SORTIE-VISITE : château de Fontainebleau, Barbizon et Milly-la-Forêt

Thèmes : art, histoire, peinture, visite.
Visite du jeudi 17 octobre 1996

 

Fiche de visite par Emile Brichard

 

Après le Vexin, les vallées hurepoises, nous nous sommes quittés en juin sur la vallée de l’Oise et ses peintres et nous nous rappelons la comptine :

« Cléry, Monjavoult, Courdimanche »
« Les trois points les plus hauts de France »

Nous retrouvons donc nos paysages franciliens avec cette fois les couleurs de l’automne, par la vallée de la Bièvre et le pays de Josas. On se souvient bien de Jouy-en-Josas, mais on a oublié, je crois, Rueil-en-Josas. Nous apercevons les buttes-témoins du Hurepoix, celle de Mont-le-Méry, avant de traverser le pays de Bièvre (nous y reviendrons) et d’aborder le Gatinais.

 

*

 

Fontainebleau, la ville et son château, n’ont pas la réputation de Versailles, du Louvre ou des Tuileries, mais le château a, avec la royauté capétienne, et même après, la plus longue histoire. Comme d’autres châteaux, Fontainebleau est d’abord une résidence de chasse, manoir féodal auquel Saint-Louis adjoint un donjon. Philippe le Bel, son petit-fils, y naît et y mourra, et Jean le Bon aura le temps de l’agrandir avant d’aller se faire battre à Poitiers.

François 1er sera le grand rénovateur de Fontainebleau. Il y vint auréolé de sa victoire de Marignan et fait refaire l’édifice. Comme à Chambord avec Léonard de Vinci, il fait appel à des artistes italiens, le Primatice et le Rosso qui commandent une troupe de décorateurs et de peintres.

Henri II continue l’œuvre de son père.

Charles IX et Henri III y résideront avec plaisir, mais c’est Henri IV qui reprendra les travaux.

Louis XIII y sera baptisé et les trois derniers Capétiens y apporteront des embellissements, aux bâtiments, aux meubles et aux jardins. Notons que Louis XIV y signa l’Edit de Fontainebleau … que tout le monde connaît sous le nom de … Révocation de l’Edit de Nantes et que Madame de Sévigné approuva vivement.

La Révolution épargnera le domaine et Napoléon préférera Fontainebleau à Versailles et y retiendra prisonnier le Pape Pie XII de 1812 à 1814.

1814 où il fera, le 20 avril, ses adieux à la Garde Impériale après la campagne de France.

Dans les jardins, vous ne manquerez pas de trouver des idées et peut-être en cet automne, de récupérer quelques graines, et il doit encore rester de si belles couleurs. Elles pourront vous faire oublier que manque à Fontainebleau la splendeur des eaux et des fontaines qu’on trouve à Versailles et même à Saint-Cloud.

Il n’y a pas les eaux, mais il y a la forêt et nous la parcourrons à deux reprises, pour atteindre Fontainebleau, puis pour revenir à Barbizon.

Il faudrait au moins une journée entière pour un historien qui retrouverait les soldats romains y acclimatant les faisans et les perdrix, puis près de 2 000 ans plus tard, ceux de la Grande Armée de Napoléon qui transforment les chasses royales et aménagent le territoire. Mais il faudrait aussi plus d’une journée pour un géologue, pour un botaniste, pour un entomologiste, pour un varappeur … pour un … pour un … Et je ne parle pas des peintres, mais nous les retrouverons en bordure de forêt, à Barbizon.

Nous nous y attarderons un bon moment, la qualité des peintres que nous rencontrerons le mérite, mais aussi le talent et la sensibilité de Madame Bianchina qui nous parlera de Corot et de son œuvre, comme elle nous a parlé de Vermeer et de la lumière de Hollande au début de l’année. Corot fut en effet un précurseur de ce qui sera appelé « l’École de Barbizon ».

Faisons confiance à Madame Bianchina, d’autant plus que s’offriront à notre curiosité les noms de Millet – comment oublier ses Glaneuses et son Angélus, comment ne pas être sensible à la tendresse qui se dégage de ses croquis d’artisans, comment ne pas ressentir l’épuisement du  » Vigneron au repos  » -, ceux de Daubigny, de Troyon ou de Théodore Rousseau, bref toute l’école du paysage qu’initia Corot. A l’auberge Ganne, en plus des souvenirs de leurs œuvres, nous retrouverons l’écho de leurs conversations et de leurs rires.

Ce sont littéraires « qui vont me faire gros yeux », car je n’ai pas évoqué Colette, les Goncourt, Dorgelès, Carco, qui aimèrent aussi Barbizon, ni la délicate Katherine Mansfield qui repose au cimetière de Fleury-en Bièvre.

Traversant cette Bièvre, nous découvrirons une nouvelle comptine :

« Eaux de Courances »
« Parterre de Fleury »
« Et bois de Cléry »
« Sont tous merveilles en France »

Milly-la-Forêt doit être la dernière étape de notre journée. Nous y trouverons certes le souvenir de Dagobert qui y fut proclamé roi en 637, mais surtout le souvenir de Jean Cocteau qui y vécut et décora de son art si caractéristique la Chapelle Saint-Blaise des Simples. Ceux qui ont le souvenir d’ancêtres artisans pourront aussi admirer comme on l’a fait à Lyons-la-Forêt, la charpente des Halles.

Ainsi on en aura pris « plein la vue » et « plein les oreilles » et on pourra, en vue d’un prochain voyage, fredonner une dernière comptine :

« Orléans ! Beaugency ! »
« Notre-Dame de Cléry ! »
« Vendôme ! Vendôme ! »

 

***

 

Compte-rendu par Emile Brichard

 

Le Château est le grand centre de notre visite, aussi, nous n’avons pas fait trop attention aux paysages forestiers que nous avons traversés, occupés que nous étions à nos confidences, aux nouvelles échangées et aussi, ne l’oublions pas, aux éclaircissements que nous prodiguaient nos deux conférencières.

L’itinéraire « étudié pour » nous amena donc à la Cour d’Honneur du château et à l’Escalier des Adieux, surnom plus évocateur que l’Escalier du Fer à Cheval. Une promenade autour du château, avec vues sur les étangs et les jardins déjà endormis, nous conduisit à la Cour du Cheval Blanc, puis à la Cour Ovale et à la Cour de la Fontaine. Tout de suite nous comprîmes que l’on ne peut parler du château de Fontainebleau comme nous parlions du château de Versailles ou du Palais du Louvre, où une certaine unité a été conservée et entretenue par les rois qui s’y sont succédé. Ici, il faudrait plutôt parler « des » châteaux de Fontainebleau où sept, huit rois et deux empereurs se sont succédé.

Qu’y a-t-il de commun en effet entre l’aile Sud, dite de Louis XV, et les appartements de la Cour Ovale ? D’ailleurs, n’attendons pas de Fontainebleau une leçon d’histoire car la visite nous a fait allègrement passer, et pas toujours dans l’ordre, d’une salle à l’autre, d’une favorite à une autre, de François 1er à Madame de Maintenon, de Henri II à Napoléon 1er, puis III. On essaiera de classer tout cela à la sortie. Contentons-nous d’admirer le luxe des réalisations comme des restaurations et on n’oubliera pas la Galerie des Cerfs où Christine de Suède fit assassiner un certain Monaldeschi.

On trouve tout à Fontainebleau ! Même les reines-mères dans la même aile que le Pape Pie VII ! (mais pas ensemble) et au-dessus du Musée Chinois constitué « grâce aux objets rapportés ! » de Chine.

Revenons à la qualité de l’ameublement et des ornements.

Il nous revient ou il nous restera l’émerveillement, devant la splendeur des plafonds à caissons, de la marqueterie des parquets, devant la somptuosité des étoffes témoignant du talent des artistes comme de celui des artisans. Certains d’entre nous ont pu cependant regretter que, partout ou presque, l’admiration l’emportait sur l’émotion. Nous sommes au cœur de la tradition, mais est-elle seulement française, de l’histoire-spectacle, de l’histoire-images. Nous sommes bien dans le style de l’entrevue du camp du Drap d’Or entre François 1er et Henri VIII d’Angleterre jusqu’à la « Fête impériale » que Napoléon III offrait à ses « séries » de courtisans aussi bien à Fontainebleau qu’à Compiègne.

Je me suis laissé dire que cela a peut-être continué sous les Républiques …

Ce qui a continué, en tout cas, c’est la façon de présenter l’histoire. On sait que le Pape Pie XII a séjourné à Fontainebleau, mais y fut-il « reçu » ou « retenu » ? Ce ne sont pas les représentations exposées et leur commentaire qui nous renseignent exactement.

Et nous quittons le château sans savoir s’il s’agissait de la Fontaine Briaud ou de la Fontaine Belle-Eau.

La visite terminée, nous nous hâtons vers l’Hostellerie des Pléiades où nous attend, comme il nous y attendait il y a onze ans, un excellent repas. Nous prenons le temps d’apprécier le déjeuner et notamment l’aspic de saumon fumé et reprenons notre car pour l’aspect artistique et littéraire de notre promenade d’automne.

Après la forêt de Lyons au printemps, voici notre forêt d’automne, Fontainebleau. Nous la traversons, mais nous n’y pénétrons pas et ne parcourons que ses larges avenues. Le « Pavé de Chailly » de Monet est bien loin et nous ne connaîtrons pas les mystères des « Gorges de… », « Rochers de… », « Chaos… », ni Apremont, Franchart, les Demoiselles ou les Loups qui feront peut-être l’objet d’une visite particulière. Mais il faudrait être sûr de nos jambes et de la météo.

A Barbizon, nous avons tout loisir d’apprécier la zone résidentielle et ses élégantes villas et leurs parcs savamment dessinés que nous découvrons mieux du haut des fauteuils de notre car. Depuis que peintres et écrivains du milieu du XIXème siècle ont « lancé » Fontainebleau, comme pendant le même temps étaient lancés – mais par d’autres personnages – Deauville et Biarritz, la forêt, abandonnée par les rois chasseurs, accueille alors écrivains et artistes, ainsi que les gens du monde qui joignent la villégiature élégante à l’ouverture artistique.

Nous traversons le village par les grandes rues où les vitrines souvent très tentantes ont succédé aux résidences artistiques et littéraires. C’est vers l’Auberge Ganne, « du Père Ganne » comme disaient les habitués, que se dirigent nos pas et nous allons quelques instants vivre, sinon l’art, du moins l’atmosphère artistique qui régnait dans cette auberge où les joyeux artistes se réunissaient et pour certains, séjournaient.

L’École de Barbizon a en effet lancé l’essor artistique des sites de l’Île-de-France et a pris une part importante dans le remplacement de la peinture d’atelier par la peinture du chevalet, sur le motif. Les paysages peints s’y expriment dans leur authenticité et ne sont plus le résultat de savantes et de mythologiques ou historiques reconstitutions. Ils sont présentés pour eux-mêmes et non plus seulement comme de simples faire-valoir … même quand ce faire-valoir peut être la Joconde.

Ainsi s’illustreront Théodore Rousseau, Troyon, Rosa Bonheur, ainsi passent à Barbizon, Corot parmi les premiers, Daubigny avant d’aller à Auvers, Sisley également avant Moret, Courbet à la biographie très tourmentée et Jean-François Millet. J’avoue avoir un faible pour Millet et ses tableaux expressifs de la vie rurale artisanale. Après tout on peut être aussi fier de ses ancêtres franciliens de l’Angélus ou des Glaneuses, qu’on le serait des Demoiselles d’Avignon.

De Barbizon à Milly-la-Forêt, nos conférencières nous citeront de larges extraits du Journal des frères Goncourt. C’était d’actualité puisque le célèbre prix littéraire allait bientôt être décerné. Ce fameux journal révèle d’ailleurs des surprises et les deux frères y expriment des sentiments ou révèlent des détails qu’on peut plus ou moins apprécier. Ainsi la proposition de poser une plaque sur le restaurant Brahant qui avait chaque jour réussi à nourrir de façon inoubliable une certaine clientèle privilégiée pendant chaque jour du siège de Paris en 70-71 ! Il est vrai que Victor Hugo lui-même dans ses « Choses vécues » se montre un observateur très attentif … mais par le gros bout » de la lorgnette. Observateur de lui-même et de son entourage et par le  » gros bout « , c’est-à-dire celui qui fait voir choses et gens très petits.

Bref, en écoutant, rêvant ou méditant, nous arrivons à la Chapelle de Jean Cocteau à Milly-la Forêt. Ne cherchons pas trop, « il est des lieux où souffle l’esprit ». Mais laissons-nous prendre par le charme qui se dégage des silhouettes et des teintes des Simples que Jean Cocteau a très bien exprimé, par les souvenirs que peut éveiller en nous la voix de Jean Marais ou le buste de Cocteau par Arno Breker, le sculpteur officiel du IIIème Reich.

Un dernier regard sur les plaines de la Bièvre, la vallée de l’Ecole, avant de rejoindre l’autoroute puis notre ciel garchois qui n’avait pas été clément pendant notre absence.

 

 

Découvrez + de 1100 textes des conférences du CDI sur le site du CDI de Garches 

Vos commentaires et vos conseils, contribuent à l’amélioration de nos parutions.
Vous disposez de l’espace « COMMENTAIRES » ci-dessous pour les exprimer.
Merci  et à bientôt pour votre prochaine visite.

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.