SORTIE-VISITE : Angkor et dix siècles d’art Khmer

Thèmes : Art, Civilisation, Géographie, Histoire, Sortie-Visite.
Sortie-Visite du vendredi 9 mai 1997.

 

 

Fiche de visite

Rassemblant en tout 113 œuvres, cette exposition permet de suivre les évolutions de la statuaire de l’ancien Cambodge du VIème au XVIème siècle. L’Histoire et l’art du Cambodge sont traditionnellement divisés en trois grandes périodes :

 

La période préangkorienne (VIème – VIIIème siècle) :

Elle commence au 1er siècle de l’ère chrétienne, au moment où le royaume du Funan – qui paraît avoir exercé son autorité sur le sud du Cambodge – établit des contacts commerciaux avec l’étranger et notamment avec l’Inde.

Le Cambodge est l’un des nombreux pays du Sud-Est asiatique qui, dès ce 1er siècle, subit l’influence prépondérante de l’Inde : les éléments les plus élevés de la civilisation indienne, la langue sanskrite et les religions – hindouisme et bouddhisme – sont ainsi passés de l’Inde au Cambodge pour constituer les fondements, par la suite adaptés, transformés voire magnifiés, de la civilisation khmère classique.

 

La période angkorienne (IXème -XIIème siècle) :

C’est en l’an 802 qu’est créée la monarchie khmère sous la forme classique qui va être la sienne pendant toute cette période angkorienne. Elle est l’œuvre de Jayavarman II qui se fait sacrer souverain universel sur le Phnom Kulên, colline située au nord-est du site même de la première Angkor. La cérémonie eut lieu grâce au concours des brahmanes sivaïes, le roi et son royaume étant désormais sous la protection d’une forme éminente de Siva.

C’est cependant avec son deuxième successeur, Indravarman (877-889) qu’apparaissent les grandes fondations caractéristiques de la centralisation angkorienne. On lui doit les grands travaux hydrauliques menés dans sa capitale installée à Hariharâlaya (du sud-est de la future Angkor) et notamment les fondations du temple de Preah Kô, ainsi que les temples d’État de Bakong, le premier temple-montagne khmer bien conservé.

Désireux de compléter le programme de constructions religieuses d’Indravarman, son fils Yasovarman (889 début Xème siècle) crée Yasodharapura, la ville séjour de la gloire -la première Angkor. Il y fait élever les digues d’un immense bassin. Il fait construire un temple-montagne de 109 tours sanctuaires ainsi que de nombreux temples dédiés à Siva et Vishnu et de très nombreux monastères aujourd’hui détruits mais dont on a retrouvé les stèles de fondation.

Lorsque Jayavarman IV devient roi du Cambodge en 928, il décide de conserver pour capitale sa propre cité, Koh Ker, située à 85 km au nord-est d’Angkor. Dès 921, il y a établi de nombreux sanctuaires de taille colossale. C’est vraisemblablement au moment de son sacre qu’il fait ajouter au grand ensemble de Prasat Thom le prang, une pyramide haute de 35 mètres. La statuaire khmère s’engage dès lors sur la voie du gigantisme

Le retour dans Angkor s’effectue sous le règne de Rajendravarma (944­967). Grand souverain, il est également un grand constructeur. Sous son règne, les dignitaires acquièrent un pouvoir nouveau et particulièrement les brahmanes, maîtres spirituels et conseillers du roi. Le célèbre temple de Banteay Srei a été fondé ainsi en 967 par le brahmane Yajnavaraha, guru du futur roi Jayavarman V. Il n’existe pas, dans tout l’art khmer, d’ensemble architectural plus richement décoré.

A compter de la seconde moitié du XIème siècle, le Cambodge entre dans une période confuse de son histoire jusqu’à la prise de pouvoir en 1113 de Suryavarman II. C’est à ce grand conquérant que l’on doit le célèbre temple-montagne d’Angkor Vat.

 

La période postangkorienne (fin XIIème -début XIIIème siècle) :

A partir de 1150, l’Empire Khmer entre dans une période très troublée qui se pro longe jusqu’à la fin des années 1170. En 1177, année noire entre toutes, les armées chams s’emparent d’Angkor, qu’elles mettent à sac : tout le système religieux sur lequel repose la puissance khmère se trouve d’un coup ruiné.

C’est à Jayavarman VII (1181-v.1218) que revient la gloire de construire un pouvoir nouveau, et un royaume plus puissant qu’il n’a jamais été. Pour ce faire, il relègue la religion brahmanique et élève une forme complexe du bouddhisme, le Mahayana, au rang de religion d’État. Il couvre l’Empire de fondations religieuses et surtout construit une nouvelle capitale Angkor Thom, grande cité de 9 km2.

Ses conquêtes militaires et sa frénésie de construction ont vraisemblablement laissé le peuple khmer exsangue, au sortir de son règne. Plus aucun monument n’a par la suite été construit à Angkor.

Suite à l’abandon de la capitale par la cour en 1431, celle-ci s’installa à Srei Santhor, puis sur le site de Chadomukh, la future Phnom-Penh.

 

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La visite

L’exposition suit un parcours chronologique. Compte-tenu de la difficulté de datation de certaines œuvres, notamment les sculptures préangkoriennes, un regroupement typologique a néanmoins été adopté, en fonction de religions auxquelles elles se réfèrent.

 

Avalokitesvara (VIIème-VIIIème siècle) :

Cette sculpture représentant « le seigneur qui regarde du haut vers le bas » a été découverte en 1919. Elle est l’une des plus parfaites de l’art khmer : déhanchement léger, nez long et fin, ovale du visage, mèches calamistrées tombant en cascade dans le dos, vêtement simple à plissé rayonnant, elle évoque certains critères de la beauté masculine noble à Java ou Bali : la puissance s’y exprime sous des formes paradoxalement quelque peu féminines.

 

Devi (VIIème siècle) :

Les représentations en ronde bosse de divinités féminines préangkoriennes sont rares. Ainsi cette Devi, l’épouse de Siva, fut d’abord tenue pour une image de l’épouse de Vishnu : en l’absence d’attributs, il est en effet difficile de savoir qui elle est réellement. De toutes les sculptures féminines préangkoriennes, cette image est celle qui suggère le plus l’art du portrait. Ce type morphologique est très proche de celui des femmes cambodgiennes d’aujourd’hui, la silhouette et la perle frontale (le 3ème œil) de l’une de nos conférencières le rappela fort élégamment.

 

Harihara (VIIème siècle) :

Harihara est la représentation syncrétique du dieu Siva (partie droite) et du dieu Vishnu (partie gauche). Selon la convention qui permet de traduire cette dualité divine en un seul corps, le sculpteur a recours au chignon de tresses retombant en anse et au troisième œil de Siva. Vishnu est quant à lui coiffé d’une demi-mitre cylindrique que borde une rangée de feuilles inclinées.

Siva est le dieu destructeur. Selon la conception cyclique du temps, dans les pays indianisés comme en Inde, il est aussi créateur. On le représente le plus fréquemment sous l’aspect du linga, symbole phallique. Le troisième œil frontal qui le caractérise est l’œil de la connaissance. Ses attributs sont le trident, le vase à eau et le rosaire.

Vishnu est lui, le dieu salvateur. Il s’incarne dans des avatars d’âge en âge pour sauver le monde. Ses attributs les plus fréquents – le disque, la conque, la massue et la Terre – soulignent son statut de souverain.

 

Divinité féminine (Xème siècle) :

Hiératique et majestueuse, cette œuvre est remarquable de grandeur. Le visage présente cette abstraction linéaire et la relative pureté propre au style de Bakheng. La jupe est entièrement préplissée, selon une convention timidement apparue dans la sculpture féminine et qui se maintiendra jusqu’au style d’Angkor Le traitement des plis, d’une exécution parfaite, renforce la géométrie d’une image au maintien hautain qu’aucun déhanchement ne vient animer.

 

Fronton du porche occidental du gopura oriental de la troisième enceinte de Bauteay Srei (environ 967) :

L’une des caractéristiques des temples du sud de l’Inde est la fréquente présence dans la superstructure, de séries de modèles de plus en plus réduits de l’édifice lui-même. Les temples khmers reprennent souvent ce principe. Ces modèles réduits étaient disposés telles des antéfixes aux angles de chacun des faux étages de la toiture des sanctuaires. D’une grande finesse d’exécution, cet élément de décor architectural témoigne magnifiquement de la délicatesse du travail et du soin apporté aux détails dans l’architecture khmère en général.

 

Linteau (XIème siècle) :

Le linteau présenté ici représente Krisna, un avatar de Vishnu, à l’instant où il va triompher du serpent Kaliya. Krisna est figuré en train de danser sur le serpent vaincu. L’art Khmer a retenu ce moment précis du combat. Malgré le caractère fantastique du thème, la scène conserve la saveur intimiste généralement présente dans les bas-reliefs de cette période.

 

Vishnu Anantasayin (XIème siècle) :

Ce buste majestueux est sans doute l’une des sculptures les plus monumentales jamais réalisées au Cambodge. Complète, l’œuvre devait dépasser six mètres de long. Elle fait référence au plus célèbre mythe de la création visnuite, dont les représentations étaient très répandues au Cambodge. Le dieu repose sur le serpent Ananta (sans fin). A son réveil, surgit de son nombril une fleur de lotus, au cœur de laquelle apparaît Brahma qui relance le cycle de la création. L’expression bienveillante du dieu rayonne d’une compréhension éternelle.

 

Tête de Jayavarman (XIIème siècle-XVIIIème siècle) :

Ce souverain s’est autorisé à multiplier sa propre image aux quatre coins de ses Etats. C’est cependant dans l’humble attitude de l’orant qu’a choisi de se faire représenter le monarque universel Jayavarman VII, lui dont la puissance a soumis les mondes. L’idéal et la doctrine ont changé : l’habituelle glorification cède la place à l’humilité, et même à l’humanité, dans une perspective de rapprochement avec le peuple. Cette tête est sans conteste l’un des plus grands chefs-d’œuvre du Musée National de Phnom-Penh.

 

Orant (XVIème siècle) :

Si diverses postures assises ou agenouillées se rencontrent dans la sculpture angkorienne, le thème de l’orant agenouillé avec les jambes repliées du côté droit est en revanche nouveau et semble propre à la sculpture postangkorienne. Le calme et la sérénité qui se dégagent de cet orant l’ont transformé en objet de culte. Les divinités imposantes de l’âge classique d’Angkor ont cédé la place à une modestie naturelle dont l’homme est la mesure.

 

***

 

Cette exposition marque le retour du Cambodge sur la scène culturelle internationale et attire l’attention sur la nécessité de défendre le patrimoine de ce pays tout à fait unique au monde. Elle est le symbole d’une action en profondeur qui s’est développée depuis plusieurs années, grâce à une mobilisation exceptionnelle, en faveur de la sauvegarde et de la restauration des temples d’Angkor.

« Angkor est un site unique, universel et magique, que nous devons léguer avec fierté aux générations futures » (Philippe Douste-Blazy).

 

 

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