Art et design

Thèmes : art, histoire.
Conférence du mardi 26 mars 1991 par Mary Brilli

 

Mary Brilli, Artiste Peintre, Sculpteur et Designer, nous a parlé mardi 26 mars de l’Art et du Design.

 

L’art est une activité humaine spécifique faisant appel à certaines facultés sensorielles, esthétiques et intellectuelles.

Le Design est un mot anglais signifiant « projet ou dessin ». C’est une discipline visant à une harmonisation de l’environnement humain depuis la conception des objets usuels jusqu’à l’urbanisme et l’aménagement des sites.

Un designer doit savoir dessiner. Pour devenir « Designer » il faut une formation spécifique :

. le cursus de quatre années (en moyenne) préparant au métier de Designer, débute après le baccalauréat et sur concours, dans l’une des écoles de Design :

  • Trois écoles à Paris :
    • ENSAAMA : Ecole Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art.
    • ENSAD : Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs.
    • ESDI : Ecole Supérieure de Design Industriel.
  • Quatre écoles à l’étranger :
    • Royal College of Art (Londres)
    • Art Center College of Design (Suisse)
    • Art Center College of Design (Los Angeles)
    • Center for Creatives Studies (Detroit)

Les plus réputées sont :

  • Le Royal College of Art
  • L’Art Center College of Design (Los Angeles)
  • Le Center for Creatives Studies.

Peut-on dire du Designer qu’il est un artiste ? Oui, parce qu’il fait une œuvre de créateur. Non, parce que son acte n’aboutit pas à une pièce unique. Loin d’être libre, son inspiration dépend des contraintes d’une technologie, d’un programme et d’un marché.

 

Historique

Le Design est lié historiquement à la révolution industrielle. Le mouvement trouve son origine en Grande-Bretagne.

La révolution industrielle met en place, dans la première moitié du XIXème siècle, non seulement de gigantesques moyens de production, mais aussi de vivants foyers de conception.

Au sein des grandes écoles naissantes vont se former des inventeurs, théoriciens de lignes nouvelles (Robert Stephenson, Gustave Eiffel…). C’est aussi l’époque où un certain nombre d’esthètes, comme John Ruskin et William Morris vont contester l’univers industriel et sa production.

La première exposition universelle est présentée à Londres en 1851 dans le fameux « Crystal Palace » de Joseph Paxton. Mais rien de ce que reflète cette exposition ne trouve grâce aux yeux de John Ruskin, pas même la valeur de la construction réalisée ; sous l’impulsion de théoriciens et de praticiens comme William Morris vont naître alors les « Arts and Crafts », mouvement précurseur du Design qui veut réhabiliter l’artisanat. Le style gothique sert de référence, Viollet-le-Duc exerce aussi une forte influence sur son temps puisqu’il inspire deux tentatives de rénovation : les constructeurs de « l’École de Chicago » qui consacrent le rôle désormais essentiel de l’industrie dans le bâtiment, et le « Modern’ Style » qui emprunte la voie de l’artisanat.

Le XIXème siècle s’achève avec une formidable éclosion de mouvements et d’écoles qui tendent à promouvoir un nouvel environnement pour l’homme de demain. On parle de « Modern’ Style » en Grande-Bretagne, « d’Art Nouveau » en Belgique et en France, de « Jugendstill » en Allemagne, de « Liberty » en Italie, de « Modernismo » en Espagne, de « Secession » en Autriche.

Toutes ces tendances stylistiques qui ont le grand mérite de réconcilier l’homme avec l’ordre naturel et, en particulier, avec le monde végétal, ignorent résolument les possibilités qu’offre désormais la fabrication mécanisée.

C’est aux États-Unis, pays né en même temps que la révolution industrielle et culturellement libre de toute référence historique, que la création va se développer de la manière la plus radicale et s’affirmer en parfait accord avec les progrès scientifiques et leurs applications.

La doctrine « la forme suit la fonction » se développe dans le « Bauhaus », école fondée à Weimar par l’architecte Walter Gropius en 1919. Le Bauhaus fut le lieu de rencontre privilégié pour tout ce que la modernité pouvait regrouper alors d’avant-garde artistique. La grande idée de Gropius était de faire connaître dans son école tout ce qui, en dehors de l’architecture, concernait la production d’environnement. Traquée par le nazisme, l’école fut rapidement dissoute.

Pendant ce temps, la France a fêté sa victoire de 1914-1918 tout au long des « années folles », période pendant laquelle s’est épanoui le fameux style « Art Déco ».

L’esprit du Design est déjà là : la modernité passe par une large diffusion et par l’utilisation intelligente et rationnelle des matériaux et des moyens de l’industrie. Les nouveaux créateurs se regroupent en 1929 au sein de l’Union des Artistes Modernes (U.A.M.). La personnalité la plus forte de ce mouvement sera incontestablement celle de Le Corbusier.

Le Corbusier (1928)

 

Joseph Hoffman (1870-1956)

 

C’est au niveau de la création industrielle que l’apport des États-Unis se révèle essentiel au lendemain de la crise économique de 1929. « La laideur se vend mal » (Raymond Loewy).

Une demande se développe pour l’amélioration visuelle de la production. C’est ainsi que naissent les premières grandes agences américaines « d’Esthétique Industrielle ». L’action des nouveaux plasticiens consiste d’abord souvent à doter l’objet des attributs caractéristiques du progrès technologique. A cette époque, les produits de prestige sont les engins de transport : automobiles, trains, avions et paquebots, qui répondent tous à des études aérodynamiques très poussées.

La veille de la seconde guerre mondiale témoigne pourtant d’un retour à « l’ordre » en matière d’architecture et de décoration intérieure avec le surgissement de colonnades, frontons… Mais paradoxe, tout ce qui appartient au domaine de la production industrielle va tendre à s’ouvrir aux recherches du Design (pièces de services de table dessinées par Wolfgang Von Wersin, objets de cuisine en pyrex, …). Naît aussi à cette époque, la Fiat 500 et en 1937, le prototype de la future 2 CV.

 

 

Après la seconde guerre mondiale, on utilise de nouveaux matériaux (contre-plaqué, polyester…). L’artisanat revient en scène. C’est la prolifération de « formes libres ».

Parallèlement, l’Europe découvre les produits made in USA et à travers eux, l’efficacité de « l’Industrial Design » américain. Des effets de style, des décors sont empruntés aussi à la recherche ergonomique qui fut si utile dans l’élaboration des engins militaires, et l’on voit alors les appareils électro-ménagers s’enrichir de somptueux tableaux de bord.

Sous l’impulsion de la création américaine, la France découvre l’esthétique industrielle. Peu à peu le Design devient une affaire d’échanges internationaux.

Les années 60 s’achèvent avec la contestation de la société de consommation et voient aussi débarquer les premiers hommes sur la Lune. Tout le code des valeurs plastiques est remis en cause.

Surgissent alors, dans ce contexte effervescent de post-modernité, les tendances les plus diverses. Mais la production est florissante dans certains secteurs et suscite de la part des Designers, des participations, par exemple, celle de Roger Tallon pour l’aménagement du TGV Atlantique et aussi connu pour le train Corail, la signalétique de la RATP, les chaussures de ski…

En résumé :

  • Mouvement « Arts and Crafts » 1850-1900
  • Art Nouveau 1890-1905
  • Esthétique de la Machine 1900-1930
  • Art Déco 1925-1939
  • Biens de Consommation et Style 1935-1955
  • L’Ère de l’Opulence 1955-1975
  • Design Contemporain 1975 à aujourd’hui

 

Le Design actuel

Maintenant le Design associe beauté et utilité.

Le Design italien depuis 1950 se place à la pointe de l’innovation. A Paris, (Gae Aulenti), architecte et Designer milanais, a transformé la Gare d’Orsay en musée.

C’est aussi un Italien, Renzo Piano et un architecte anglais Rogers qui ont conçu le projet du Centre Georges Pompidou. Mary Brilli nous raconte que Renzo Piano était tout jeune architecte lorsqu’il a proposé son étude sur Beaubourg. C’était son premier projet et il ne s’attendait pas du tout à être choisi.

Quant aux pays scandinaves, ils font un Design semi-industriel. Ils se consacrent essentiellement aux arts du métal et du bois.

La France a une grande tradition de mobilier ancien et le meuble moderne a du mal à s’implanter.

Mary Brilli nous montre des diapositives d’objets de la vie courante qui, pris un par un, représentent une petite œuvre d’art (meuble, timbre, montre…), des projets de bijoux, de boucles de ceintures, des dessins, une boite pour un parfum…

Mary Brilli nous montre un sac « Seychelles » qu’elle a dessiné pour la Maison Hermès, ainsi qu’un foulard signé Mary Brilli.

 

« Seychelles » Hermès

 

« Au Bois Dormant » Hermès

 

Ce foulard de soie subit un parcours de six à neuf mois chez le dessinateur, deux ans de gestation dans son carton, six à huit semaines de gravure et ce n’est pas fini ! Il doit encore faire roulotter ses bords, à mana, pour être accepté en boutique. Pendant encore trente longues minutes, 80 couturières s’attellent à cette tâche, carré par carré.

Mary Brilli nous fait entrer, à travers des diapositives, dans un centre de Design automobile. L’automobile est un objet très complexe. De la naissance à la sortie de l’usine, une auto mobile met 5 ans à « naître ». Le Designer fait le lien entre le produit et l’usager. Le Designer et toute l’équipe de projet doivent travailler sur le confort, l’ergonomie des sièges, le fonctionnel du tableau de bord …

 

Ferrari « B.B »

 

*

***

 

Mary Brilli pour terminer sa conférence nous lit les 12 préceptes de la créativité :

  1. Regarder les choses avec amour
  2. Admirer les choses qui expriment la beauté
  3. S’entourer de choses qui procurent de la joie
  4. Regarder les choses avec attention
  5. Utiliser les yeux et les mains
  6. Prendre plaisir à réaliser les choses
  7. Manifester du respect pour les bonnes choses
  8. Mettre de l’ordre dans son propre environnement
  9. La créativité commence par l’observation de l’action
  10. Se nourrir d’un cœur plein de curiosité
  11. Rêver largement
  12. S’étendre au milieu d’un paysage dont on peut être fier

Mary Brilli nous projette en conclusion un film qui nous permet de pénétrer chez elle et de voir quelques-unes de ses œuvres.

« Hier » dessin

 « Mirages » huile

 

 

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