne se retrouve pas chez Monsieur Dassault, c’est le portrait de Louis XVI qu’en reconnaissance de l’action de la France, Washington conserva dans sa salle à manger jusqu’à sa mort en 1799.

Marnes, Vaucresson, Saint-Cloud : Il faut bien être un peu expansionniste quand on s’intéresse à l’histoire de Garches.

 

2 – Cette promenade, une autre à Versailles voulez-vous ?

Découvrez à Versailles, dans l’église Notre-Dame, le Tombeau de Vergennes, Ministre de Louis XVI, qui soutint dès leurs débuts les efforts des ministres d’Amérique, et lisez l’épitaphe de son tombeau :

« Une application profonde et un travail opiniâtre remplirent tous les moments de sa vie. »

Puis, au 5, rue de l’indépendance américaine (actuellement siège de la bibliothèque municipale), l’Hôtel des Affaires Étrangères où résidait le ministre Charles Gravier, comte de Vergennes.

 

3 – Et pour terminer, un itinéraire parisien :

(attention, choisissez le meilleur chemin), arrêtez-vous devant la plaque commémorative :

  • Place de la Concorde : l’Hôtel de Coislin (actuellement « Le Crillon ») où furent signés les accords franco-américains (6 février 1778) au nom de Louis XVI et de Benjamin Franklin, et les traités d’amitié, de commerce et d’alliance par lesquels la France, avant toute autre nation, reconnaissait l’indépendance des États-Unis.
  • 56, rue Jacob : l’Hôtel d’York où fut signé le traité de paix entre le roi d’Angleterre et le Congrès des États-Unis (3 septembre 1783).
  • Église Saint-Roch : la tombe de l’Amiral de Grasse.

Vous trouverez aussi les traces de trois Américains et de trois Français :

  • 19, rue de Touraine : le père de la marine américaine.
  • 92, avenue des Champs-Élysées : Jefferson, ministre de États-Unis.
  • Rue Raynouard où Franklin réside de 1777 à 1783.
  • Rue du Cherche-Midi : domicile du Général Rochambeau (rencontré à Vendôme au cours de notre voyage de 1988) où fut créé l’ordre des « Cincinnati » (*).
  • 15, Place Vendôme : demeure du comte de Lauzun, commandant de la Cavalerie Française en Amérique.
  • 47, rue Vieille du Temple où résida de 1779 à 1788 : un armateur, habile homme d’affaires, beaucoup moins oublié et beaucoup plus célèbre que les autres : Beaumarchais.

Mais celui que je ne vous indiquerai pas – car il s’agit ici des services secrets -, c’est l’arbre creux du jardin des Tuileries où un espion de l’lntelligence Service déposait chaque mardi ses rapports.

Terminons par un clin d’œil l’ouvrage dont j’ai tiré cette documentation se termine par cette note :

« Les archives du fils de La Fayette, Georges Washington de La Fayette, sont propriété de la famille … »

Est-ce la même famille que celle d’un homme politique actuel ? Est-ce le trahir en disant que sa devise pourrait-être « Je fus, je suis, je serai » ?

Cette annexe est inspirée de l’ouvrage de Jacques de Launay « La Croisade européenne pour l’indépendance des États-Unis » – Albin Michel (1988).

(*) – Cincinnati – Cincinnatus : c’est l’ordre fondé par les survivants des guerres de l’Indépendance américaine et que perpétuent leurs descendants. Pourquoi Cincinnatus ? ouvrons un dictionnaire :
Homme d’État romain (Vème siècle av. J.-C.) dont l’austérité est demeurée célèbre. Après avoir été Consul et deux fois Dictateur, il retourna à sa charrue. Ainsi firent les combattants de Yorktown après avoir battu des Anglais.

E.B.

 

ANNEXE II

 

Le musée de Blérancourt nous tient encore en réserve :

  • une vue panoramique du siège de Yorktown, par Siméon Fort, d’après les relevés de Berthier, futur maréchal de France, alors officier topographe.
  • trente gouaches de Nicolas Hoffmann, commandées par le Baron de Kalb, représentant les uniformes des combattants.
  • un portrait de profil par Dupré et un buste par Houdon de J.P. Jones. La précision du travail de Houdon est telle que ses mesures ont permis d’identifier les restes de Jones en 1905.
  • une vue de la rade de Charleston.
  • des portraits de l’amiral de Grasse, de Vergennes, Franklin, Beaumarchais, Washington, La Fayette et Rochambeau.
  • des gouaches représentant l’hôtel de Valentinois.
  • un buste en bronze de Washington par Houdon.
  • Un plan de Washington City par l’Enfant.
  • un dessin de Lemonnier représentant le banquier rouennais Le Coulteux de Canteleu qui fut chargé par Louis XVI, le roi-marin, d’organiser une ligne transatlantique régulière qui fonctionna de 1783 à 1788. La Révolution transféra ce monopole à l’Angleterre jusque vers 1820.
  • La Fayette sur son lit de mort, par Ary Scheffer, élève d’Ingres et maître de Bartholdi.

– …

E.B.

 

 

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