Thèmes : art, histoire, sculpture, visite.
Visite du mardi 15 décembre 1981.
Le mardi 15 décembre, deux groupes de chacun 30 personnes sont allés visiter la Basilique de Saint-Denis. La Basilique de Saint -Denis restant toujours église de paroisse, un des groupes, du fait d’un enterrement qui a perturbé l’itinéraire, n’a pu visiter la Crypte.
I. ORIGINE DE LA BASILIQUE.
La tradition nous apprend que Denys, grec d’origine, reçoit, après sa conversion, la mission du pape Saint-Clément d’entreprendre, avec plusieurs autres évêques, l’évangélisation de la Gaule. Denys ainsi que Rustique et Eleuthère se fixent à Lutèce, prêchent jusqu’au jour où, devenus dangereux pour « l’ordre établi », ils sont accusés, arrêtés, incarcérés, torturés et condamnés à avoir la tête tranchée au Mons Martyrum (Mont martre). Décapité, Denys ramasse sa tête et la porte à 6 mille pas de là où une pieuse femme Catula lui donna la sépulture. Ce lieu était Vicus Catolacus, le Saint Denis actuel.
II. HISTOIRE.
La Basilique, telle que nous pouvons l’admirer aujourd’hui, est le cinquième édifice élevé à travers les siècles à la gloire du premier évêque de Paris.
C’est vers 475 que Sainte Geneviève décida d’élever une chapelle à l’endroit où reposaient les restes de Saint Denys et de ses compagnons.
Dagobert ayant, par dévotion, choisi de reposer auprès des Reliques des Saints Martyrs, fit embellir et orner le sanctuaire existant. Il fonde une abbaye pour en assurer l’entretien.
Le 19 janvier 638, il fut inhumé dans l’église auprès de Saint-Denys.
A l’époque carolingienne, une nouvelle église fut érigée. C’est la nef actuelle. Pépin voulut être enterré au seuil de la basilique en signe d’humilité pour que tous ses sujets passent ainsi sur son corps (Pépin le Bref mort en 768).
Toute cette splendeur ne devait pas résister aux invasions Normandes qui provoquèrent plusieurs fois l’abandon de l’Abbaye par les moines, obligés de fuir devant les envahisseurs avec leurs précieuses reliques.
Au XIIème siècle, Suger entre à l’Abbaye comme oblat. Là, il rencontre le futur Louis VI qui devient son compagnon d’études et de jeux. En 1122 il sera élu Abbé de Saint-Denys. Il se met à l’œuvre, et réunit les plus habiles ouvriers. On assiste à l’application, à un vaste édifice, des techniques de l’art gothique.
En 4 ans (1140-1144), il parvient à élever une façade sur un nouveau narthex et le chœur sur une nouvelle crypte.
Suger mourut en 1151 et ne put achever la construction rêvée.
Pierre de Montreuil établira les plans d’achèvement de l’église actuelle qui sera terminée en 1281.
Du XIIIème au XVIIIème siècle la Basilique continue d’être mêlée à tous les évènements de l’histoire nationale. C’est là que les rois viennent lever l’oriflamme pour aller à la bataille ; c’est là qu’Henri IV abjure le protestantisme et qu’il assiste au couronnement de Marie de Médicis …
Mais si l’Abbaye reste un haut lieu des grandes cérémonies royales jusqu’au jour de la Révolution, elle va subir un continuel déclin.
Le 18 janvier 1790, le décret de l’Assemblée Nationale supprimait les ordres monastiques. Pour célébrer le 1er anniversaire de la victoire du peuple du 10 Août, Barrère proposa le 31 juillet 1793 de détruire tous les monuments, « effrayants souvenirs des ci-devant rois » de l’église Saint-Denis.
En 3 jours les ouvriers détruisirent 51 sépultures royales, ainsi que 47 gisants de pierre ou de marbre. Deux mois après, ce fut la profanation. L’Abbatiale devint alors Temple de la Raison, puis fut fermée et vouée à l’abandon. On enleva la couverture de plomb et les vitraux. Trois mois à peine après son couronnement, Napoléon 1er décida la restauration qu’il voulut rapide. Il a choisi Saint-Denis comme lieu de sépulture pour lui et sa descendance.
L’architecte Cellerier intervient maladroitement. Debret, qui le remplace en 1815, est plus néfaste encore par son ignorance totale de l’architecture du Moyen Age. Son intervention sur la flèche Nord est si malheureuse qu’il faut l’abattre.
En 1847, Viollet-le-Duc lui succéda. Il eut la sagesse avant d’entreprendre, de regarder, d’étudier, de fouiller le sol de la Basilique avec conscience et compétence. On lui doit la restauration de l’abside (1848-1859), des vitraux, des dallages, la réparation des piliers, le creusement sous le maître autel du Caveau Impérial, projet de Napoléon 1er, repris par Napoléon III.
La guerre de 1870 causa des dégâts à l’extérieur du monument. De 1875 à 1914 des travaux de consolidation furent entrepris sous la direction de Denis Darcy, puis de son fils. Le 15 mars 1915 une explosion d’un dépôt de grenades fit sauter les vitraux du chœur.
Pendant la guerre de 1939-1945, il n’y eut aucun dégât.
Actuellement, la mise en valeur est l’objet de tous les soins des services des Beaux-Arts.
III. LA VISITE.
On trouve à Saint -Denis, non seulement les sépultures des rois, mais celles des reines, des enfants royaux et de quelques grands serviteurs de la couronne. L’ensemble constitue un véritable musée de la sculpture funéraire française au Age et pendant la renaissance (79 gisants). Les monuments sont vides de corps depuis la Révolution.
Avant Saint-Louis, il n’y avait pas de tombeaux.
En 1260 Saint-Louis fit exécuter en série les effigies de tous ses prédécesseurs depuis le 7ème siècle, figures purement symboliques mais révélatrices de la façon dont étaient représentés les personnages royaux dans la statuaire du milieu du 13ème siècle.
A partir du 14ème siècle, où apparurent les tombeaux, on prélèvera sur les cadavres des rois, lors de l’embaumement, le cœur et les viscères. Cœur, entrailles, corps avaient chacun leur monument, car ils n’étaient jamais placés dans le lieu. Saint-Denis recevait les corps embaumés avec du sel et des plantes aromatiques.
Un premier service avait lieu à Notre-Dame. Le cercueil du roi était déposé dans l’Abbaye. Le lendemain matin une cérémonie très brève se déroulait avec le héraut d’armes qui cassait son bâton et le déposait sur le cercueil du roi.
« Le roi est mort » disait-il, ajoutant aussitôt « Priez Dieu pour son âme ! ». Les étendards se baissaient alors, excepté celui de France pour montrer que la France ne meurt pas et l’on criait « Vive le roi ». Le corps était descendu dans un caveau provisoire. Il n’était déposé dans le sien, qui se trouvait sous les dalles du chœur ou de la nef et non sous les tombeaux, qu’à la mort de son successeur.
La visite, sous la conduite d’une conférencière de grand talent, a débuté par la partie sud du transept, où se trouve un tombeau commandé par Louis XII à la mémoire de sa famille. Ce monument en marbre blanc (2) provenant des Célestins est le tombeau collectif de Louis d’Orléans (1407), de Valentine de Milan sa femme (1408), de Charles d’Orléans (1465) et de Philippe comte des Vertus (1420).
En règle générale, aux pieds des gisants se trouvaient sculptés un chien pour les femmes, un lion pour les hommes ; mais parfois ils étaient remplacés par un emblème. Charles d’Orléans a un porc-épic quant à son frère Philippe, il a une hermine (symbole de la vertu).
Devant se trouve la grande urne du cœur de François 1er ; elle contenait le cœur du Roi défunt ; c’est une œuvre de Bontemps.
Puis nous arrivons devant le mausolée (1) de François 1er et de Claude de France. A la Renaissance, les mausolées prennent une décoration somptueuse. Leurs deux étages présentent une pathétique opposition. A l’étage supérieur, le roi et la reine sont figurés en costumes d’apparat, agenouillés. A l’étage inférieur, les défunts sont représentés dans la rigidité cadavérique, sans vêtements, avec un réalisme minutieux.
Du haut de l’escalier (23) près duquel s’élevait autre fois la chapelle de Saint Jean-Baptiste, surnommée « des Trois Charles » parce que trois rois de ce nom (V, VI, VII) y avaient leur mausolée ; on voit les tombeaux de Charles VI le fou (18) (1422), d’Isabeau de Bavière (19), son épouse (1435) dont la statue est remarquable de finesse, de Bertrand Du Guesclin (20) (1380) connétable de France dont le cœur fut déposé à l’église de Dinan, de Charles Vl le Sage (1380) (21), de Jeanne de Bourbon, son épouse (1377) (22), de Louis de Sancerre (23), deuxième connétable, compagnon d’armes de Du Guesclin.

Isabeau de Bavière

Le célèbre gisant de Du Guesclin dans le chœur de Saint -Denis
(le corps est enterré en Bretagne, le cœur à Dinan, les entrailles au Puy)
On avance vers la partie du 12ème siècle (31) avec les voûtes sur croisées d’ogive. Là se trouvent des gisants : Blanche de Bretagne, femme de Philippe d’Artois (1327) (29), la tombe d’un enfant inconnu (30).
Viollet-le-Duc, lorsqu’il a restauré l’Abbaye, a groupé ce qui restait de vitraux dans les fenêtres de l’Abside (36). Les autres vitraux sont du 19ème siècle.
Nous voyons ensuite les tombeaux de Robert d’Artois (1317) (41), œuvre de Jean Pépin de Huy provenant des Cordeliers de Paris, de Clovis 1er (43) (511), statue de la fin du XIIème siècle représentant le Roi, la taille serrée par une ceinture soutenant une aumônière, de Childebert 1er (558) tenant dans sa main droite une petite église indiquant ainsi son titre de fondateur de cette abbaye, de Frédégonde (597) (44) dont la pierre est recouverte d’une mosaïque de marbre et porphyre au milieu de laquelle des filets de cuivre dessinent le personnage et ses vêtements. Ce travail date du XIème siècle.
Nous arrivons au transept nord avec le tombeau d’Henri II et de Catherine de Médicis (45). Sur un soubassement orné, s’élève le lit de marbre où reposent les deux gisants. Aux angles, quatre piliers auxquels sont adossés les statues des quatre Vertus Cardinales. Au sommet, une plateforme sur laquelle se trouvent les statues priantes du Roi et de la Reine. Sur la couche mortuaire couverte de son drap, deux gisants d’un merveilleux réalisme. Le cadavre du Roi, nu, la tête retombante est une splendeur de traits et d’expression. A côté, le corps de la Reine, toute jeune. L’artiste l’a représentée dans la position d’une femme endormie, la tête inclinée sur la droite, la jambe légèrement repliée et la main posée sur la poitrine.
On descend quelques marches pour découvrir les tombeaux de Jean II le Bon (1364) (47), Philippe VI (1350) (48), Philippe V (1322) (49), Jeanne d’Evreux (1371) (50), Charles IV le Bel (1328) (51).
Au croisillon nord, nous trouvons les tombeaux de Louis XII (1515) et Anne de Bretagne (1514) (53). Il est tout en marbre blanc. Tout autour, sous les arcades, les 12 apôtres assis. A chaque angle, une statue représentant les Vertus Cardinales (la Force, la Tempérance, la Justice, la Prudence).

Louis XII
On a pu voir aussi ceux de Charles de Valois (1325), Charles d’Anjou (1285), Blanche de France (1320), Philippe de France (1235).

Anne de Bretagne
IV. LA CRYPTE.
Descendant quelques marches, l’un des groupes a pu pénétrer dans la crypte construite par Suger.
Cette chapelle intérieure, complétement fermée au XIXème siècle et transformée en « Caveau Royal », contient les cercueils et les corps de Louis XVI, Marie Antoinette, transférés le 21 janvier 1815 du cimetière voisin, Louis XVIII, Louis Joseph de Condé (1818), Louis Henri de Condé, son fils (1830), le Duc de Berry, et de deux de ses fils.
Aujourd’hui ces cercueils, autrefois visibles, sont désormais sous le dallage de cette chapelle complètement dégagée.
Dans les fouilles non encore recouvertes, on peut voir le « martyrium » où l’on déposait les Insignes Reliques de Saint Denys et de ses compagnons.
Les chapelles absidiales de cette crypte ont gagné en austère grandeur. Les fenêtres, malencontreusement rétrécies au XIXème siècle, ont retrouvé leurs véritables dimensions.
A l’extrémité se trouve l’ossuaire ont été jetés pèle-mèle les ossements extraits des tombeaux profanés à la Révolution et qui avaient été jetés dans une fosse commune.
V. LA FAÇADE.
La façade présente ses trois portails au-dessus desquels apparaît l’inégalité des étages, celui du milieu plus haut que ceux des côtés.
Les remaniements ont altéré fortement son aspect primitif : le seuil des portes se trouvait plus bas, les colonnettes aux dessins géométriques, œuvre de Debret, ont remplacé les 20 statues colonnes des rois et des reines de l’Ancien Testament qui avaient été déposées en 1771.
Les portails sont en bois.
Sur le portail central au tympan (54), le Christ se détache sur une croix tenant dans ses mains les sentences de bénédiction à droite, de malédiction à gauche. Quatre anges au-dessus de lui tiennent les instruments de la Passion. Ce tympan représente le jugement dernier, celui de droite, la Dernière Communion de Saint Denis, celui de gauche, le supplice de St Denis et de ses compagnons Rustique et Eleuthère.
Aux piedroits des portails : Vierges folles, et Vierges sages, travaux des mois, signes du Zodiaque.
Sur le côté gauche de la cathédrale, des arcs-boutants contrebutent la nef. La façade du transept, ornée d’une très belle rose, devait comporter deux tours. L’église en a comporté six en tout, mais la construction s’est arrêtée au 1er étage.
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A deux pas de Paris (7 km) la basilique de St Denis présente ainsi de multiples intérêts :
- Tous les rois de France (sauf 3) y furent inhumés,
- Les tombeaux étant presque tous vides, Saint-Denis est devenu le plus riche musée de la sculpture funéraire française du Moyen-Age et de la Renaissance.
- On y voit les premières applications (arcs-boutants, croisées d’ogives) de l’art gothique.
LEXIQUE
NARTHEX : Sorte de vestibule qui, dans l’architecture chrétienne primitive, précédait la basilique, et où tenaient les catéchumènes, les énergumènes, les pénitents.
ABSIDE : Extrémité de l’église derrière le chœur.
TRANSEPT : Nef transversale qui sépare le chœur de la maîtresse nef et des bas-côtés et forme les bras de la croix latine dans les églises qui affectent cette disposition.
CROISILLON : Intersection du transept et de la nef d’une église.
TYMPAN : Espace compris entre le linteau et les deux rampants d’un fronton ou d’un galbe.
OBLAT : Personne laïque qui s’agrège à une communauté religieuse en lui faisant l’abandon de ses biens tout en restant dans le monde.
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